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Le Royaume-Uni se prépare secrètement à un « no-deal »

Theresa MayDans le cadre de « l’opération Yellowhammer », le Royaume-Uni a prévu plusieurs mesures d’urgence en cas de divorce brutal avec l’Union européenne le 12 avril prochain.

À quelques jours de la date fatidique, le Royaume-Uni n’exclut aucune option, pas même la pire. Bien qu’il se soit vu accorder un sursis de l’Union européenne en obtenant un report du Brexit au 12 avril au plus tôt, le spectre d’une sortie sans accord plane toujours outre-Manche. En coulisses, les autorités s’activent depuis plusieurs mois pour être prêtes à faire face, si nécessaire, à ce scénario tant redouté.

Révélé par la presse britannique en septembre, un document confidentiel dévoilait les premiers détails de « l’opération Yellowhammer », nom de code du plan préparé par le Royaume-Uni en cas de rupture brutale avec l’UE. Dernièrement, de nouvelles notes jusqu’alors tenues secrètes et censées apporter des précisions sur les mesures à appliquer pour mener à bien ce plan ont été publiées par le Guardian.

« Phase critique » de trois mois
L’ »opération Yellowhammer » élaborée dès juin 2018 par le Civil Contingencies Secretariat, un organisme rattaché au cabinet du Premier ministre chargé de la planification des mesures d’urgence, pointe douze secteurs à risque susceptibles de connaître d’importantes perturbations en cas de « Brexit dur » (transports, services de la santé, banques, alimentation, etc …).

Les autorités craignent notamment des pénuries de plusieurs produits comme les médicaments, les produits frais ou encore le papier toilette. Le document confidentiel du cabinet de Theresa May révélé par le Guardian estime ainsi qu’une « phase critique » de trois mois après le départ de l’Union européenne est à prévoir.

Il enjoint dès lors les ministères concernés à s’investir pleinement pendant cette phase en indiquant qu’ils devront « résoudre eux-mêmes la plupart des problèmes » sans nécessairement transférer « les décisions aux échelons supérieurs », au risque de mettre à mal l’ »opération Yellowhammer ».

« Un travail 24h/24 »
Les agences et ministères devront travailler sans interruption « au moins 12 semaines », voire plus, sachant que « certains impacts peuvent être ressentis jusqu’à 24 semaines », peut-on lire. « Cela pourrait nécessiter un travail 24h/24 et 7j/7 pour tous les ministères et les agences concernés », ajoute le document qui détaille même au travers d’un organigramme l’organisation d’une journée-type dans le quartier ministériel de Whitehall.

Il s’agirait ainsi d’être sur le pont dès 7 heures du matin pour procéder à l’envoi des premiers « rapports de situation » venus de tout le pays aux ministres et hauts fonctionnaires. La journée se poursuivrait ensuite avec des évaluations et des réunions successives jusqu’à 5h30 le lendemain matin. De leur côté, les autorités locales auront pour consigne de signaler au centre de commandement la potentielle recrudescence des achats de panique, des tensions entre communautés, des manifestations, voire des crimes.

« Les informations sont demandées pour aider les ministères et les ministres à comprendre la nature et l’ampleur des impacts potentiels », explique le document. Le ministère de la Santé a également distribué à chaque clinique et hôpital du pays un formulaire comportant 60 questions qui devra être rempli quotidiennement et envoyé aux hauts fonctionnaires en cas de « no deal ».

Bunker anti-atomique
Pour contrôler au mieux la situation, le ministre britannique de la Défense a annoncé jeudi qu’un centre opérationnel avait été installé dans un bunker anti-atomique à Londres de manière à coordonner toute réponse militaire au Brexit. Au total, 3500 soldats pourraient être mobilisés afin d’aider à la mise en place des mesures d’urgence, tel que l’acheminement des denrées alimentaires.

Sur le plan commercial, le gouvernement britannique a déjà annoncé une réduction drastique et temporaire des droits de douanes en cas de sortie sans accord, ainsi que l’absence de contrôles douaniers à la frontière avec l’Irlande pour éviter le retour d’une frontière physique. Cette semaine coïncide également avec le lancement de l’opération « Brock » dans le Kent. Celle-ci prévoit notamment de réserver des voies aux poids lourds desservant le port de Douvres pour mieux organiser les files d’attente monstres qui sont à prévoir si le scénario d’un divorce brutal avec Bruxelles se confirmait.

Toujours est-il que, malgré les mesures d’urgence envisagées, le gouvernement s’attend à devoir surmonter des problèmes qui n’auraient pas été anticipés dans le cadre de l’ »opération Yellowhammer ». Une source proche du dossier estime d’ailleurs auprès du Guardian que, si la planification s’est intensifiée, le tableau général reste « chaotique ».

Amateurisme
Depuis plusieurs mois, nombreux sont ceux qui ont dénoncé l’amateurisme du gouvernement dans la préparation du Brexit. À titre d’exemple, le JDD rappelle que l’exécutif britannique avait conclu en décembre 2018 trois contrats avec des compagnies de ferries pour réduire le risque de pénurie. Malheureusement, Seaborne Freight, l’une des sociétés choisies par le ministère des Transports s’est avérée être une compagnie fantôme, ne possédant aucun navire.

Ajouté à cela un étonnant manque de rigueur puis qu’aucun appel d’offres n’avait été réalisé avant de passer ces contrats. Résultat, le gouvernement a dû verser 33 millions de livres à Getlink, anciennement Eurotunnel, afin d’éviter un procès pour atteinte à la concurrence.

Manque de transparence
Autre reproche adressé au gouvernement britannique: le manque de transparence sur les préparatifs du Brexit. La semaine dernière, Sky News révélait qu’une centaine d’accords de non-divulgation avaient été conclus par plusieurs ministères avec des entreprises pour préparer une sortie sans accord. Ces contrats passés entre deux partis permettent de garder confidentielles certaines informations.

Mais certaines entreprises déplorent être mises à l’écart de ces accords. « Les NDA (non-disclosure agreement) ont été beaucoup utilisés, beaucoup trop. Ce n’est pas juste et il n’est pas bon de les utiliser de cette manière. Ils empêchent les associations commerciales comme la nôtre de parler à nos membres des effets du Brexit », dénonce Rod McKenzie, directeur général de la Road Haulage Association, une association professionnelle vouée aux intérêts de l’industrie du transport de marchandises par la route.

Ce dernier dit comprendre « que le gouvernement ne veuille pas que ses plans pour un Brexit sans accord se retrouvent dans les journaux, mais il arrive un moment où nous devons dire à nos membres ce qui se passe réellement ».

À moins de trois semaines de la date fatidique, les milieux économiques espèrent toujours une sortie du Royaume-Uni avec accord. L’Union Européenne a laissé à Theresa May jusqu’au 29 mars pour faire approuver son accord par la Chambre des Communes. Faute de quoi, elle aura jusqu’au 12 avril pour proposer une autre solution, dont un report plus long du Brexit (ce qui impliquerait l’organisation des élections européennes par le Royaume-Uni). Sinon, la sortie sans accord sans période de transition interviendra du jour au lendemain.

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