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Fin du procès Balkany : Eric Dupond-Moretti dénonce la « violence judiciaire » à l’encontre de son client

couple balkanyLe procès Balkany touche à sa fin. Ce mercredi, les derniers mots ont été accordés à la défense du maire de Levallois-Perret accusé de blanchiment de fraude fiscale et de corruption passive. Son avocat, Me Eric Dupond-Moretti, a réclamé une justice « mesurée ». Verdict le 18 octobre.

« Les années de prison réclamées contre Balkany sont monstrueuses, des crimes de sang n’atteignent pas de telles peines. » Ce mercredi, Eric Dupond-Moretti a présenté ses arguments pour la défense du maire de Levallois-Perret accusé de blanchiment de fraude fiscale et de corruption passive.

Pendant près d’une heure, le conseil a plaidé devant trois juges impassibles, réclamant une justice « mesurée » à l’égard de son client contre qui les procureurs ont requis 7 ans de prison ferme, son incarcération immédiate, 10 ans d’inéligibilité et la confiscation de tous ses biens.

avocat dupont moretti« J’ai âprement critiqué ce réquisitoire », a-t-il réagi devant la presse à la fin de sa plaidoirie. Il a attaqué sa diatribe en évoquant la « violence judiciaire, celle qui ne sent pas l’hémoglobine et qui porte un costume de satin et d’hermine. Condamner un innocent c’est terrifiant, condamner un coupable à une peine qu’il ne mérite pas c’est tout aussi terrifiant », a-t-il fait valoir devant les magistrats.

Il a poursuivi son plaidoyer en contestant le mandat de dépôt réclamé par les procureurs : c’est « un scandale, une humiliation qui interdit à Balkany d’user des voies de recours qui sont les siennes. Il s’est présenté à toutes les audiences, il n’y a aucune raison qu’il soit arrêté à la barre. »

« Il ne mérite pas les lourdes peines requises »
Eric Dupond-Moretti a ensuite joué sur l’émotion en rappelant l’âge de son client, septuagénaire. « Sa place n’est pas en prison quoi qu’il ait commis », a-t-il martelé avant d’affirmer que la fraude fiscale, reconnue par le couple Balkany, était un sport national il y a encore quelques années. Une telle infraction « ne mérite pas les lourdes peines requises » par les procureurs, qu’il a qualifiés de « chefs d’orchestre de la morale publique ».

Concernant les faits de corruption reprochés à Patrick Balkany, « nous les contestons pour des questions juridiques », a affirmé Me Dupond-Moretti. Les Balkany ont toujours nié détenir le riad de la palmeraie, acquis en janvier 2010 par une SCI marocaine, elle-même détenue par une société écran panaméenne aux titres au porteur. Et ce, en dépit des peignoirs brodés aux initiales « PB », des livres dédicacés, des meubles payés par Isabelle Balkany et livrés dans la villa saharienne.

L’accusation affirme que Patrick Balkany s’est fait offrir cette villa par le milliardaire saoudien Mohamed Al Jaber en échange de délais de paiements pour les Tours de Levallois, un juteux projet immobilier qui n’a finalement pas abouti. S’ils se sont parfois violemment opposés à l’audience, Patrick Balkany et Mohamed Al Jaber se sont accordés pour nier tout « pacte de corruption ».

Les « regrets » de Patrick Balkany
L’audience s’est achevée sur les mots de Patrick Balkany qui s’est avancé à la barre pour faire part de ses regrets.  « Bien sûr que j’ai des regrets, de ne pas avoir fait ce que j’aurais dû faire il y a longtemps. J’ai un autre regret, je le dois à mon fils, il n’avait rien à faire ici, il a été traîné en prison et au tribunal alors qu’il n’est responsable de rien », a-t-il déclamé avant d’exprimer son souhait de rester auprès de sa femme, en convalescence après une tentative de suicide début mai. « Elle a besoin de moi », a conclu Patrick Balkany.

Le jugement sera rendu le 13 septembre pour le volet concernant la fraude fiscale. Pour corruption et blanchiment de fraude fiscale, la décision sera rendue le 18 octobre.

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Absente à l’audience, Isabelle Balkany suit le procès sur Twitter

couple balkanyLa maire adjointe de Levallois-Perret, hospitalisée il y a un mois et demi après une tentative de suicide, est absente depuis le début du procès.

Absente du tribunal, Isabelle Balkany ne manque pourtant pas une miette des audiences. Depuis le début de son procès, notamment pour blanchiment de fraude fiscale, la maire-adjointe de Levallois-Perret suit le compte-rendu en temps réel des journalistes sur les réseaux sociaux.

« En pleine dépression »
Il y a un mois, après quelques jours d’audience, un journaliste s’était ainsi étonné de voir l’adjointe « aimer » un des messages postés sur Twitter.  « Elle suit les débats mais elle ne regarde pas la télévision », confirme le maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany.

« Elle voulait vraiment venir. Mais les médecins disent qu’elle n’est pas capable de supporter ça maintenant. Elle est encore en pleine dépression », affirme-t-il. Isabelle Balkany est restée près d’un mois hospitalisée après une tentative de suicide le 1er Mai dernier.

Second réquisitoire attendu jeudi
Sa dépression a été évoquée dès le premier jour par son avocat dans une lettre qu’elle avait écrite pour le tribunal.  « Monsieur le président, je ne suis pas en mesure d’assister à l’audience. Le choc émotionnel provoqué par la médiatisation outrancière m’est devenu insupportable », expliquait l’adjointe de Levallois-Perret.

Dans le premier volet du procès portant sur le seul délit de fraude fiscale, le parquet national financier a requis mi-mai quatre ans de prison, avec mandat de dépôt, contre Patrick Balkany, deux ans ferme contre son épouse Isabelle, et dix ans d’inéligibilité contre eux deux. Le second réquisitoire, attendu jeudi, pourrait être bien plus lourd.

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Acte II du procès Balkany

couple balkanyL’acte II du procès promet une plongée dans l’univers discret de l’offshore, avec ses montages virtuoses, de la Suisse au Panama, et ses comptes bancaires nichés au Liechtenstein ou à Singapour.

Après une première semaine consacrée à la fraude fiscale, le procès des époux Balkany a repris ce lundi à Paris pour un mois. Cette fois-ci s’ouvrira la page, bien plus lourde et complexe, du blanchiment et de la corruption. Isabelle Balkany, 71 ans, hospitalisée depuis une tentative de suicide début mai, n’est toujours pas là. Patrick Balkany, 70 ans, maire LR de Levallois-Perret, a perdu sa superbe de la première semaine.

L’air fatigué, les épaules légèrement voûtées, il fait soudain son âge, assis au côté de son fils Alexandre, venu répondre du blanchiment de la fraude fiscale reprochée à ses parents.

Au cours de cette nouvelle journée, Alexandre Balkany, costume sombre et mine grave, semble justement peu à l’aise. Il est soupçonné d’avoir « couvert » ses parents en souscrivant des baux fictifs.

Son avocat, ainsi que le collaborateur d’Eric Dupond-Moretti, Antoine Vey, ont tout deux demandé un renvoi au motif que les deux associations, qui s’étaient constituées partie civile et qui se sont à ce titre « exprimées longuement avant le procès » pour critiquer les Balkany, se désistent. La demande a été rejetée par le tribunal.

Acte II jusqu’au 20 juin
Le premier acte du procès s’est clos jeudi dernier par un réquisitoire cinglant contre un « acharnement à frauder »: le parquet national financier (PNF) a requis quatre ans de prison pour fraude fiscale, avec incarcération immédiate, contre Patrick Balkany, quatre ans dont deux avec sursis contre son épouse. Et l’inéligibilité maximale, dix ans, contre le maire et sa première adjointe.

L’acte II, qui occupera le tribunal jusqu’au 20 juin et dans lequel les Balkany encourent dix ans de prison, promet une plongée dans l’univers discret de l’offshore, avec ses montages virtuoses, de Suisse au Panama, et ses comptes bancaires nichés au Liechtenstein ou à Singapour.

L’audience a débuté avec l’examen de recours de la défense, demandes de renvoi du procès, requête en suspicion légitime, sursis à statuer  qui ont tous été rejetés par le tribunal, qui va maintenant s’attaquer à d’autres demandes procédurales.

Par ailleurs, après le rejet vendredi de la requête en récusation du président du tribunal correctionnel qui juge Patrick Balkany, le parquet général de la cour d’appel a refusé lundi de saisir la cour de cassation d’une requête en dépaysement. La défense du maire de Levallois a annoncé faire appel de ce refus.

« Blanchiment habituel »
Outre les Balkany, trois autres prévenus entrent en scène: l’homme de confiance des édiles de Levallois, Jean-Pierre Aubry, et l’ancien avocat Arnaud Claude. Les juges prêtent à ces fidèles un rôle central dans l’acquisition d’un somptueux riad à

Marrakech en janvier 2010
Manque à l’appel le richissime homme d’affaires saoudien Mohamed Al Jaber, représenté par son avocat à ce stade du procès et poursuivi pour corruption active.

Les Balkany, jugés notamment pour « blanchiment habituel de fraude fiscale aggravée », sont poursuivis pour avoir dissimulé au fisc plus de 13 millions d’euros d’avoirs entre 2007 et 2014, à l’aide d’un chapelet de sociétés écrans.

Enquête démarrée en 2013
En particulier deux somptueuses propriétés déjà au coeur du premier volet : le riad Dar Guycy de Marrakech, dont ils nient être propriétaires, et la villa Pamplemousse de Saint-Martin, qu’Isabelle Balkany a finalement reconnu avoir achetée grâce à un héritage.

Le promoteur Al Jaber est poursuivi pour corruption active, pour avoir réglé une partie du prix de la villa de Marrakech en échange de délais de paiement supplémentaires dans un juteux marché immobilier à Levallois. Ce qui vaut à Patrick Balkany d’être jugé également pour corruption passive.

Jean-Pierre Aubry et Arnaud Claude sont jugés pour avoir mis en place le montage opaque qui entoure le riad, cette enquête pour blanchiment et corruption avait démarré en 2013 après des révélations d’un ancien allié politique du couple, Didier Schuller. Elle avait conduit à l’ouverture d’une seconde enquête, pour fraude fiscale, après une plainte du fisc en 2015.

Dans ce premier dossier, il était reproché aux Balkany de n’avoir pas payé d’ISF entre 2010 et 2015, malgré des actifs estimés à 16 millions d’euros, et d’avoir déclaré des revenus amplement sous-évalués entre 2009 et 2014. Le jugement dans ce premier volet est attendu le 13 septembre.

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Patrick Balkany justifie la provenance de sa fortune

couple balkanyAu troisième jour de son procès, Patrick Balkany est monté au front pour justifier son train de vie et ses dépenses, estimant avoir toujours vécu avec son épouse grâce à des économies familiales. Le maire de Levallois-Perret dénonce à son tour un procès à charge.

Les deux premières journées de son procès l’auraient presque fait passer pour un prévenu lambda. Assis au premier rang, à l’écoute, n’intervenant qu’à la demande de la justice, Patrick Balkany avait presque fait oublier son personnage.

Presque ?   Car il n’aura fallu que quelques secondes pour que l’animal politique redoutable, la grande gueule médiatique, se réveille. « M. le président, je pensais que j’avais le droit de faire des observations liminaires », lance-t-il au président du tribunal en ce troisième jour de procès consacré à son audition.  « Je vais parler, vous n’allez pas être déçus », avait-il d’ailleurs promis avant de rentrer dans la salle d’audience.

« C’est vrai que nous avons mangé notre capital »
Que ce soit lors de l’exposé de son histoire familiale ou dans un ping-pong avec le président du tribunal, Patrick Balkany n’a eu de cesse de marteler qu’il n’était coupable de rien. Lui qui a brièvement évoqué sa « courte carrière d’acteur » a voulu marquer les esprits avec un discours haut en couleurs pour justifier la provenance de sa fortune.

Pendant près de trois heures, Patrick Balkany est revenu sur l’héritage de ses parents, les fameuses liasses de billets qui lui ont servi depuis les années 80 à payer son train de vie. « Il fallait bien les dépenser », dit-il d’un naturel déconcertant pour justifier les quelques 87.000 euros de voyages payés en espèce.

« On a vécu dans des familles qui avaient les moyens, je dirais même de gros moyens, reconnaît l’élu. On a toujours bien vécu, on a peut-être été mal habitués. C’est vrai que nous avons mangé notre capital, on aurait pu acheter des biens à louer mais on voulait bien vivre et c’est tout. Je suis désolé pour le fisc qui ne comprend pas qu’on puisse dépenser plus que l’on gagne quand on a de l’argent à la banque. »

Carte de déporté à l’appui qu’il a présenté au tribunal, Patrick Balkany a raconté l’histoire personnel de son père, de résistant déporté à Auschwitz à homme d’affaires chanceux qui a ouvert notamment « le plus grand magasin » de la rue du Faubourg Saint-Honoré à l’époque, qui vendait du prêt-à-porter « de luxe ». Ce père qui payait tout en cash, jamais en carte bleue.

Il parle aussi de la famille de sa femme Isabelle, qui a fait fortune dans « une affaire de caoutchouc pour l’automobile ». « Il y avait des espèces dans les coffres chez mon beau-père, chez mon père, parce que c’était une autre époque (…) Mon père avait une manie, c’était d’acheter des lingots d’or », confie Patrick Balkany, qui avait arrêté les études avant d’entrer dans l’affaire familiale.

De l’argent familial
L’argent qui permettait donc de payer les voyages, les courses, celui qui remplissait les coffres-fort décrits dans l’instruction, ce sont les 33 millions de francs obtenus par Patrick Balkany en revendant ses actions dans l’entreprise familiale, une fois qu’il prend le chemin de la politique à la fin des années 70. Ce sont les 6 millions de francs rapatriés de son compte suisse. Ce sont encore les 11,3 millions de francs de la vente de l’appartement du couple à Neuilly-sur-Seine ou les 470.000 francs de sa permanence.

Et c’est aussi ces 2 millions obtenus grâce à la vente aux enchères de tableaux. « Je vous sors ces chiffres pour vous montrer que cet argent c’était le nôtre », martèle Patrick Balkany, parlant avec un certain naturel. Mais c’est argent, ce n’est pas un enrichissement personnel grâce à sa position et ses revenus d’élu, veut-il dire en creux.

« On a le droit de dépenser ses économies (…) Ça me fait rire quand on parle de magot, il n’y a pas plus de magot que de beurre en branche », lance aussi l’élu avec sa gouaille traditionnelle.

Après le registre de l’émotion, Patrick Balkany a opté pour le registre de la modestie tandis que l’administration fiscale reproche au couple 1,3 million d’euros de droits éludés au titre de l’ISF. Le couple est soupçonné d’avoir sous-évalué ses propriétés.

Le moulin de Cossy à Giverny où le couple réside ?  « S’il y avait 11 chambres (comme il est écrit par le fisc, NDLR), on en aurait peut-être fait un hôtel », lance Patrick Balkany, parlant de 5 chambres tout au plus. Et d’ajouter : « La piscine, aujourd’hui, elle est bonne à refaire. Le tennis ressemble plus aujourd’hui à un champ, il est envahi par les herbes, il est déformé. » Questionné sur les travaux réalisés dans cette propriété, et évalués à 1,8 million d’euros, le maire parle du remplacement de « quelques loupiotes ». « Quand on me dit qu’il vaut 4 millions, qu’on me les donne », aboie-t-il.

Un couple « ruiné »
Pour la villa Pamplemousse, la stratégie est la même. Il s’agissait plus d’un « bungalow » dans un « lotissement » à Saint-Martin « en haut de la colline » quand les villas les plus chères sont « au bord de la mer », explique Patrick Balkany, sûr de lui. A l’entendre, le placement immobilier, pourtant estimé à 7 millions d’euros par l’administration fiscale, ne vaut rien. La météo, les rafales de vent, les cyclone, les travaux et les dépenses d’entretien sont un gouffre. « Les recettes étaient toujours inférieures aux dépenses, balaie encore d’un revers l’élu. On vous a montré les dépenses, pas les recettes, on vous a fait prendre des vessies pour des lanternes. » D’ailleurs, Patrick Balkany n’a que rarement mis son nez dans les comptes de cette propriété, gérés par des gestionnaires. « C’était par sécurité », explique-t-il.

De cette histoire, marquée par 43 ans de mariage, il ne resterait peu de traces. Quand le président lui demande s’il peut évaluer l’argent liquide dont il avait à disposition, Patrick Balkany affirme qu’il ne reste « plus rien » et qu’il serait « au bord de la route » sans l’aide de sa fille et son frère. Avec ses mots tranchants, et son sens de la formule, qui a autant fait rire la salle qu’il a agacé le président du tribunal, l’élu parle de ses rapports avec le fisc. « Je n’ai pas un amour fou pour cette administration, mais elle m’adore je crois. Je lui ai déjà versé 1,5 million d’euros. Si tous les mauvais payeurs avaient payé autant que moi, nous n’aurions plus de problème en France. » Patrick Balkany se croit alors victime des mauvais calculs du fisc.

C’est donc un Patrick Balkany soulagé et très sûr de lui qui a pris la parole, parlant encore de sa passion pour son rôle de maire, l’une de ses plus belles réussites. « Je n’ai jamais été corrompu, j’ai horreur de la corruption », affirme-t-il pour preuve. Le tribunal entendra jeudi la plaidoirie de la partie civile et les réquisitions du parquet national financier.

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Le fastueux train de vie du couple Balkany

couple balkanyLa deuxième journée du procès des époux Balkany a été ce mardi le théâtre d’une bataille judiciaire entre la défense du maire de Levallois-Perret et le président du tribunal. Un juge qui a pris son temps pour rappeler dans les détails ce que la justice reproche aux élus.

« Ça fait 36 ans que je suis maire, je n’ai jamais été corrompu par personne, et ce n’est pas demain la veille (…) J’ai commencé la politique avec Isabelle en étant riches, on a fini pauvres. » La citation est de Patrick Balkany, au terme de la deuxième journée de son procès pour fraude fiscale. Ce dernier entend bien se défendre bec et ongle malgré la longue liste de chiffres prouvant un train de vie fastueux. Au cours de l’audience, le président de la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris a pris le temps de lire l’ordonnance de renvoi pendant plus de deux heures. Une ordonnance de renvoi pourtant contestée par la défense.

Un procès « bancal » pour la défense
La bataille juridique entre la défense de Patrick Balkany et le président du tribunal a en effet repris de plus belle ce mardi. Me Eric Dupond-Moretti, conseil du maire de Levallois-Perret, a plaidé une requête en nullité de cette ordonnance de renvoi de son client devant la justice. « L’ordonnance de renvoi se nourrit des pièces d’un autre dossier », fait valoir le ténor parisien. Pour lui, les faits de fraude fiscale et de blanchiment de fraude fiscale (jugée à partir de la semaine prochaine) doivent être jugés en même temps. Car pour prouver la fraude, il faudrait que la justice reconnaisse, dans le volet blanchiment, que les Balkany sont propriétaires d’une villa à Marrakech, ce qu’ils ont toujours nié.

« Depuis le début c’est un procès qui est bancal, est-ce que ça tient à la personnalité de M. Balkany (…) je ne sais pas », s’est agacé Me Dupond-Moretti, estimant que les « éléments à décharge » pour son client ont été gommés dans ce dossier. « Il faut être loyal, équitable, contradictoire (…) il y a de quoi se mettre en colère », a-t-il encore invoqué auprès du juge.

Si le président a souhaité versé au fond cette requête en nullité, qui sera donc examinée à la fin du procès, il a pris le temps de lire dans le détail les faits que l’on reproche aux époux Balkany, en l’absence d’Isabelle Balkany mais face à un Patrick Balkany concentré et particulièrement calme. Il a commencé par cette plainte du 1er juin 2016 de l’administration fiscale de l’Eure, qui soupçonne le couple d’avoir minoré ses revenus entre 2009 et 2014, mais aussi de s’être soustrait à l’impôt sur la fortune et à la contribution exceptionnelle sur la fortune. Le fisc s’étonnait de « la discordance supposée entre les revenus déclarés et le train de vie » du couple.

« Ils jetaient l’argent par les fenêtres »
Il a fallu une enquête longue de plusieurs années pour prouver que le domicile des Balkany, notamment après 1995 et leur brève séparation, se trouvait bien au moulin de Cossy, à Giverny, cette propriété de près de 1.300 m² comprenant 11 chambres, une piscine ou encore 50 m² de pool house. Pour cela, les enquêteurs se sont basés sur les abonnements aux péages d’autoroute pris pour faire des trajets quasi-quotidiens entre l’Eure et Levallois-Perret. Ils ont également recueilli les témoignages des employés de maison dont les salaires dépassaient largement les revenus qu’Isabelle et Patrick Balkany déclaraient séparément. De l’argent versé en partie en espèce.

« Quand M. Balkany rentrait à Giverny, il sortait de son attaché-case une enveloppe marron assez épaisse qu’il mettait au coffre. Il y avait 8.000 euros sur sa table de chevet, c’était son argent de poche. Ils jetaient l’argent par les fenêtres », a raconté pendant l’instruction l’une des employées.

« Deux cendriers en verre avec des bijoux et des liasses »
Isabelle Balkany n’est pas épargnée, elle qui va faire les courses à l’Intermarché du coin et qui revient la voiture pleine, se faisant livrer le reste de ses achats. A l’extérieur aussi, le train de vie des Balkany questionne. « Je me suis demandée ce qu’elle faisait dans la vie pour avoir autant de billets de 500 euros », dira au policier une commerçante. Les frais de pressing sont eux-aussi payés en espèce. « Quand M. Balkany avait besoin d’argent, il descendait dans la salle de bain de sa femme. Il y a avait deux cendriers en verre avec des bijoux et des liasses. Dans la coiffeuse de madame, il y avait des espèces. Dans le coffre, il y avait plein de billets. » A cela s’ajoutent les frais de voyages pour Saint-Martin et Marrakech: plus de 18.000 euros en 2010 et 2011, et 24.500 euros en 2012.

A la fin de cette audience, Patrick Balkany a bondi. Non, il ne fera pas valoir son droit au silence « pas après tout ce que j’ai entendu », notamment au sujet du riad de Marrakech. Le maire de Levallois-Perret va devoir s’expliquer sur la provenance de cet argent.

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Carlos Ghosn, qui a perdu 10 kilos en prison, comparaîtra menotté

carlos ghosnUn mois et demi après l’arrestation de Carlos Ghosn, son fils Anthony, âgé de 24 ans, s’est confié au JDD sur les conditions de détention de son père qui, selon lui, « ne lâchera rien ».

Carlos Ghosn, en détention prolongée au Japon pour des soupçons de malversations financières, pourrait être libéré avec pour « seule condition » de signer des aveux rédigés en japonais, qu’il ne comprend pas, déclare le fils du PDG de Renault, Anthony Ghosn, dans un entretien au Journal du Dimanche.

Affirmant que son père est « prêt à se défendre de façon vigoureuse » devant un tribunal de Tokyo mardi prochain, Anthony Ghosn explique que « la seule condition de sa sortie est une confession ».

« Le paradoxe, c’est que la confession qu’on lui demande de signer est écrite exclusivement en japonais », or « il ne parle pas cette langue », précise son fils. Depuis son incarcération, il peut « dire au procureur qu’il conteste ce qu’on lui reproche, ou au contraire avouer et être libéré. Depuis sept semaines, sa décision a été assez claire », souligne-t-il.

« Il ne lâchera rien »
« Je n’ai pas de nouvelles directes de lui, j’en ai par ses avocats japonais. Il est en bonne forme. Il est prêt à se défendre de façon vigoureuse, et est très concentré sur l’objectif de répondre aux accusations lancées contre lui. Il est surtout très calme », affirme le jeune homme de 24 ans qui s’exprime pour la première fois dans la presse.

Cette audience « va être très importante », ajoute-t-il. « Pour la première fois, il pourra s’exprimer sur les faits qu’on lui reproche, donner sa vision. Je pense que tout le monde sera assez surpris en entendant sa version de l’histoire. Jusqu’à maintenant, on a seulement entendu l’accusation. Il aura dix minutes pour s’exprimer » et « il ne lâchera rien », poursuit Anthony Ghosn qui précise que pour comparaître, son père « portera sa tenue de prisonnier et sera menotté ».

Comparution prévue le 8 janvier
En garde à vue depuis plus d’un mois et demi dans une prison de la capitale japonaise, Carlos Ghosn doit, à sa demande, comparaître mardi à 10h30 locale, ce qui obligera le procureur à clarifier publiquement le motif de sa détention prolongée.

Selon son fils, « il résiste, même s’il a perdu une dizaine de kilos en mangeant trois bols de riz par jour. Les conditions ne sont pas très saines. Mais il prend tout ça comme un challenge » (un défi) et « il lit des livres qu’on lui fait passer presque chaque jour ».

Carlos Ghosn, père de quatre enfants, arrêté le 19 novembre et détenu depuis, est contraint au silence. Il a été inculpé le 10 décembre pour minoration illégale de ses revenus dans des rapports annuels de Nissan remis aux autorités boursières. Le 21 décembre, alors qu’il pouvait être théoriquement libéré sous caution, il a été remis en garde à vue pour de nouvelles charges. Il est soupçonné d’avoir fait couvrir par Nissan des pertes sur des investissements personnels pendant la crise de 2008.

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Gilets jaunes : Je te BFM, moi non plus

glilet jauneLors de l’«acte VII», le mouvement avait ciblé les médias traditionnels. Malgré une précarisation du métier, des journalistes sont accusés de subordination au pouvoir et ainsi de défendre les intérêts des classes supérieures.

Finalement, les gilets jaunes sont des Français comme les autres. Que détestent-ils le plus ?   Les partis politiques et les médias, les deux catégories qui apparaissent bonnes dernières du baromètre de la confiance dans les institutions du Cevipof. L’«acte VII» parisien des gilets jaunes, le 29 décembre, visait directement les médias. Rendez-vous avait été donné devant les locaux de BFM dans le XVe arrondissement (qui sont aussi ceux de Libération, tous deux étant propriété du groupe Altice). «Journalistes collabos», reprenait en chœur la foule. Quelques jours plus tôt, des gilets jaunes avaient bloqué en partie la diffusion du quotidien Ouest-France pour protester contre un éditorial du journal.

Comme toujours avec les gilets jaunes, l’erreur serait de se retrancher derrière la vulgarité du propos pour tenter d’esquiver le problème. Que reprochent exactement les gilets jaunes à la presse ?   On retrouve un bon résumé dans ce message posté sur un groupe Facebook du mouvement : «Si les journalistes faisaient leur travail objectivement en n’orientant pas l’information comme leur direction leur demande de le faire, on n’en serait pas là. On a tous compris que vous n’êtes pas indépendants mais aux bottes du pouvoir.»

Voix discordante
Les journalistes sont vus comme des relais d’Emmanuel Macron, qui «collaborent» avec le pouvoir pour le défendre et maintenir le système. Pour les gilets jaunes, il n’existe pas d’autonomie des journalistes, qui travailleraient directement pour leurs patrons et se feraient censurer s’ils ont une voix discordante (à titre personnel, l’actionnaire de Libé, Patrick Drahi, ne m’a jamais contacté, pas plus qu’aucun journaliste du journal). La concentration des médias en France, dans les mains de grandes fortunes, donne inévitablement des arguments aux gilets jaunes.

La haine des gilets jaunes s’est cristallisée autour de BFM TV. C’est bien là leur seul point commun avec Emmanuel Macron, persuadé de son côté que la chaîne d’info en continu a été «le principal organisateur des manifestations» en leur consacrant des longs directs tous les samedis. Pourquoi haïr une chaîne qui leur a effectivement donné autant de temps d’antenne ?  Le principal reproche qui est fait à BFM est de mentir sur les chiffres de la mobilisation. Tous les samedis, le chiffre donné par le ministère de l’Intérieur apparaît sur le fameux bandeau : 12 000 manifestants, pour l’acte VII par exemple. Ce chiffre est toujours reçu par les gilets jaunes comme une insulte, comme une négation de ce qu’ils sont en train de vivre.

Univers conforme
Trouver que le chiffre de la police est ridiculement bas est une constante des mouvements sociaux. Cela est normalement tempéré par le chiffre donné par les organisations syndicales qui permet de se réconforter dans une réalité alternative. Les médias donnent les deux et tout le monde est content. Faute d’organisation structurée, les gilets jaunes ne fournissent pas de chiffres aux médias, ce qui donne cette impression d’un chiffre de la police tombé du ciel uniquement pour les discréditer.

Avec les gilets jaunes, les médias font face à la concurrence d’un nouvel espace médiatique : Facebook. Céline Pigalle, directrice de la rédaction de BFM TV, le déplorait au micro de France Culture : «Les manifestants nous disent : « Vous ne dites pas la même chose que ce qui est sur les réseaux sociaux. » Les uns et les autres sont désormais enfermés dans une bulle médiatique sur ces réseaux, ils se sont construit un univers conforme à ce qu’ils ont envie de savoir et d’entendre.» Les médias sociaux créent par contraste les médias menteurs.

Facebook forme pour les gilets jaunes un espace médiatique cohérent, qui remplace en grande partie les médias traditionnels. Les jours de manif, les live Facebook de Rémy Buisine sur Brut ou les directs filmés par les gilets jaunes eux-mêmes remplacent les éditions spéciales de BFM TV, qui multiplie dans le même temps les records d’audiences. La semaine, la discussion sur les groupes Facebook et les live des deux leaders Eric Drouet et Maxime Nicolle se substituent aux débats d’éditorialistes sur les plateaux.

Espaces médiatiques
Le gouffre entre ces deux espaces médiatiques est si grand qu’il ne fait que renforcer l’impression que tout le système est contre eux. Depuis quelques semaines, Facebook est inondé de vidéos de violences policières, pas ou peu vues à la télé. Les photos des nombreuses «gueules cassées» au lanceur de balle de défense sont là encore bien plus visibles sur les réseaux qu’à la télé, alimentant l’idée d’une «censure».

Les journalistes objectent parfois aux gilets jaunes qu’ils ne gagnent pas forcément beaucoup plus qu’eux, tant le métier se précarise. Pour autant, on entend très peu d’appels de gilets jaunes à «retourner» les journalistes, comme on peut le voir avec les forces de l’ordre lorsque des manifestants scandent : «La police avec nous» Les journalistes ne sont pas du tout perçus comme faisant partie de la même classe sociale, au contraire des policiers que les gilets jaunes imaginent proches d’eux idéologiquement.

En fait, les médias sont haïs pour les mêmes raisons que les politiques. C’est une crise de la représentativité. Les journalistes sont vus comme lointains et défendant les intérêts d’une autre classe sociale. Les gilets jaunes rejettent toute forme de médiation et ne font plus confiance à aucun corps intermédiaire. Ils réclament que les médias disent la vérité (ou plutôt leur vérité) de la même manière qu’ils revendiquent le référendum d’initiative citoyenne (RIC). Pour avoir la parole directement, sans aucun filtre, sans un intermédiaire qui prétende faussement les représenter.

Dorothée, 42 ans, gilet jaune de Marmande, l’a bien résumé dans un article du Monde : «Ça faisait des années que je bouillais devant ma télé, à me dire : « Personne ne pense comme moi, ou quoi ?  » Quand j’ai entendu parler des gilets jaunes, j’ai dit à mon mari : « C’est pour moi.« »