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Carlos Ghosn, qui a perdu 10 kilos en prison, comparaîtra menotté

carlos ghosnUn mois et demi après l’arrestation de Carlos Ghosn, son fils Anthony, âgé de 24 ans, s’est confié au JDD sur les conditions de détention de son père qui, selon lui, « ne lâchera rien ».

Carlos Ghosn, en détention prolongée au Japon pour des soupçons de malversations financières, pourrait être libéré avec pour « seule condition » de signer des aveux rédigés en japonais, qu’il ne comprend pas, déclare le fils du PDG de Renault, Anthony Ghosn, dans un entretien au Journal du Dimanche.

Affirmant que son père est « prêt à se défendre de façon vigoureuse » devant un tribunal de Tokyo mardi prochain, Anthony Ghosn explique que « la seule condition de sa sortie est une confession ».

« Le paradoxe, c’est que la confession qu’on lui demande de signer est écrite exclusivement en japonais », or « il ne parle pas cette langue », précise son fils. Depuis son incarcération, il peut « dire au procureur qu’il conteste ce qu’on lui reproche, ou au contraire avouer et être libéré. Depuis sept semaines, sa décision a été assez claire », souligne-t-il.

« Il ne lâchera rien »
« Je n’ai pas de nouvelles directes de lui, j’en ai par ses avocats japonais. Il est en bonne forme. Il est prêt à se défendre de façon vigoureuse, et est très concentré sur l’objectif de répondre aux accusations lancées contre lui. Il est surtout très calme », affirme le jeune homme de 24 ans qui s’exprime pour la première fois dans la presse.

Cette audience « va être très importante », ajoute-t-il. « Pour la première fois, il pourra s’exprimer sur les faits qu’on lui reproche, donner sa vision. Je pense que tout le monde sera assez surpris en entendant sa version de l’histoire. Jusqu’à maintenant, on a seulement entendu l’accusation. Il aura dix minutes pour s’exprimer » et « il ne lâchera rien », poursuit Anthony Ghosn qui précise que pour comparaître, son père « portera sa tenue de prisonnier et sera menotté ».

Comparution prévue le 8 janvier
En garde à vue depuis plus d’un mois et demi dans une prison de la capitale japonaise, Carlos Ghosn doit, à sa demande, comparaître mardi à 10h30 locale, ce qui obligera le procureur à clarifier publiquement le motif de sa détention prolongée.

Selon son fils, « il résiste, même s’il a perdu une dizaine de kilos en mangeant trois bols de riz par jour. Les conditions ne sont pas très saines. Mais il prend tout ça comme un challenge » (un défi) et « il lit des livres qu’on lui fait passer presque chaque jour ».

Carlos Ghosn, père de quatre enfants, arrêté le 19 novembre et détenu depuis, est contraint au silence. Il a été inculpé le 10 décembre pour minoration illégale de ses revenus dans des rapports annuels de Nissan remis aux autorités boursières. Le 21 décembre, alors qu’il pouvait être théoriquement libéré sous caution, il a été remis en garde à vue pour de nouvelles charges. Il est soupçonné d’avoir fait couvrir par Nissan des pertes sur des investissements personnels pendant la crise de 2008.

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Gilets jaunes : Je te BFM, moi non plus

glilet jauneLors de l’«acte VII», le mouvement avait ciblé les médias traditionnels. Malgré une précarisation du métier, des journalistes sont accusés de subordination au pouvoir et ainsi de défendre les intérêts des classes supérieures.

Finalement, les gilets jaunes sont des Français comme les autres. Que détestent-ils le plus ?   Les partis politiques et les médias, les deux catégories qui apparaissent bonnes dernières du baromètre de la confiance dans les institutions du Cevipof. L’«acte VII» parisien des gilets jaunes, le 29 décembre, visait directement les médias. Rendez-vous avait été donné devant les locaux de BFM dans le XVe arrondissement (qui sont aussi ceux de Libération, tous deux étant propriété du groupe Altice). «Journalistes collabos», reprenait en chœur la foule. Quelques jours plus tôt, des gilets jaunes avaient bloqué en partie la diffusion du quotidien Ouest-France pour protester contre un éditorial du journal.

Comme toujours avec les gilets jaunes, l’erreur serait de se retrancher derrière la vulgarité du propos pour tenter d’esquiver le problème. Que reprochent exactement les gilets jaunes à la presse ?   On retrouve un bon résumé dans ce message posté sur un groupe Facebook du mouvement : «Si les journalistes faisaient leur travail objectivement en n’orientant pas l’information comme leur direction leur demande de le faire, on n’en serait pas là. On a tous compris que vous n’êtes pas indépendants mais aux bottes du pouvoir.»

Voix discordante
Les journalistes sont vus comme des relais d’Emmanuel Macron, qui «collaborent» avec le pouvoir pour le défendre et maintenir le système. Pour les gilets jaunes, il n’existe pas d’autonomie des journalistes, qui travailleraient directement pour leurs patrons et se feraient censurer s’ils ont une voix discordante (à titre personnel, l’actionnaire de Libé, Patrick Drahi, ne m’a jamais contacté, pas plus qu’aucun journaliste du journal). La concentration des médias en France, dans les mains de grandes fortunes, donne inévitablement des arguments aux gilets jaunes.

La haine des gilets jaunes s’est cristallisée autour de BFM TV. C’est bien là leur seul point commun avec Emmanuel Macron, persuadé de son côté que la chaîne d’info en continu a été «le principal organisateur des manifestations» en leur consacrant des longs directs tous les samedis. Pourquoi haïr une chaîne qui leur a effectivement donné autant de temps d’antenne ?  Le principal reproche qui est fait à BFM est de mentir sur les chiffres de la mobilisation. Tous les samedis, le chiffre donné par le ministère de l’Intérieur apparaît sur le fameux bandeau : 12 000 manifestants, pour l’acte VII par exemple. Ce chiffre est toujours reçu par les gilets jaunes comme une insulte, comme une négation de ce qu’ils sont en train de vivre.

Univers conforme
Trouver que le chiffre de la police est ridiculement bas est une constante des mouvements sociaux. Cela est normalement tempéré par le chiffre donné par les organisations syndicales qui permet de se réconforter dans une réalité alternative. Les médias donnent les deux et tout le monde est content. Faute d’organisation structurée, les gilets jaunes ne fournissent pas de chiffres aux médias, ce qui donne cette impression d’un chiffre de la police tombé du ciel uniquement pour les discréditer.

Avec les gilets jaunes, les médias font face à la concurrence d’un nouvel espace médiatique : Facebook. Céline Pigalle, directrice de la rédaction de BFM TV, le déplorait au micro de France Culture : «Les manifestants nous disent : « Vous ne dites pas la même chose que ce qui est sur les réseaux sociaux. » Les uns et les autres sont désormais enfermés dans une bulle médiatique sur ces réseaux, ils se sont construit un univers conforme à ce qu’ils ont envie de savoir et d’entendre.» Les médias sociaux créent par contraste les médias menteurs.

Facebook forme pour les gilets jaunes un espace médiatique cohérent, qui remplace en grande partie les médias traditionnels. Les jours de manif, les live Facebook de Rémy Buisine sur Brut ou les directs filmés par les gilets jaunes eux-mêmes remplacent les éditions spéciales de BFM TV, qui multiplie dans le même temps les records d’audiences. La semaine, la discussion sur les groupes Facebook et les live des deux leaders Eric Drouet et Maxime Nicolle se substituent aux débats d’éditorialistes sur les plateaux.

Espaces médiatiques
Le gouffre entre ces deux espaces médiatiques est si grand qu’il ne fait que renforcer l’impression que tout le système est contre eux. Depuis quelques semaines, Facebook est inondé de vidéos de violences policières, pas ou peu vues à la télé. Les photos des nombreuses «gueules cassées» au lanceur de balle de défense sont là encore bien plus visibles sur les réseaux qu’à la télé, alimentant l’idée d’une «censure».

Les journalistes objectent parfois aux gilets jaunes qu’ils ne gagnent pas forcément beaucoup plus qu’eux, tant le métier se précarise. Pour autant, on entend très peu d’appels de gilets jaunes à «retourner» les journalistes, comme on peut le voir avec les forces de l’ordre lorsque des manifestants scandent : «La police avec nous» Les journalistes ne sont pas du tout perçus comme faisant partie de la même classe sociale, au contraire des policiers que les gilets jaunes imaginent proches d’eux idéologiquement.

En fait, les médias sont haïs pour les mêmes raisons que les politiques. C’est une crise de la représentativité. Les journalistes sont vus comme lointains et défendant les intérêts d’une autre classe sociale. Les gilets jaunes rejettent toute forme de médiation et ne font plus confiance à aucun corps intermédiaire. Ils réclament que les médias disent la vérité (ou plutôt leur vérité) de la même manière qu’ils revendiquent le référendum d’initiative citoyenne (RIC). Pour avoir la parole directement, sans aucun filtre, sans un intermédiaire qui prétende faussement les représenter.

Dorothée, 42 ans, gilet jaune de Marmande, l’a bien résumé dans un article du Monde : «Ça faisait des années que je bouillais devant ma télé, à me dire : « Personne ne pense comme moi, ou quoi ?  » Quand j’ai entendu parler des gilets jaunes, j’ai dit à mon mari : « C’est pour moi.« »