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L’éjaculation précoce, un trouble très répandu mais toujours tabou

lc3a9jaculation-prc3a9coce.jpgPeu d’hommes osent en parler et pourtant ils sont bien plus nombreux qu’on ne le croit à en souffrir. L’éjaculation prématurée concerne 20 à 30% de la gent masculine.

C’est le trouble sexuel masculin le plus fréquent. L’éjaculation prématurée, également appelée éjaculation précoce ou rapide, touche en moyenne un homme sur trois à un homme sur cinq. 71% de la gent masculine assure en avoir déjà souffert, indique une enquête réalisée par l’Ifop pour Charles, une plateforme de consultations médicales réservée aux troubles sexuels masculins.

« Peu d’hommes peuvent se vanter de ne jamais avoir rencontré ce problème », affirme à BFMTV.com François Kraus, directeur du pôle genre, sexualités et santé sexuelle à l’Ifop.

« Ce n’est pas une anomalie »
Selon l’Association française d’urologie, on parle d’éjaculation prématurée lorsque celle-ci survient de manière quasi systématique avant la pénétration, au moment de la pénétration ou juste après celle-ci, « avec inaptitude à retarder/contrôler ce réflexe lors de toutes ou presque toutes les pénétrations et comportant des conséquences personnelles négatives telles que peine, mal-être, frustration et/ou évitement de l’intimité sexuelle ».

Pourtant, il ne s’agit pas d’une maladie. « C’est tout le paradoxe de l’éjaculation prématurée, analyse pour BFMTV.com Gilbert Bou Jaoudé, médecin sexologue à Lille ainsi que pour la plateforme Charles. Elle est tellement fréquente chez les hommes, hétérosexuels comme homosexuels, et dans toutes les tranches d’âge, qu’on ne la considère pas comme une anomalie, bien que l’on puisse la soigner. Il s’agit en réalité d’un réflexe. Les primates sont mêmes programmés pour éjaculer vite. Mais on peut apprendre à contrôler ce réflexe. »

Cette affection demeure sous-diagnostiquée et sous-médicalisée, même si tous les hommes qui éjaculent rapidement n’en souffrent pas. « L’éjaculation prématurée conserve un certain mystère », ajoute l’Association française d’urologie pour expliquer cette sous-médicalisation. En effet, ses causes et ses origines restent débattues. « Les croyances, les freins, les tabous font que les patients craignent d’en parler. »

Honte et tabou
À peine plus d’un tiers des hommes touchés l’ont déjà évoqué auprès de leur partenaire, selon l’étude de l’Ifop. Et ils sont encore moins nombreux à avoir consulté un professionnel de santé : seuls 16% d’entre eux ont osé se confier.

« Ils ont honte, note Gilbert Bou Jaoudé. Ils pensent qu’il n’y a pas de solution ou qu’ils vont la trouver par eux-mêmes, avec des techniques grappillées sur Internet. Ça leur pourrit la vie et ça nuit à leur couple. Ils ont l’impression de ne pas être un bon amant, de ne pas pouvoir contenter leur partenaire et de ne pas être un homme à part entière. »

Pourtant, il existe des solutions pour traiter l’éjaculation prématurée. Les méthodes combinant traitements médicamenteux, sexologie, psychologie et exercices musculaires s’avèrent d’ailleurs particulièrement efficaces. Car sans cela, ce trouble impacte bien au-delà de la vie sexuelle des patients.

« L’éjaculation précoce a de réelles répercussions psychologiques, poursuit le médecin. Ces hommes sont plus anxieux, se sentent moins légitimes pour séduire, ils n’osent plus entamer de nouvelles relations et s’isolent. »

Il évoque le cas de l’un de ses patients qui draguait une femme depuis un an mais évitait systématiquement tout rapprochement physique. Et trouvait des excuses pour repousser le rendez-vous qui aurait pu aboutir à une relation sexuelle.

« 100% de chance pour que ça plante »
Cela a longtemps été le cas de Stéphane (le prénom a été modifié pour préserver son anonymat). Ce Parisien âgé de 32 ans souffre depuis le début de sa vie sexuelle d’éjaculation précoce, « avec des hauts et des bas », confie-t-il à BFMTV.com. Au point d’adopter des stratégies d’évitement.

« On adapte sa sexualité avec plus de préliminaires, car les rapports peuvent être courts, voire très très courts. On prend son temps avant la première relation sexuelle, on est très câlin. On censure les rencontres, c’est pesant. C’est un poids sur les épaules, ça tape sur la confiance en soi et c’est quelque chose qui vous échappe complètement. »

Le jeune homme dénonce une « omerta » et assure avoir longtemps eu l’impression d’être seul. Jamais il ne s’est senti à l’aise pour en parler, même à son meilleur ami. « On prend l’éjaculation précoce à la rigolade, notamment avec le film Mary à tout prix. Mais beaucoup confondent ne pas se maîtriser une ou deux fois et quelque chose qui est systématique, récurrent. Si vous devez avoir un rapport sexuel, vous savez que vous avez 100% de chance pour que ça plante. »

En couple depuis peu, Stéphane a décidé de consulter un sexologue pour ne pas mettre en péril sa relation. Depuis, les choses s’améliorent progressivement. « Il y a des exercices pratiques, mais rien que d’avoir libéré la parole, je me sens mieux. »

« Un culte de la performance sexuelle masculine »
L’enquête montre également une méconnaissance des hommes quant à ce qui relève de l’éjaculation précoce ou non. Alors qu’ils souhaitent en grande majorité que leurs rapports sexuels durent plus longtemps, la moitié des hommes interrogés considère qu’en-dessous de cinq minutes de coït, on peut parler d’éjaculation précoce. Or, ce seuil est bien inférieur.

Il n’y a pas de consensus quant à la définition de l’éjaculation précoce, qui peut survenir dès le début de la vie sexuelle ou plus tardivement. Selon les sociétés savantes, on parle d’éjaculation prématurée lorsqu’elle survient moins d’une minute après le début de la pénétration, deux minutes pour d’autres ou encore en une quinzaine de poussées pelviennes. Pour François Kraus, de l’Ifop, la problématique autour de l’éjaculation prématurée est avant tout le reflet de changements sociétaux.

« Si l’importance accordée aux problèmes d’éjaculation précoce reflète une prise de conscience du plaisir féminin, elle est aussi le révélateur d’une survalorisation de la sexualité coïtale. Cela s’accompagne d’un culte de la performance sexuelle masculine associée à la taille du sexe, l’érection et la durée du rapport, notamment véhiculé par la pornographie. »

Complexant ainsi ces hommes qui ont l’impression de ne pas correspondre au modèle de mâle alpha. Sans compter que les aspirations en matière de durée de pénétration sont, selon François Kraus, « largement au-delà des normes biologiques. »

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Ondes électromagnétiques : pourquoi tant de haine ?

Ondes électromagnétiquesInhérentes au fonctionnement de nos smartphones ou au transport de l’électricité, les ondes électromagnétiques font régulièrement office de suspectes en raison de leur impact sur notre santé. L’évolution technologique ne fait que renforcer ces inquiétudes.

Elles sont insaisissables, invisibles, et suscitent des craintes grandissantes auprès du grand public. Utilisées depuis des décennies, les ondes électromagnétiques font régulièrement irruption dans le débat citoyen, à mesure du déploiement de nouvelles technologies telles que la 4G, la 5G, ou encore les compteurs Linky.

Entre fantasmes et impact réel sur la santé, il est souvent difficile de faire le tri. La mise en cause des ondes électromagnétiques est renforcée par l’absence de consensus de la communauté scientifique, malgré des études rassurantes et d’importantes contraintes réglementaires.

Basses fréquences et radiofréquences
Si les ondes électromagnétiques de très haute fréquence sont utilisées dans l’industrie médicale ou nucléaire, le grand public est principalement exposé à deux types d’ondes : les ondes d’extrêmement basse fréquence et les radiofréquences. Les premières sont celles qui sont utilisées pour acheminer de l’électricité le long des lignes à haute tension. Les secondes sont utilisées entre autres  par nos smartphones pour envoyer et recevoir des données.

Les ondes d’extrêmement basse fréquences font partie du paysage français depuis de très longues années, suscitant également des inquiétudes de la part des habitants. Et pour cause, ces champs électromagnétiques ont des effets avérés sur nos cellules. Le cas extrême de cette exposition étant l’électrocution.

Mais ce sont les conséquences d’une exposition permanente et bien plus modérée qui attisent le plus de craintes, notamment suite à plusieurs études scientifiques épidémiologiques. Comme le rappelle le ministère des Affaires sociales et de la Santé, une association statistique existe entre une exposition régulière à ce type de champs magnétiques et la leucémie chez l’enfant.

L’arrivée déterminante du mobile
Une étude de de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a constaté un plus grand risque de leucémie chez l’enfant de moins de 15 ans, vivant à moins de 50 mètres d’une ligne à très haute tension (225-400 kV). Les conséquences en termes de santé publique restent cependant limitées: d’après l’étude, qui dénombre 30.000 enfants vivant à moins de 50 mètres d’une ligne à très haute tension, l’excès de risque correspond à moins d’un cas de leucémie aiguë chez l’enfant chaque année.

Avec l’arrivée du téléphone mobile dans les années 90, les radiofréquences ont régulièrement été pointées du doigt pour leur impact potentiel sur la santé humaine. Pour l’heure, les études épidémiologiques sont rassurantes. L’une des principales études internationales, menée en 2012, n’a pas établi d’augmentation de risque de gliome et méningiome (deux cancers cérébraux) avec l’utilisation de téléphones portables.

Un rapport de l’ANSES publié en 2013, basé sur 309 articles scientifiques publiés entre avril 2009 et décembre 2012  évoque cependant la possibilité d’augmentation du nombre de gliomes chez les utilisateurs “intensifs” du téléphone mobile, ayant cumulé plus de 1.640 heures d’exposition.

Afin de respecter le principe de précaution, des limites d’exposition sont imposées aux fabricants de smartphones, ainsi qu’aux opérateurs en charge des antennes-relais. Lors d’une enquête réalisée en 2014 et basée sur près de 3000 mesures, l’Agence nationale des fréquences (ANFR) a constaté que les valeurs limites d’exposition du public aux champs électromagnétiques étaient respectées dans l’intégralité des cas.

Du côté des smartphones, certains fabricants ont néanmoins été épinglés pour avoir dépassé la limite réglementaire. Ils ont alors dû procéder à des mises à jour pour s’y conformer.

Des débats cycliques
Toutefois, la majorité de l’exposition aux radiofréquences est liée à la téléphonie mobile. Ce qui implique des débats réguliers, avec la multiplication des appareils en circulation et l’évolution des technologies de transmission des données. Après l’essor de la 4G, la 5G, qui sera déployée au cours des années 2020, suscite de nouvelles craintes quant à l’exposition du public aux ondes.

Pourtant, elle s’appuiera en grande partie sur les infrastructures utilisées pour la 4G, explique Gilles Brégant, directeur de l’ANFR, à BFM Tech. “C’est comme un système de poupées russes. Les fréquences de la 2G ont été réutilisées pour la 3G . La 4G réutilise des fréquences de la 2G et de la 3G. La 5G va réutiliser toutes ces fréquences en complément de ses propres fréquences” détaille-t-il.

Ce sont ces fréquences supplémentaires, bien plus larges et pouvant faire transiter bien plus de données, qui sont visées par les opposants au déploiement de la 5G. Handicapées par une moindre portée, ces dernières devront s’appuyer sur un réseau bien plus dense d’antennes, qui ne seront plus placées sur les toits mais sur les lampadaires ou abribus.

Pour limiter le niveau d’émission, ces dernières ne seront sollicitées qu’en cas de besoin de la part d’un utilisateur à proximité  par exemple pour télécharger un fichier volumineux.

A la différence des antennes-relais déjà installées, elles cibleront chaque smartphone avec précision, préservant les utilisateurs se trouvant à proximité. Ces dispositifs doivent subir des études d’impact avant d’être mis en place et devront se conformer aux limites d’exposition déjà existantes.

La crainte des ondes électromagnétiques a récemment pénétré nos foyers, à l’occasion du déploiement du compteur intelligent Linky par Enedis. Malgré des mesures montrant un impact comparable à celui d’une télévision ou d’un chargeur d’ordinateur portable, Linky a été ciblé par plusieurs associations, y compris devant la justice. Comme le montre un rapport de l’ANSES datant de juin 2017, les associations Priartem électrosensibles de France et Robin des Toits ont été particulièrement actives dans le combat face à Enedis.

“Alors que la controverse sur les antennes-relais a été soulevée par l’installation de sources d’exposition dans l’espace public, la polémique sur les compteurs communicants mobilise d’autres processus psychosociaux dès lors que la source est imposée et implantée dans l’espace privé. Elle est interprétée comme une source de menace venant de l’intérieur du chez-soi, ce qui est difficilement acceptable” complète le rapport, repris par nos confrères de Libération.

Un business florissant
A ces nombreuses craintes s’ajoutent les témoignages d’individus s’estimant électrosensibles. Une maladie qui ne fait pas consensus au sein de la communauté scientifique, et qui se distingue par la multitude des symptômes associés. Dans son rapport de 2013, l’ANSES mentionnait des études mettant en évidence “une association entre les symptômes perçus et la distance à l’antenne relais estimée par les riverains, plutôt que le niveau d’exposition réel”, laissant présager un effet avant tout psychologique.

En mars 2018, l’agence évoque une absence de preuve de causalité entre exposition aux ondes et électrosensibilité, tout en insistant sur la réalité des souffrances exprimées par les patients et sur la nécessité de poursuivre les travaux de recherche sur le sujet. Pour les scientifiques comme pour les régulateurs, le risque ou l’innocuité des ondes électromagnétiques est d’autant plus difficile à établir que ces dernières se multiplient et se cumulent.

Certaines entreprises ont choisi de jouer sur ces peurs pour vendre des produits “anti-ondes”. Leur promesse : préserver l’utilisateur des méfaits des ondes électromagnétiques, quand bien même ces derniers restent hypothétiques. Parfois coûteux, de tels produits  comme des patchs à coller sur son smartphone ou des vêtements spécifiques  se révèlent souvent inutiles. Récemment la marque Petit Bateau a également fait le choix de surfer sur la tendance en proposant à la vente un bonnet anti-ondes pour bébé.

Dans les prochaines années, l’absence de consensus sur les effets des ondes électromagnétiques sur la santé,  notamment à long-terme pourrait laisser une place grandissante aux débats sur le sujet. Face à ces incertitudes, les solutions les plus simples sont aussi les meilleures pour quiconque désire appliquer un principe de précaution supplémentaire : éloigner son smartphone de son oreille, téléphoner lorsque le réseau est bon, ce qui peut réduire de plus de 99% le niveau d’exposition, et limiter la durée des appels. En cas de doute sur le niveau d’exposition de son environnement quotidien, par exemple à proximité d’une antenne-relais, l’ANFR proposer de venir réaliser une mesure gratuitement.

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Plutôt que de les détruire, Amazon va donner les invendus

amazonLe géant du e-commerce va lancer le 1er septembre un programme s’adressant aux vendeurs tiers qui stockent leurs marchandises dans ses entrepôts aux États-Unis et au Royaume-Uni. Sauf opposition de leur part, les invendus seront donnés à un programme de charité.

Les images diffusées en début d’année par le magazine Capital sur M6 avaient choqué. On y voyait des tonnes de produits neufs, provenant des entrepôts d’Amazon dans le Loiret, mis à la benne en vue d’être détruits. Il s’agissait des marchandises invendues ou retournées par les clients appartenant à des vendeurs de la market-place, stockés par le géant du e-commerce.

Amazon va mettre fin à cette pratique, pour le moment aux États-Unis et au Royaume-Uni. Le e-commerçant vient d’annoncer le lancement de son programme « FBA », selon des informations de CNBC repérées par le Parisien. Il consiste à donner les marchandises invendues à des organisations caritatives. Ce sera l’option par défaut appliquée par Amazon à compter du 1er septembre quand les vendeurs tiers voudront se débarrasser de leur stock.

Des associations caritatives chargées de la redistribution
S’ils ne souhaitent pas participer à ce programme, ils devront donc le faire savoir à Amazon. Mais selon des témoignages de vendeurs recueillis par CNBC, ce programme de don serait financièrement intéressant. Actuellement, Amazon facture 50 centimes de dollars la restitution d’un invendu et 15 centimes sa destruction, d’où ce choix souvent adopté par les vendeurs.

Les marchandises invendues seront données sur le territoire américain au réseau Good 360, qui les redistribuera à des associations caritatives. Au Royaume-Uni, les bénéficiaires seront des organisations caritatives telles que Newlife, Salvation Army et Barnado’s. Amazon précise dans un communiqué qu’il se chargera de la logistique pour simplifier le processus de donation.

Selon le magazine Capital, ce sont plus de 3 millions de produits qui ont ainsi été détruits par Amazon en France au cours de l’année. Les États-Unis étant le plus gros marché d’Amazon, le nombre d’objets détruits serait donc bien supérieur. Pour apaiser les esprits, Amazon précise toutefois que la majorité des produits qui lui reste sur les bras sont revendus à des liquidateurs ou déjà donnés à des associations quand leur état le permet.

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Comment la cigarette est devenue indésirable à la plage

PST1.jpgDe plus en plus de municipalités prennent des arrêtés interdisant le tabac sur leurs plages. Le bannissement dépasse même les frontières des bords de mer. Car les enjeux sont considérables pour la santé humaine mais aussi l’environnement.

Le tabac tabou à la plage ?   Alors que la France compte près de 16 millions de fumeurs, selon Tabac-info-service, la cigarette est en passe de devenir persona non grata en bord de mer. Aujourd’hui, il existe quelque 60 plages qui bannissent la cigarette sur tout le littoral français, selon la Ligue nationale contre le cancer qui a créé le label « plage sans tabac ». On peut ainsi citer La Rochelle, Royan, Biarritz, Mimizan, Saint-Gilles-Croix-de-Vie, le Grau-du-Roi, Saint-Malo, Ouistreham ou encore Propriano et Ajaccio.

Un enjeu de santé publique
La toute première plage non-fumeur a vu le jour en 2011 à La Ciotat, suivant l’exemple de New York qui interdisait à la même époque le tabac dans les lieux de plein air notamment ses 1700 parcs, 22 kilomètres de plages et quartiers piétonniers comme Times Square. L’année suivante, c’était la plage du Centenaire à Nice, sur la Promenade des Anglais, qui faisait de même.

« Près de 80% des fumeurs veulent arrêter, ils ont conscience de leur dépendance et de la difficulté que cela représente, pointe Emmanuel Ricard, délégué à la prévention au sein de la Ligue nationale contre le cancer, pour BFMTV.com. Chez un ancien fumeur, la simple vision d’un autre fumeur peut donner envie d’allumer une cigarette. Ils doivent pouvoir trouver des espaces sans sollicitation. »

L’association rappelle que le tabac est la première cause évitable de mortalité en France et responsable de plus de 78.000 morts par an. Si l’ambition est ainsi de donner un coup de pouce aux futurs repentis du tabac, le but est aussi d’éliminer l’exposition au tabagisme passif et de réduire l’initiation. Car l’urgence, selon Emmanuel Ricard, est de protéger les enfants alors qu’un jeune de 15 à 19 ans sur trois fume.

« Au début, il y avait de fortes réticences aux plages sans tabac, mais elles sont tombées en axant l’argumentaire sur les enfants. On leur doit une exemplarité. Sans compter qu’un enfant dont l’entourage fume a une probabilité supplémentaire à lui-même fumer plus tard. Il y a une vraie contamination sociale. »

Un déchet dangereux
En plus des questions de santé publique, l’interdiction de la cigarette répond à des enjeux environnementaux. Début juin, trois plages de Marseille ont ainsi banni le tabac. L’arrêté municipal précise que l’objectif est de « protéger les non-fumeurs des dangers du tabagisme passif » mais aussi « préserver le littoral des déchets ».

Chaque année, 20 à 25.000 tonnes de mégots sont jetés dans la nature en France, indique le ministère de la Transition écologique. « Le filtre contient plusieurs milliers de substances chimiques (acide cyanhydrique, naphtalène, nicotine, ammoniac, cadmium, arsenic, mercure, plomb) dont certaines sont toxiques pour les écosystèmes, un mégot jeté par terre et emporté par les eaux aura toutes les chances de rejoindre les mers et les océans ». C’est le déchet plastique le plus retrouvé sur les plages juste après les bouteilles en plastiques.

Une problématique à laquelle Thierry Lerévérend, directeur de l’association Teragir, qui accompagne des projets de développement durable, est régulièrement confrontée.

« Jeter son mégot, c’est un geste culturellement installé, regrette-t-il pour BFMTV.com. On s’imagine qu’emporté dans le caniveau, il sera récupéré en station d’épuration. Mais c’est faux. Si certains égouts unitaires emportent les eaux pluviales avec les eaux usées vers les stations d’épuration, d’autres égouts séparatifs ne traitent pas les eaux de pluie et les rejettent directement vers les cours d’eau. »

« Jeter un mégot par terre, ce n’est ni un geste normal ni anodin »
L’association Surfrider, qui œuvre en faveur de la protection de l’océan, organise régulièrement des « initiatives océanes », des opérations de ramassage des déchets. Le mégot arrive systématiquement en tête. L’année dernière à Paris, aux abords du bassin de La Villette, 23.000 mégots ont été ramassés en seulement une heure et demie.

Pour Diane Beaumenay, chargée de mission européenne pour Surfrider, la première solution reste la sensibilisation. « On peut aussi mettre à disposition des cendriers de poche, ou encore interdire de fumer sur les plages, explique-t-elle pour BFMTV.com. Mais il faut avant tout expliquer que jeter un mégot de cigarette par terre, ce n’est ni un geste normal ni anodin. Sans sensibilisation, il est difficile de changer les comportements. »

Un seul mégot peut polluer jusqu’à 500 litres d’eau et être ingéré par les animaux marins. Pour qu’il se dégrade dans la nature, il faut compter plusieurs années, selon le milieu. « En réalité, un mégot se fragmente, se décompose et dissémine sa pollution impactant la faune, la flore et les eaux, ce qui provoque une pollution chimique, poursuit Diane Beaumenay. Ses microparticules de plastique ne disparaissent en réalité jamais. »

Thierry Lerévérend, de Teragir, en appelle quant à lui à la responsabilité de chacun. « Les Français ne sont pas de mauvaises personnes mais il y a une vraie prise de conscience à avoir », déclare-t-il. « On ne peut pas mettre un cendrier derrière chaque fumeur. La seule solution est que chacun rapporte son mégot. »

1570 « espaces sans tabac »
Il n’y a pas que les plages qui interdisent la cigarette. Début juin, 52 espaces verts parisiens ont ainsi banni le tabac, soit 10% des parcs et jardins de la capitale. L’année dernière, Strasbourg a été la première ville à interdire la cigarette dans tous ses parcs et jardins publics.

Au total, la Ligue nationale contre le cancer comptabilise 1570 « espaces sans tabac » dans 41 départements, des parcs aux parcours de santé en passant par les entrées d’établissements scolaires ou les espaces extérieurs d’hôpitaux. Le bannissement du tabac est bel et bien en hausse, assure Emmanuel Ricard, « avec un effet boule de neige ». Son objectif : « dénormaliser » le tabagisme dans les espaces publics et rompre le lien entre les loisirs et le tabac. La Ligue nationale contre le cancer vise la mise en place de 3000 de ces espaces d’ici la fin 2020.

Pour Gérard Audureau, président de l’association Les Droits des non-fumeurs, le bannissement de la cigarette répond à une tendance de fond. « Cela concerne tous les espaces extérieurs où l’on a vocation à cohabiter, que ce soit les terrasses de café, les abribus ou les gradins dans les stades, remarque-t-il pour BFMTV.com. Et puis l’intolérance à la fumée de cigarette est de plus en plus grande. Et l’on commence à se rendre compte que c’est agréable de pouvoir respirer tranquillement. »

Son association est actuellement en train de réactualiser le site et l’application « Ma terrasse sans tabac », lancés en 2017 par Marisol Touraine à l’époque ministre des Solidarités et de la santé. Ces plateformes listent bars et restaurants proposant un espace extérieur entièrement non-fumeur.

Changer le regard sur la cigarette
« Il suffit d’un seul fumeur pour que toute une terrasse fermée, notamment l’hiver, devienne irrespirable. De plus en plus de restaurateurs prennent ainsi conscience du problème, assure Gérard Audureau. En proposant des terrasses non-fumeurs, ils ne vont pas perdre de clientèle, c’est une idée préconçue. Ils vont même en gagner. La convivialité ne naît pas du tabac. »

Il accuse les industriels du tabac d’avoir instillé des décennies durant l’idée selon laquelle la norme, c’est de fumer. « Il faudra des générations pour démonter cette construction ». Emmanuel Ricard, de la Ligue contre le cancer, partage la même analyse.

« L’image du tabac est associée au plaisir, dénonce-t-il. Pourtant, les toutes premières cigarettes sont rarement agréables, il faut même se forcer. Fumer serait synonyme de liberté, de moment de détente, de pause. Mais ce ne sont que des arcs-réflexes qui ont été historiquement imposés. Nous ne voulons pas stigmatiser le fumeur, mais changer le regard. »

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Faut-il vraiment attendre trois heures après avoir mangé pour aller se baigner ?

baignadeSe baigner ou ne pas se baigner après avoir mangé : le problème est plus complexe qu’il n’y paraît. Et la solution ne réside pas que dans le contenu de l’assiette.

Vous venez de terminer le déjeuner, les enfants ont avalé leur dernière cuillerée de dessert et déjà ils trépignent à l’idée d’aller se baigner. Non non non, vous ne cédez pas, ils vont devoir patienter : pas question de se mettre à l’eau tant qu’ils n’auront pas digéré. Vous en êtes certain, votre mère qui le tient de votre grand-mère vous l’a toujours martelé : on ne se baigne pas après avoir mangé. Que nenni, c’est (presque) faux.

La circulation sanguine modifiée par le repas
Il est vrai que la digestion entraîne une hausse de la température corporelle : ce processus provoque un afflux de sang vers l’abdomen et peut donc faire légèrement augmenter la température. Pour Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France, le plus important est d’éviter le choc thermique.

« Le choc peut être d’autant plus brutal que la circulation sanguine est modifiée après le repas, assure-t-il à BFMTV.com  La digestion fatigue le corps et consomme de l’énergie, c’est pour cela que l’on est souvent somnolant après un repas, c’est tout à fait normal. »

Mobilisé pour absorber les nutriments, le sang est ainsi moins disponible pour le reste de l’organisme. Santé publique France a recensé en 2015 six décès par noyade sur 436 dont au moins l’une des causes était la digestion, ce qui représente 1% des morts. Donc pas de baignade, tranche Christophe Prudhomme. « L’organisme a besoin de se reposer pendant la digestion et tout effort physique est inadapté. »

Gonflement et rétractation des vaisseaux
Le problème réside surtout dans la différence de température avec l’eau. Plus il fait chaud et plus l’eau est froide, plus cet écart peut potentiellement provoquer un choc thermique et donc une hydrocution. Quand le mercure grimpe, les vaisseaux sanguins gonflent et le cœur bat plus vite pour maintenir le corps à bonne température. Or, quand un adulte pénètre une eau à moins de 18 degrés ou 20 degrés pour un enfant, le froid provoque un quasi immédiat rétrécissement du diamètre des artères.

« Dans plusieurs cas de noyades, alors que l’air ambiant était autour de 35-40°C, des jeunes ont brutalement sauté dans l’eau. Un écart de 20°C est trop important pour que le corps puisse s’y accoutumer aussi vite. Cela trouble la circulation sanguine et provoque une syncope. Si cette syncope a lieu dans l’eau, vous vous noyez. C’est dramatique », ajoute Christophe Prudhomme.

La circulation sanguine ralentit et l’apport en oxygène est réduit. Ce qui peut entraîner des étourdissements, une perte de connaissance, des difficultés respiratoires voire un malaise cardiaque.

L’exposition au soleil
Pour le lieutenant Emmanuel Rossi, conseiller technique nautique au Sdis de Haute-Saône, la question du repas n’est pas l’unique élément à prendre en compte, d’autres paramètres entrent en jeu.

« Tout dépend de ce que vous avez mangé, explique-t-il à BFMTV.com. Un repas léger mobilisera moins l’organisme qu’un repas copieux. Mais ce qui aggrave le problème, c’est l’exposition au soleil. Quelqu’un qui n’a pas mangé mais s’est exposé entre midi et 16 heures se mettra plus en danger qu’une personne qui a mangé léger mais est restée à l’ombre ».

Sans compter qu’un autre paramètre peut modifier la qualité du repas: la consommation d’alcool. Dans son enquête sur la surveillance épidémiologique des noyades, Santé publique France pointait la responsabilité de l’absorption de boissons alcoolisées dans 10% des décès.

Chaque été, 50 enfants meurent par noyade
En ce mois de juillet particulièrement chaud, quelque 60 personnes sont mortes par noyade. Entre 2015 et 2018, ce nombre a même bondi de 30%, la mort par noyade devenant la première cause de décès chez les moins de 25 ans. Le gouvernement a ainsi lancé une campagne de prévention pour appeler à la prudence et à la surveillance des plus jeunes.

Le ministère des Solidarités et de la santé rappelle ainsi que chaque été, les noyades accidentelles provoquent environ 50 décès chez les enfants de moins de 13 ans. « Un manque de surveillance est relevé dans une noyade sur deux ».

Une entrée progressive dans l’eau
En plus de limiter son exposition au soleil aux heures les plus chaudes, Emmanuel Rossi conseille une entrée progressive dans l’eau. « Se mouiller la nuque, cela s’explique physiologiquement. Le bulbe rachidien a pour fonction la gestion de la thermorégulation. C’est un des endroits où l’organisme va prendre l’information d’adapter sa température. Bras, épaules, torse et toutes les zones avec des organes, l’idée est de faciliter l’adaptation du corps et permettre une rétractation des vaisseaux moins brusque ».

Pas question donc d’entrer dans l’eau en faisant une bombe, insiste Emmanuel Rossi. « Pas de plongeon sans être préalablement mouillé ». Il recommande également de ne pas sur-estimer ses capacités physiques. « On a déjà vu des personnes se lancer dans la traversée d’une rivière à la nage qui se font surprendre par des écarts de température entre le bord et des zones plus lointaines, sans compter le risque de courants ».

Quant à vos enfants qui piaffent d’impatience: si le repas a été léger, s’ils sont restés à l’ombre, si le soleil ne tape pas trop fort et si un adulte assure la surveillance, feu vert pour se jeter, en douceur, à l’eau.

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L’UFC-Que Choisir veut que Google indemnise les détenteurs de mobiles Android

L'UFC-Que Choisir veut que Google indemnise les détenteurs de mobiles AndroidL’association de défense des consommateurs lance une action de groupe contre Google devant le TGI de Paris, pour violation du Règlement général de protection des données (RGPD).

Google est cerné de toutes parts par les critiques à l’égard de son exploitation des données personnelles. Fin janvier 2019, l’entreprise américaine a écopé d’une lourde amende de la CNIL, 50 millions d’euros , dont elle a depuis fait appel, pour son opacité à l’égard de la collecte des informations de ses utilisateurs.

Estimant qu’aucun effort n’a été fourni depuis cette date, l’UFC-Que Choisir lance à son tour une action collective auprès du Tribunal de Grande Instance de Paris contre le géant du Web. En cause : une violation, à ses yeux, du Règlement général de protection des données (RGPD), entré en application le 25 mai 2018 dans l’Union européenne.

« L’objectif de cette action est de mettre fin à l’exploitation insidieuse des données personnelles de ses utilisateurs, particulièrement ceux détenant un équipement Android avec un compte Google, et de les indemniser à hauteur de 1000 euros », fait savoir le communiqué de l’association de défense des consommateurs.

Cette somme de 1000 euros a été déterminée « comme étant celle assurant une juste indemnisation au regard du caractère massif et continu de cette violation et permettant d’assurer le respect de la vie privée des utilisateurs », complète l’UFC-Que Choisir, sans donner d’informations supplémentaires.

« Nous avons un niveau d’exigence élevé en matière de transparence et de consentement basées à la fois sur les recommandations des différentes autorités et sur des tests rigoureux auprès des utilisateurs », souligne un porte-parole de Google en réponse à cette annonce. « Nous fournissons des informations utiles et des outils de contrôles de confidentialité simples à utiliser dans nos produits. »

Le parc de smartphones Android étant selon nos estimations d’environ 33 millions dans l’Hexagone, si l’association obtient gain de cause, le géant américain pourrait devoir reverser quelque 33 milliards d’euros aux utilisateurs français, soit 25% de son chiffre d’affaires mondial annuel. Et c’est sans compter les tablettes.

1000 lignes de règles de confidentialité
L’UFC-Que Choisir entend également atteindre d’autres objectifs : mettre fin à l’exploitation des données personnelles des utilisateurs d’Android « collectées de façon illégale » et obtenir un réel consentement de leur part pour la collecte et le traitement de ces données par les services et applications de Google. La nécessité d’un consentement libre et éclairé est spécifiée dans le RGPD.

Google vient tirer profit des données personnelles de ses utilisateurs pour affiner et personnaliser ses services et recommandations. L’UFC-Que Choisir juge néanmoins que, malgré la condamnation de la CNIL, la société continue de noyer les consommateurs dans des règles de confidentialités interminables, « plus de 1000 lignes, 5700 mots, 57 renvois et 100 liens vers d’autres contenus »  et à maintenir un véritable parcours du combattant pour agir sur la géolocalisation.

L’association fait mention de six actions pour accéder aux informations sur les différentes méthodes utilisées à cet effet et rappelle qu’un smartphone, même immobile, transmet sa géolocalisation près de 340 fois par jour.

En août dernier, une enquête d’Associated Press avait relevé que les appareils Android et iPhone enregistraient la position de leurs détenteurs, même après désactivation de l’historique des positions sur les services Google. L’option « activité sur le Web et les applications » devait elle aussi être décochée pour faire cesser définitivement la collecte de données.

Publié dans Texte Santé

Pourquoi le drame de la fausse couche est-il encore tabou ?

Pourquoi le drame de la fausse couche est-il encore tabouAlors qu’une femme sur quatre vit une fausse couche au cours de sa vie, le sujet reste peu, voire pas abordé en France, au niveau du grand public. Ce manque entraîne une méconnaissance autour de la perte précoce de la grossesse, mais surtout un tabou, qui freine le besoin de parler des personnes vivant cette perte.

Dans un long témoignage posté dimanche sur la plateforme Medium, la députée LaREM Paula Forteza raconte sa fausse couche, à quatre mois de grossesse, et pointe du doigt le manque d’informations et le tabou autour de ce sujet. « Pourquoi n’en avais-je jamais entendu parler avant ?  Pourquoi en avoir fait collectivement un tabou, une expérience à passer sous silence sous prétexte qu’elle serait glauque et choquante ?« , écrit l’élue.

Si des témoignages sur le sujet sont partagés en ligne, rares sont les collègues, cousines, amies voire même frères, soeurs ou parents qui osent raconter ce difficile moment de leur vie. « J’ai eu l’impression d’échouer », déclarait Michelle Obama, ex-première dame américaine, en novembre 2018, alors qu’elle se confiait sur sa fausse couche, « parce que je ne savais pas à quel point les fausses couches étaient courantes, parce que nous n’en parlons pas. Nous restons dans notre douleur en pensant que nous sommes brisés ».

Une femme sur quatre vit une fausse couche
La fausse couche c’est « un arrêt spontané de la grossesse avant la 22ème semaine d’aménorrhée (soit environ 5 mois), date de viabilité du fœtus », explique le site de l’assurance maladie.

Il rappelle que la fausse couche isolée (une expérience de fausse couche unique) est une « situation fréquente » qui touche au moins 15% des grossesses. Le site de l’assurance maladie précise que le risque de fausse couche spontanée augmente avec l’âge : à 25 ans, il est de 12% par cycle à 42 ans, de 50%. En tout, c’est à peu près une femme sur quatre qui sera confrontée à une fausse couche au cours de sa vie. Malaise, pudeur ou peur de la réaction de l’autre, pourquoi ce sujet reste-t-il si peu abordé ?

« Le deuil d’un enfant qui n’a pas vécu »
La difficulté de parler d’une fausse couche est intrinsèque au drame que la mort d’un enfant provoque au sein d’un couple, ou chez la femme qui portait l’enfant. « C’est le deuil d’un enfant qui n’est pas né, c’est aussi le deuil d’un projet, le deuil de tout un désir de conception, de famille qu’il faut faire », explique une responsable de l’association Petite Émilie, qui regroupe des familles concernées par le deuil périnatal.

Face à ses proches, mais aussi à la société, c’est un deuil qui peut être compliqué à faire, mais aussi à faire comprendre, car « il est difficilement admis qu’on fasse le deuil de quelqu’un qui n’a pas existé. Il n’y a pas de vécu, de souvenirs » à évoquer pour les proches, continue la responsable.

La majorité des fausses couches intervient au cours du premier trimestre, avant la 14ème semaine d’aménorrhée, à trois mois de gestation. Alors que l’annonce de la grossesse à son entourage intervient généralement à la fin de cette période, quand les risques de perte du foetus sont amoindries.

Dans un long témoignage sur sa propre fausse couche, mais aussi l’appréhension du sujet en France, Marie-Hélène Lahaye fustige dans un post de son blog « Marie accouche là » ce silence au début de la grossesse, qui maintient le tabou selon elle et « a pour seul but d’empêcher les futurs parents d’annoncer par la suite une éventuelle fausse couche ».

« Parfois la grossesse n’a même pas été annoncée à ses proches, donc on doit tout dire d’un coup », raconte une responsable d’Agapa, association qui accompagne les personnes touchées par une grossesse interrompue. Cela rajoute à « la brutalité et l’inattendu de cette situation », déjà difficile à vivre.

La cause d’une fausse couche « rarement recherchée »
Cette difficulté d’évoquer le sujet se couple parfois à une culpabilisation de la mère qui pense avoir mal fait, ou être responsable de la perte du fœtus, notamment parce que les causes d’une fausse couche sont rarement connues. « Elle est due le plus souvent à une anomalie de développement du fœtus », explique l’assurance maladie, qui souligne que la « cause d’une fausse couche spontanée et isolée est rarement recherchée ».

« Il n’y a quasiment jamais d’explication, ce qui rajoute évidemment à la difficulté » de faire son deuil et à pouvoir en parler, explique-t-on à l’association Agapa. Certains « ont plus de mal à relancer une autre grossesse, ils ont peur que cela se reproduise ».

« C’est rare que l’on trouve les raisons d’une fausse couche », explique une sage-femme du réseau périnatal Naître dans l’Est francilien, « notamment parce qu’avant 15 semaines, on ne peut pas faire d’autopsie du fœtus », et donc identifier une anomalie précise. Les enquêtes sur les causes d’une fausse couche sont surtout menées en cas d’interruption spontanée de grossesse à répétition, ou lorsque le fœtus est plus développé.

L’impression de manque d’informations médicales vient également du fait que la fausse couche peut survenir très tôt dans la grossesse, alors même qu’aucun rendez-vous médical n’a eu lieu. « Ces femmes ne sont pas préparées à quelque chose, étant donné qu’elles n’ont encore vu aucun professionnel », explique la sage-femme.

« I had a miscarriage »
Pour pallier ce tabou sociétal, des initiatives éparses existent. Les cafés-rencontres proposés par l’association Agapa  pour échanger entre personnes ayant traversé une même épreuve  ou encore les professionnels de santé dans certains réseaux périnatals sont là pour permettre aux personnes en difficulté à la suite de ce drame de pouvoir s’exprimer, raconter.

Faute d’une oreille attentive, ou par besoin de parler à découvert de son expérience, certains publient leur histoire sur des forums, blogs ou réseaux sociaux. Comme sur le compte Instagram « I had a miscarriage » (En français : « J’ai fait une fausse couche »), créé en 2015 par une psychologue américaine, qui a vécu cette expérience. Il a pour but de délier les langues, de parler ouvertement de ce sujet encore trop difficile à aborder.