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Emmanuel Macron et Angela Merkel sont-ils au bord de la rupture ?

Emmanuel Macron et Angela MerkelLa chancelière conservatrice allemande a admis mercredi avoir des « confrontations » avec le président français, que ce dernier n’a pas niées. Un nouveau signe que le couple franco-allemand bat de l’aile à seulement quelques jours d’élections européennes cruciales.

Le couple franco-allemand aurait-il des difficultés à travailler main dans la main ?  Angela Merkel et Emmanuel Macron ont reconnu mercredi avoir des « confrontations ». A dix jours d’élections européennes à haut risque, la chancelière allemande a souligné ses divergences et désaccords avec le chef d’État français. Dans une interview publiée par plusieurs quotidiens européens dont le Süddeutsche Zeitung et Le Monde, elle a reconnu qu’il y avait des « différences de mentalité » et de « compréhension des rôles » entre eux.

Emmanuel Macron et Angela Merkel, « adversaires politiques »
Emmanuel Macron n’a pas nié ces divergences. Lors d’une conférence de presse à Paris, il a rétorqué qu’il s’agissait d’une « confrontation féconde ». « Nous devons accepter des désaccords momentanés, de ne pas totalement être d’accord sur tout, pour construire un compromis avec l’Allemagne pour pouvoir avancer », a-t-il fait valoir. Entre les lignes, notre éditorialiste politique Laurent Neumann comprend que « pendant encore 10 jours (jusqu’aux européennes, ndlr), Angela Merkel et Emmanuel Macron sont juste des adversaires politiques ».

« Angela Merkel est en campagne électorale et elle n’est pas dans le même camp politique qu’Emmanuel Macron. Les députés LaREM qui iront à Strasbourg à l’issue des élections européennes ne siégeront pas dans le même groupe que les députés conservateurs de Merkel qui seront dans le PPE. LaREM veut créer un groupe charnière de libéraux. Au Parlement de Strasbourg il y a une opposition entre les conservateurs et les sociaux-démocrates. Donc d’un point de vue politique, Emmanuel Macron et Angela Merkel sont adversaires », développe-t-il.

D’après Christophe Barbier, éditorialiste politique à BFMTV, « Angela Merkel veut que les Allemands dominent le PPE et que le PPE domine le Parlement européen pour que l’Europe soit germano-centrée. C’est un peu déloyal. La solution pour ne pas aller dans le rapport de force c’est d’aller vers la fusion. Il faut déterminer un objectif commun et ensuite voir dans chacun des pays quelle solution on retient  parce qu’on n’a pas les mêmes cultures, les mêmes économies ni les mêmes traditions ».

La France « isolée dans l’Union européenne »
Cette « confrontation » souligne les difficultés d’Emmanuel Macron à faire bouger l’Europe, une faille sur laquelle a insisté Jordan Bardella, tête de liste RN, mercredi soir sur notre antenne. « Jamais la France n’a été aussi isolée dans l’Union européenne », a-t-il fait valoir lors d’un débat face à Nathalie Loiseau, tête de liste LaREM.

Ces derniers mois, les divergences se sont effectivement multipliées dans le couple franco-allemand, du gel de ventes d’armes à l’Arabie Saoudite décidé par l’Allemagne après l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, au devenir de l’Union européenne, en passant par le Brexit et les reports accordés au Royaume-Uni.
Partenaire « solide »

Le président français avait déjà concédé fin avril avoir des désaccords avec l’Allemagne sur un certain nombre de sujets, et avait revendiqué la nécessité d’affirmer aussi « des positions françaises ».

« Angela Merkel a compris qu’en face d’elle, elle avait un partenaire solide. Le couple franco-allemand a longtemps été porté par l’Allemagne, aujourd’hui la relation est plus équilibrée et ça, Angela Merkel n’en a pas l’habitude », établit ce jeudi sur BFMTV Saïd Ahamada, porte-parole de LaREM à l’Assemblée nationale.  La chancelière nie toutefois une détérioration des relations avec la France, reconnaissant uniquement des « temporalités différentes » entre les deux dirigeants.

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Parlement, Commission, Conseil européen …

union europenne europe drapeau europenSouvent perçues comme lointaines et absconses, les institutions européennes ont chacune un rôle spécifique et des ramifications diverses, qui se sont complexifiées avec le temps.

Tous les cinq ans, les projecteurs se tournent vers elles. Sans doute à tort, mais leur complexité en dissuade beaucoup d’y jeter un œil. Les institutions européennes, multiples, vont pour partie être renouvelées après mai 2019, à commencer par le Parlement.

BFMTV.com vous fait un rapide tour d’horizon des différents étages de cette fusée qui, depuis sa construction initiale dans les années 1950, s’est diversifiée et souvent,  c’est ce que lui reprochent de nombreux citoyens européens, complexifiée.

Commission européenne
C’est la branche exécutive de l’UE. Présidée depuis 2014 par l’ex-Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, la Commission européenne est « chargée d’élaborer des propositions législatives et met en œuvre les décisions du Parlement européen et du Conseil de l’Union européenne ». Gardienne des traités (TUE et TFUE), elle s’appuie sur ces derniers pour établir les budgets annuels de l’UE, qui doivent être approuvés par le Parlement et le Conseil de l’UE.

Son président est proposé par les chefs d’État et de gouvernement réunis au sein du Conseil européen, en tenant compte des résultats des élections du Parlement européen. Pour être élu, le candidat doit être approuvé par la majorité des députés européens. Les commissaires et vice-présidents de la nouvelle équipe sont, eux, sélectionnés par le président élu, sur la base des propositions des États membres.

En coordination avec la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), la célèbre instance bruxelloise veille à l’application correcte de la législation européenne dans tous les États membres. Elle peut décider d’en sanctionner certains pour non-respect de principes « fondamentaux » de l’UE. Ce qu’elle a fait pour la première fois contre la Pologne, fin 2017, via une procédure de l’article 7.

La Commission européenne vérifie par ailleurs l’application correcte des traités et des décisions à l’échelle européenne, ainsi que l’attribution des subventions publiques. Elle peut saisir la CJUE dans le cas où un État membre manque à ses devoirs. Elle veille aussi à l’application,  cette fonction fait d’ailleurs l’objet de beaucoup de critiques au niveau des populations,  des règles de concurrence et sanctionne les entreprises ne les respectant pas.

Parlement européen
Il s’agit d’un des organes les plus visibles de l’UE et c’est par son truchement que l’Europe revient au cœur des actualités politiques nationales en 2019. Ses 751 membres, qui remettent leur siège en jeu lors des élections européennes (du 23 au 26 mai prochain), adoptent la législation de l’Union conjointement avec le Conseil de l’UE.

Le Parlement européen se prononce aussi sur les accords internationaux et sur les potentiels élargissements de la zone. Il établit le budget de l’UE, conjointement avec le Conseil, et approuve le « cadre financier pluriannuel », budget de long terme.

Ses travaux s’articulent, de manière semblable au fonctionnement de l’Assemblée nationale française, autour de séances en commission (il y en a vingt, auxquelles s’ajoutent deux sous-commissions) à Bruxelles et de sessions plénières, où ont lieu les votes définitifs. Elles se déroulent normalement à Strasbourg quatre jours par mois, mais des sessions supplémentaires ont parfois lieu à Bruxelles.

Conseil européen
Il se tient plusieurs fois par an, souvent à Bruxelles, et est toujours agrémenté du même rituel: les chefs d’États membres de l’UE arrivent un à un, se succèdent devant les micros avant de retrouver Jean-Claude Juncker, lui serrer la main, prendre la pose pour les caméras, puis rentrer dans une enceinte. À la sortie, les participants prennent le temps de s’adresser aux médias pour faire leur bilan du sommet, entre « avancées », « délibérations » et « progrès ». C’est cela, un Conseil européen.

Réunissant l’ensemble des dirigeants des pays de l’UE afin de définir les priorités politiques de celle-ci, cette instance représente le plus haut niveau de coopération entre États membres. S’y côtoient Emmanuel Macron, Angela Merkel, Theresa May, Alexis Tsipras ou Viktor Orban, pour citer des exemples connus.

Le Conseil européen (à ne pas confondre avec le Conseil de l’UE, encore moins avec le Conseil de l’Europe) se réunit généralement de façon trimestrielle, sous la houlette d’un président permanent, en l’occurrence le Polonais Donald Tusk. Des réunions extraordinaires peuvent être convoquées, comme ce fut le cas tout au long de la crise grecque.

Du Conseil européen émanent les « grandes orientations » et priorités politiques de l’UE. Il n’adopte aucun acte législatif, mais s’occupe plutôt des questions complexes qui nécessite le plus élevé niveau de coopération intergouvernementale. Il définit la politique étrangère et de sécurité commune de l’UE et désigne les candidats à certaines hautes fonctions européennes, comme la présidence de la BCE ou de la Commission. Sur chaque question, le Conseil européen peut demander à ladite Commission d’élaborer une proposition ou se tourner vers le Conseil de l’UE.

Conseil de l’Union européenne
En apparence, c’est le grade inférieur au Conseil européen. Mais c’est ici que beaucoup de politiques européennes se déterminent. Le Conseil de l’UE réunit régulièrement, une fois par mois selon les cas, les ministres nationaux de chaque pays dans des domaines spécifiques. Il se décline en dix « formations »: Agriculture & pêche,  Compétitivité, Affaires économiques & financières, Environnement,  Affaires étrangères,  Affaires générales, etc …

Habilités à engager l’action de leur gouvernement sur les points convenus lors des réunions, les ministres examinent, modifient, adoptent des lois et coordonnent ensemble les politiques européennes. Ils délibèrent, au même titre que le Parlement européen, en proposant des amendements à des textes soumis par la Commission. En cas de désaccord, une deuxième et une troisième lectures sont possibles.

En outre et plus fondamentalement, le Conseil de l’UE coordonne les politiques des États membres; développe la politique étrangère et de sécurité émanant du Conseil européen, conclut des accords entre l’UE et les pays extérieurs ou les organisations internationales et adopte le budget annuel de l’UE de concert avec le Parlement européen. À l’issue des débats, qui sont publics, les décisions sont généralement prises à la majorité qualifiée (soit 55% des pays, soit des pays qui, ensemble, représentent au moins 65% de la population totale de l’UE).

Cour de justice de l’Union européenne
La CJUE interprète la législation européenne afin d’en garantir l’application uniforme dans tous les pays de l’UE. Elle statue sur les différends juridiques opposant les gouvernements des États membres et les institutions européennes.

Elle peut également, dans certaines circonstances, être saisie par des particuliers, des entreprises ou des organisations souhaitant intenter une action contre une institution de l’UE lorsqu’ils estiment qu’elle a porté atteinte à leurs droits. Notamment ceux ayant trait à la concurrence libre et non faussée.

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L’UE et le Royaume-Uni s’accordent sur un nouveau délai de six mois

brexitLa Première ministre britannique et les 27 dirigeants européens se sont mis d’accord sur un report du Brexit au 31 octobre au plus tard.

Objectif : éviter les dégâts d’un divorce brutal, sans accord. Les dirigeants européens ont proposé un report de la date du Brexit au 31 octobre, avec un point d’étape « en juin » après plusieurs heures de difficiles tractations. La Première ministre britannique a accepté cette proposition, même si elle avait plaidé plus tôt pour un report jusqu’au 30 juin seulement. La dirigeante conservatrice a annoncé qu’elle allait s’adresser aux députés britanniques jeudi et la poursuite des discussions avec l’opposition travailliste pour tenter de trouver un compromis à même de rassembler une majorité parlementaire.

La date du 31 octobre se situe juste avant la prise de fonction en novembre de la nouvelle Commission européenne. Le point d’étape en juin interviendrait, lui, au cours d’un sommet européen régulier déjà programmé les 20 et 21 juin, a indiqué une source européenne.

Un Brexit au 31 octobre impliquerait que les Britanniques aient participé aux élections européennes fin mai. Mais l’offre d’une longue extension n’empêchera pas le Royaume-Uni de quitter l’UE avant cette date, et donc d’éviter d’avoir à organiser ce scrutin.

« Si nous arrivons à trouver un accord maintenant (…) nous pouvons encore sortir le 22 mai », a déclaré Theresa May, qui veut croire à un miracle au sein du parlement britannique, qui jusqu’ici a rejeté à trois reprises l’accord de divorce qu’elle a conclu avec Bruxelles sans se mettre d’accord sur une proposition alternative.

Malgré leur lassitude face aux tergiversations de Londres, les responsables européens s’étaient tous montrés disposés à donner plus de temps aux Britanniques. Mais Paris menait le camp des pays exigeant des conditions « strictes ». « Pour moi, rien n’est acquis », avait averti Emmanuel Macron à son arrivée, jugeant « indispensable que rien ne compromette le projet européen ». « Rien n’est acquis, et en particulier quand j’entends les rumeurs, aucune extension longue », avait-il insisté, faisant allusion au scénario considéré comme le plus probable.

Mettre la pression sur les Britanniques pour qu’ils approuvent enfin l’accord
« Je veux que nous puissions partir d’une façon ordonnée et sans heurts le plus tôt possible », avait de son côté déclaré Theresa May, toujours sans majorité parlementaire pour soutenir son traité de retrait et engagée depuis peu dans des discussions avec l’opposition travailliste pour sortir de l’impasse.

Les dirigeants des pays européens ont cherché le meilleur moyen de mettre la pression sur les Britanniques pour qu’ils approuvent enfin l’accord de retrait, tout en évitant que cela ne finisse par conduire à un « no deal » redouté de part et d’autre. Une rencontre entre la chancelière allemande et Emmanuel Macron a eu lieu juste avant le début du sommet pour « accorder » les positions des deux poids lourds du Conseil européen.

« Plus la période (de la prolongation) sera longue, plus les garanties devront être sérieuses » afin de « ne pas mettre en danger le fonctionnement de l’UE », avait souligné la présidence française, notamment appuyée par la Belgique et le Luxembourg. Ces pays s’inquiètent de la capacité de nuisance que pourrait avoir un Royaume-Uni qui garderait un pied dans l’UE et l’autre dehors pendant une durée indéterminée.

« Tout n’est pas préférable à un ‘no deal’, a fait valoir la présidence française, jugeant qu’il « n’est pas question d’importer dans l’UE la crise politique britannique » à force de vouloir éviter à tout prix un divorce sans accord. D’autant que les prochains mois seront délicats, avec l’installation d’une nouvelle Commission européenne début novembre et des discussions difficiles sur le futur budget à long terme de l’UE.

« Il peut y avoir des engagements sur la façon dont le Royaume-Uni se comporte », a observé un diplomate européen, suggérant notamment que Londres puisse renoncer à son droit de veto ou à la possibilité d’avoir un membre au sein de la prochaine Commission.

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Theresa May diffère un vote sur l’accord pour le renégocier

thérésa mayLa Première ministre britannique veut se donner plus de temps pour tenter de renégocier le texte avec Bruxelles.

Reculer pour mieux sauter ?   La Première ministre britannique Theresa May a différé dimanche « d’ici au 12 mars » un vote des députés sur l’accord de Brexit, voulant se donner plus de temps pour tenter de rediscuter le texte avec Bruxelles malgré l’échéance qui se rapproche dangereusement.

S’attirant une volée de bois vert au Royaume-Uni, la dirigeante conservatrice a promis la tenue d’ici au 12 mars, plutôt qu’au cours de la semaine à venir, d’un vote à la Chambre des communes sur le traité de retrait, s’exprimant à son arrivée à Charm el-Cheikh (Égypte), où elle participe jusqu’à lundi à un sommet UE-Ligue arabe.

Elle avait précédemment indiqué se laisser jusqu’à mardi pour trouver une issue sur le Brexit. Depuis le rejet massif de l’accord de divorce par les députés britanniques en janvier, Theresa May tente de renégocier avec Bruxelles une nouvelle version du texte susceptible de rallier une majorité parlementaire. Sans succès jusqu’à présent.

« Pouvoir sortir avec un accord le 29 mars »
Elle souhaite obtenir des « changements contraignants » au « filet de sécurité » (ou « backstop » en anglais), une disposition décriée au Royaume-Uni censée garder ouverte la frontière en Irlande après le Brexit. En Égypte, elle s’est entretenue dimanche avec le président du Conseil européen Donald Tusk, qui a rappelé « la nécessité pour l’UE à 27 d’avoir des clarifications sur le fait qu’une proposition (…) puisse réunir une majorité au Royaume-Uni, avant que la question ne soit traitée par le Conseil européen ».

Theresa May rencontrera lundi la chancelière allemande Angela Merkel et les négociateurs britanniques retourneront à Bruxelles mardi. Elle fera ce jour-là une déclaration devant la Chambre des communes, à la veille d’un débat au Parlement sur la conduite à tenir.

« Nous avons eu de bons progrès, des discussions constructives avec l’UE et nous poursuivrons ce travail de manière à pouvoir sortir avec un accord le 29 mars », a-t-elle expliqué. « Quitter l’Union européenne avec un accord le 29 est toujours à notre portée et c’est ce à quoi je vais travailler », a-t-elle assuré.

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A Munich, le fossé se creuse entre États-Unis et Europe

Angela Merkel mike penceLa conférence internationale qui s’est achevée dimanche a mis en lumière les désaccords transatlantiques sur plusieurs dossiers cruciaux, sur fond de dislocation de l’ordre international.

Si certains avaient encore des illusions sur l’état de la relation transatlantique à l’ère Trump, la 55e conférence de Munich sur la sécurité, réunie du vendredi 15 au dimanche 17 février, devrait leur avoir ouvert les yeux pour de bon : tant les interventions publiques des dirigeants que les rencontres à huis clos entre délégations ont révélé au grand jour la dégradation spectaculaire des rapports entre l’Europe et les États-Unis sur plusieurs dossiers cruciaux, dans une atmosphère de plus en plus acrimonieuse et sur fond de dislocation de l’ordre international.

La fracture est allée en s’aggravant depuis que, en mai 2018, le président Trump a annoncé le retrait de Washington de l’accord multilatéral sur le nucléaire iranien (JCPOA), malgré les efforts déployés par le président français Emmanuel Macron, la chancelière allemande Angela Merkel et la première ministre britannique Theresa May pour l’en dissuader. Sans surprise, c’est à nouveau sur l’Iran que s’est cristallisée l’opposition entre les Européens et l’administration Trump ces derniers jours.

Discours moralisateur
A Varsovie, où les États-Unis avaient convoqué une réunion internationale, les 13 et 14 février, pour tenter de monter un front contre Téhéran, le vice-président américain Mike Pence a appelé les Européens à se retirer eux aussi du JCPOA, alors même que plusieurs pays de l’Union européenne (UE), dont la France et l’Allemagne, avaient ostensiblement refusé d’envoyer leur ministre des affaires étrangères à cette réunion.

M. Pence a ensuite fait le voyage à Munich, où devant un parterre de hauts-responsables européens, il a réitéré cette exigence, accompagnée de la demande à l’adresse des trois grands pays membres de l’UE (Allemagne, France, Royaume-Uni), de « cesser d’affaiblir les sanctions américaines contre l’Iran » allusion au mécanisme Instex récemment mis en place pour tenter de contourner l’extra-territorialité de ces sanctions en matière de commerce.

Le discours moralisateur débité par M. Pence à Munich, samedi 16 février, mêlant admonestations et reproches, sans même s’encombrer des habituelles fioritures transatlantiques sur la solidité des engagements des États-Unis à l’égard de leurs alliés ou au sein de l’OTAN, a reçu un accueil glacial.

Le vice-président a longuement évoqué la crise vénézuélienne, se félicitant cette fois-ci que « quelque 30 pays alliés en Europe » aient « suivi » les États-Unis pour reconnaître l’opposant Juan Guaido comme « seul président légitime » et priant l’UE d’en faire autant. Il a également mis en garde les Européens contre la société chinoise Huawei et les achats de gaz russe. « Sous Donald Trump, a-t-il conclu, les États-Unis sont de nouveau le leader du monde libre. »

Une partie du « monde libre », cependant, s’accommode visiblement assez mal des méthodes de ce leadership. Le ton n’est pas tout à fait nouveau pour les Européens, déjà secoués, en décembre 2018, par un discours très dur du secrétaire d’État Mike Pompeo à Bruxelles.

Mais au-delà du ton, les contentieux s’accumulent. Sur la Syrie, par exemple, les partenaires européens engagés militairement aux côtés des États-Unis sont furieux de la manière dont est organisé  ou plutôt n’est pas organisé,  le retrait de leurs troupes brusquement annoncé par M. Trump en décembre. Les alliés, selon un haut-responsable français, se trouvent « mis devant le fait accompli » par des dirigeants américains qui leur disent « on part, vous restez » et cherchent à leur faire porter la responsabilité d’une décision prise à la hâte. « J’ai abordé sans fard les questions que cela soulevait », a tweeté, vendredi, la ministre française de la défense, Florence Parly, à l’issue d’une réunion visiblement sans résultat de la coalition contre l’organisation État islamique (EI) avec les Américains.

Une critique en règle
Face à cet assaut, et en l’absence d’Emmanuel Macron qui, en raison de la situation tendue en France, avait renoncé à venir à Munich, c’est Angela Merkel qui s’est chargée de la riposte, dans un discours d’une fermeté sans précédent à l’égard des États-Unis. Que ce rôle soit revenu à la chancelière allemande, autrement dit à la dirigeante du pays qui, pendant plus d’un demi-siècle, fut le plus fidèle allié de Washington sur le continent européen, en dit long sur l’état délétère de la relation transatlantique.

Samedi matin, c’est à une critique en règle des positions de M. Trump que s’est livrée Mme Merkel. Sur le commerce, par exemple, où elle n’a pas hésité à se dire « choquée » par les récentes accusations de l’administration américaine qualifiant les importations d’automobiles européennes de menaces pour la sécurité nationale. « Si ces voitures deviennent soudainement une menace pour la sécurité des États-Unis, alors je trouve cela effrayant », s’est-elle indignée.

Sur les dossiers sécuritaires, Mme Merkel ne s’est pas davantage privée de faire la leçon au président américain, même si elle s’est gardée de prononcer une seule fois son nom. Si elle n’a pas manqué d’évoquer ses désaccords sur l’Iran et la Syrie, c’est surtout sur le retrait des États-Unis du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (dit « traité FNI »), signé en 1987 par Washington et Moscou, qu’elle s’est attardée. A ses yeux, cette décision est « une très mauvaise nouvelle » car ce traité concerne au premier chef la « sécurité » des Européens, a-t-elle rappelé, avant d’inviter la Chine à se joindre aux Américains et aux Russes pour participer à des négociations sur le réarmement.

La proposition de Mme Merkel a cependant aussitôt été rejetée par le responsable des affaires internationales du parti communiste chinois, Yang Jiechi, également présent à Munich : « La Chine, a-t-il dit, développe ses capacités strictement en fonction de ce dont elle a besoin pour se défendre et ne pose aucune menace à qui que ce soit. Nous sommes donc opposés à la multi-latéralisation du traité FNI. »

« Se défait comme un puzzle »
De son côté, Sergueï Lavrov, ministre des affaires étrangères russe, a voulu mettre à profit les « tensions » qu’il a constatées entre Américains et Européens pour appeler ces derniers à se rapprocher de la Russie et de la « communauté eurasiatique ». Malgré ses assurances sur la disponibilité de Moscou à discuter du renouvellement du traité New Start sur la limitation des armes nucléaires stratégiques, qui arrive à échéance en 2021, les experts se font peu d’illusions sur les chances de voir celui-ci aboutir.

Alors qu’elle s’apprête à quitter prochainement le pouvoir, au plus tard en 2021, Mme Merkel croit-elle encore possible, « dans ce monde qui se défait comme un puzzle », de « trouver des solutions partagées » ?  Si elle nourrit des doutes, elle ne les a, en tout cas, pas montrés, citant pour conclure une phrase prononcée, vendredi, par le sénateur républicain de Caroline du Sud Lindsey Graham : « Le multilatéralisme, c’est compliqué, mais c’est toujours plus simple que d’agir seul », avait-il déclaré. « J’ai été heureuse de l’entendre », s’est-elle félicitée avant de quitter la tribune sous une standing-ovation digne de celles qu’on réserve aux artistes que l’on croyait éternels et dont on s’aperçoit qu’ils font peut-être leur dernière tournée.

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A Munich, Angela Merkel fait l’éloge de sa méthode

angela merkelA l’occasion de cette conférence internationale sur la sécurité, la chancelière allemande a ciblé avec une fermeté inhabituelle la politique actuelle des États-Unis.

Beaucoup d’observateurs l’ont remarqué. Ces dernières semaines, la parole d’Angela Merkel s’est comme libérée. Un ton plus tranché, un verbe plus acéré. Comme si, sentant la fin de son long règne approcher, la chancelière allemande se souciait de plus en plus de son legs, du message qu’elle laissera avant de céder la place à d’autres, au plus tard en 2021 si sa coalition n’éclate pas d’ici là.

C’est donc un de ces discours testamentaires qu’a prononcé Mme Merkel, samedi 16 février, lors de la 55e conférence de Munich sur la sécurité. Sur la scène de la salle de réception du Bayerischer Hof, ce palace de la capitale bavaroise où chefs d’État et de gouvernement, ministres et experts en relations internationales se réunissent pendant trois jours, chaque hiver, pour discuter de la marche du monde, son intention était manifestement de frapper les esprits. Ce qu’elle a fait en ciblant avec une fermeté inhabituelle la politique actuelle des États-Unis.

Donald Trump dont le nom n’est pas prononcé
C’est sur le terrain du commerce que la chancelière a été la plus sévère, n’hésitant pas à se dire « choquée » par les récentes accusations de l’administration américaine qualifiant les automobiles européennes de menaces pour la sécurité nationale. « Si ces voitures deviennent soudainement une menace pour la sécurité des États-Unis, alors je trouve cela effrayant », a-t-elle déclaré, ajoutant que de telles accusations sont d’autant plus infondées que les constructeurs allemands sont eux-mêmes pourvoyeurs d’emplois outre-Atlantique. A commencer par BMW, dont « la plus grande usine au monde se trouve en Caroline du Sud » et non en Bavière, a-t-elle rappelé, suscitant de vifs applaudissements dans la salle.

Sur les questions sécuritaires, Mme Merkel a également dit à quel point elle était en désaccord avec Donald Trump  dont elle n’a toutefois jamais prononcé le nom, en particulier au sujet de sa décision de retirer les États-Unis du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (dit « traité FNI »), signé en 1987 par les dirigeants américain et soviétique de l’époque, Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev. Cette décision est « une très mauvaise nouvelle », a-t-elle déclaré, estimant celle-ci d’autant plus regrettable qu’elle avait été prise sans concertation avec les Européens, qui seraient pourtant les premiers menacés en cas de « course aveugle aux armements ».

Autre sujet : Nord Stream 2. Depuis des semaines, les États-Unis font monter la pression, en menaçant de sanctions les entreprises associées à la construction de ce gazoduc qui doit permettre d’acheminer 55 milliards de mètres cubes de gaz russe vers l’Allemagne, chaque année, en passant par la mer Baltique, et qui doit voir le jour avant fin 2019.

En soutenant ce projet, l’Allemagne n’accroît-elle pas dangereusement sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie, comme le martèle Washington ? « Une molécule de gaz russe reste une molécule de gaz russe, qu’elle transite par l’Ukraine ou par la mer Baltique », a répondu la chancelière. « Si nous avons importé du gaz russe en si grande quantité pendant la guerre froide, je ne vois pas ce qui, dans la situation actuelle, devrait nous faire dire que la Russie ne doit plus être notre partenaire », a-t-elle ajouté, en faisant référence à sa jeunesse passée en ex-Allemagne de l’Est.

Rappeler les valeurs communes
De la part d’une chancelière allemande réputée « atlantiste », qui plus est dans une telle enceinte, de telles paroles ne sont pas anodines. Depuis sa création, en 1963, la conférence de Munich est un des lieux privilégiés du dialogue transatlantique, l’occasion, pour les dirigeants allemands, de rappeler leur attachement aux États-Unis et à l’OTAN.

Deux ans après l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, la donne a changé. Et Mme Merkel qui, du temps de Barack Obama, était l’interlocutrice privilégiée de Washington en Europe, joue désormais un autre rôle : celle de vigie dont la priorité est désormais de rappeler, à un président américain qui a tendance à les oublier, les valeurs sur lesquelles s’est fondé le partenariat transatlantique après la seconde guerre mondiale.

Car Mme Merkel en est convaincue : plus que jamais, les relations internationales ont besoin de « structures », a-t-elle rappelé. En 2017, lors de sa précédente venue à la conférence de Munich sur la sécurité, elle s’était attardée sur l’importance de l’ONU. Cette fois, c’est sur le rôle de l’OTAN  dont l’utilité a été souvent mise en question par le président américain qu’elle s’est attardée.

« Nous avons besoin de l’OTAN en tant qu’ancre de stabilité dans une époque agitée. Nous en avons besoin en tant que communauté de valeurs », a-t-elle insisté, tout en précisant que l’augmentation des dépenses militaires de l’Allemagne était bien un « point essentiel » à ses yeux, alors que M. Trump ne cesse de rappeler aux membres de l’OTAN qu’ils doivent porter à 2 % la part de leur budget consacrée à la défense (elle est actuellement de 1,25 % en Allemagne).

Face à des États-Unis avec lesquels l’Allemagne est de moins en moins en phase, quelles sont les alternatives ?  A cette question, Mme Merkel n’a pas directement répondu, se contentant de pointer les risques de la politique menée par la Maison Blanche.

Sur la Syrie, par exemple : « Est-ce une bonne idée pour les Américains de se retirer soudainement et rapidement de Syrie ?  Cela ne renforcera-t-il pas encore la capacité de l’Iran et de la Russie d’exercer leur influence ? », a-t-elle ainsi interrogé. Même chose à propos de la décision de M. Trump de retirer les États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien conclu à Genève en juillet 2015. « Est-ce en déchirant l’accord existant que nous atteindrons notre objectif commun de contenir les effets potentiellement dangereux de la politique iranienne ? », a demandé la chancelière.

Mike Pence intraitable sur l’Iran
Mme Merkel le savait en prononçant son discours : sur beaucoup de sujets, sa parole risque de rester lettre morte et de se heurter à l’inflexibilité de ceux qu’elle veut rallier à ses vues. La suite de la conférence de Munich en a été la confirmation. Ainsi de l’Iran. « Le moment est venu que les partenaires européens se retirent de l’accord », a déclaré le vice-président américain Mike Pence, quelques minutes après elle, à la même tribune.

Même déconvenue sur le désarmement. « Nous sommes contre une multi-latéralisation du traité FNI », a fait savoir, un peu plus tard, le ministre chinois des affaires étrangères Jiang Jiechi. « Le désarmement est quelque chose qui nous concerne tous, et on se réjouirait si de telles négociations avaient lieu pas seulement avec les États-Unis, l’Europe et la Russie, mais aussi la Chine », avait pourtant tenté la chancelière, une heure plus tôt.

Privilégier le dialogue au soliloque, décider ensemble plutôt que faire cavalier seul.  Au fond, Mme Merkel conçoit les relations internationales comme la politique intérieure, comme une scène où on bâtit des coalitions et où on recherche des compromis. C’est le message qu’elle est venue délivrer à Munich, expliquant que, dans un monde qui « se défait comme un puzzle », la seule question qui compte est de savoir si l’on trouve des solutions « de façon partagée ou si on agit seul ».

Alors qu’elle s’apprête à quitter prochainement le pouvoir, Mme Merkel croit-elle encore que l’héritage peut être sauvé ?  Si elle nourrit des doutes, elle ne les a, en tout cas, pas montrés, citant pour conclure une phrase prononcée la veille par le sénateur républicain de Caroline du Sud Lindsey Graham : « Le multilatéralisme, c’est compliqué, mais c’est toujours plus simple que d’agir seul », avait déclaré l’Américain. « J’ai été heureuse de l’entendre », s’est félicitée la chancelière, avant de quitter la tribune sous une standing-ovation digne de celles qu’on réserve aux artistes que l’on croyait éternels et dont on s’aperçoit qu’ils font peut-être leur dernière tournée.

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Les États-Unis pourraient taxer les importations de voitures pour une raison « effrayante » selon Angela Merkel

angela merkel et donald trumpLe ministère du Commerce américain estime que les importations de voitures sont une menace pour la sécurité nationale.

La chancelière allemande juge cet argument « effrayant ». L’industrie germanique serait la première touchée par des taxes sur les importations américaines de voitures.

La chancelière allemande a jugé samedi « effrayant » que les États-Unis considèrent les automobiles européennes importées comme une menace pour la sécurité nationale, une mesure qui aggraverait encore les tensions americano-européennes.

« Si ces voitures […] deviennent soudainement une menace pour la sécurité des États-Unis, alors on trouve cela effrayant. Et je ne peux que souligner qu’il serait bon qu’on en arrive à de vrais pourparlers », a affirmé Angela Merkel. L’industrie automobile allemande serait la première concernée par des mesures douanières américaines.

S’exprimant à la conférence sur la sécurité de Munich, où le vice-président américain Mike Pence doit prendre la parole aussi, Angela Merkel a souligné que les voitures fabriquées en Bavière n’étaient pas plus une menace que les mêmes véhicules produits en Caroline du Sud où se « trouve la plus grande usine BMW au monde ».

Le ministère américain du Commerce a conclu que les voitures et les équipements automobiles importés menaçaient la sécurité nationale des États-Unis en affaiblissant leur industrie automobile, ont indiqué des sources concordantes à l’AFP. Le rapport du ministère devrait être remis au président Donald Trump d’ici la date butoir de dimanche soir. Cela pourrait ouvrir la voie à de nouvelles taxes douanières et intensifier les tensions avec l’Europe pour laquelle l’automobile est un point sensible.

Les groupes automobiles allemands, dont les géants Volkswagen, Daimler (Mercedes Benz), et BMW ont exporté 470.000 voitures de l’Allemagne vers les États-Unis en 2018, selon les chiffres de la fédération des constructeurs VDA, ce qui représente près d’un tiers de la valeur totale des exportations allemandes vers le pays.

Menace de nouvelles taxes sur les importations
En toile de fond, Washington agite la menace d’imposer des tarifs douaniers supplémentaires pouvant atteindre 25% sur les importations de voitures et d’équipements automobiles, un épouvantail pour cette industrie en Europe et notamment en Allemagne.

Pour imposer des droits de douane supplémentaires en mars 2018 sur l’acier et l’aluminium importés, Donald Trump s’était servi d’une procédure rarement invoquée de la législation commerciale américaine : l’article 232, qui s’appuie sur des arguments liés à la défense nationale pour limiter l’importation de produits et de biens aux États-Unis.

Après avoir exempté l’Union européenne et le Canada, la Maison Blanche avait finalement imposé en juin des taxes sur l’acier de ses alliés, suscitant leur indignation et leur incompréhension face à un argumentaire jugé irrecevable et « absurde ».

Le porte-parole de la Commission européenne Daniel Rosario a rappelé jeudi que Donald Trump et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker s’étaient mis d’accord fin juillet 2018 pour ne pas imposer de taxes douanières supplémentaires tant que les deux parties étaient en discussions.

« L’UE riposterait si les États-Unis décidaient d’adopter une quelconque mesure », a dit Daniel Rosario. Bruxelles a d’ores et déjà préparé une liste de produits qui pourraient être taxés en représailles, à hauteur de 20 milliards d’euros.