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Le lanceur d’alerte Edward Snowden publie ses mémoires

memoire vivesA paraître en France le 19 septembre, le livre « Mémoires vives » retrace le cheminement qui a conduit l’ex-informaticien de la NSA à dénoncer la surveillance de masse mise en place par les Etats-Unis après le 11 septembre.

C’est de son exil forcé en Russie qu’Edward Snowden a décidé de prendre la parole une nouvelle fois. A seulement 36 ans, le lanceur d’alerte va publier la semaine prochaine ses Mémoires vives auprès de 20 éditeurs étrangers. Il y revient évidemment sur le programme de surveillance Prism qu’il a révélé au péril de sa vie et de sa liberté en 2013, alors qu’il était encore informaticien pour la NSA.

L’ouvrage paraîtra d’abord chez Metropolitan Books aux États-Unis le 17 septembre, puis quelques jours après ailleurs dans le monde. En France, ce sont les Éditions du Seuil qui sortiront le livre le 19 septembre.

Les bonnes feuilles du « Monde »
Le Monde publie aujourd’hui quelques bonnes feuilles de ce témoignage. Ce qui est intéressant, c’est de prendre la mesure de l’évolution du jeune informaticien. Patriote convaincu au point de s’engager en Irak avec enthousiasme quelques années plus tôt, relativement « naïf » au départ sur les agissements de son pays, il va progressivement déchanter au gré de ses affectations. Alors même qu’il est devenu un défenseur acharné des libertés numériques, il commence à mûrir son projet de révéler ses effarantes découvertes. Il accède, certes, de manière privilégiée à des documents secret défense de par son poste. Mais il est surtout suffisamment brillant pour parvenir à dresser un panorama global de l’immense machine de surveillance américaine à partir d’informations morcelées. Un véritable puzzle reconstitué patiemment qui a nécessité plusieurs années d’investigation. Il a aussi fallu chaque jour copier dans la peur les preuves de ce qu’il découvrait et les faire sortir au fur et à mesure sur de simples cartes SD en passant tous les contrôles.

« A chaque fois que je partais, j’étais pétrifié. Je devais me forcer à ne pas penser à la carte SD car si j’y pensais, j’avais peur d’agir différemment, de manière suspecte. Il m’est aussi arrivé de dissimuler une carte dans l’une de mes chaussettes et, lors de mon pic de paranoïa, dans ma joue, afin de pouvoir l’avaler si nécessaire », peut- on lire dans les extraits publiés par Le Monde.

Rapidement évoquées dans les extraits publiés en avant-première, les relations du jeune homme avec les autorités russes après sa fuite devraient également être éclaircies. La question demeure en effet d’une éventuelle collaboration mais la rumeur a très bien pu être orchestrée depuis les États-Unis pour le discréditer.

Le droit d’asile russe d’ Edward Snowden doit prendre fin en 2020. Aucun autre pays n’a encore répondu à ses sollicitations.

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La justice autorise la parution du livre de Tariq Ramadan ce mercredi

Tariq RamadanL’une des accusatrices de l’islamologue, connue sous le nom de Christelle, lui reproche de révéler son identité dans cet ouvrage.

Elle réclamait l’anonymisation des passages où Tariq Ramadan la cite.

devoir de veritéD’après nos informations, le livre de Tariq Ramadan sortira ce mercredi comme prévu, malgré la plainte d’une des femmes qui l’accusent de viol.

La justice estime, ce mardi soir, que Tariq Ramadan a commis une faute et le condamne à payer 1 euro de dommages et intérêts et 2000 euros pour les frais de justice, après avoir révélé le nom d’une de ses accusatrices dans son livre.

Elle ne donne cependant pas suite à la requête de la plaignante d’anonymiser les passages qui la concernent. Le tribunal de Paris autorise donc son livre Devoir de vérité à sortir « en l’état », ce mercredi.

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Une accusatrice attaque en justice Tariq Ramadan pour empêcher la sortie de son livre

tariq-ramadan.jpgL’une des femmes qui accuse Tariq Ramadan de l’avoir violée lance une procédure judiciaire pour empêcher la sortie du livre de Tariq Ramadan prévue mercredi. Une audience va avoir lieu mardi matin.

Tariq Ramadan pourra-t-il faire son Devoir de vérité, du nom de son livre dont la sortie est prévue mercredi ?  Selon nos informations, l’une des femmes qui accuse l’islamologue de l’avoir violée attaque en justice Tariq Ramadan, la maison d’édition, les Presses du Châtelet, et le site internet Tariqramadan.com pour empêcher la publication du livre tel quel. L’assignation en référé déposée porte sur le fait que Tariq Ramadan révèle l’identité de cette femme qui est connue du grand public sous le nom de Christelle. Sa défense y voit une tentative d' »intimidation ».

devoir de verité« Nous ne demandons pas l’empêchement de la sortie du livre de Tariq ramadan, nous demandons simplement l’anonymisation des passages qui donnent l’identité (de ma client, NDLR), a détaille Me Basile Ader, l’un des avocats de la plaignante. (…) C’est une obligation légale en cette matière, ça permet aux femmes de porter plainte sans craindre que leur identité soit révélée publiquement, ce que Tariq Ramadan veut faire. »

Tariq Ramadan est visé par six plaintes, quatre en France, une en Suisse et une autre aux États-Unis. La première a été déposée en octobre 2017. Après ce témoignage, Christelle avait elle aussi porté plainte pour viol contre l’islamologue en novembre 2017. Selon le récit de cette femme handicapée de 45 ans, les faits se sont produits dans une chambre d’hôtel à Lyon en 2009. Tariq Ramadan a été mis en examen pour ces deux premières plainte pour « viol » et « viol sur personne vulnérable ». L’instruction se poursuit pour les autres.

Audience mardi
Mis en examen en février 2018 et incarcéré, Tariq Ramadan a été remis en liberté et placé sous contrôle judiciaire en novembre dernier avec notamment l’interdiction de quitter le territoire. Silencieux depuis, il a pris la parole une première fois vendredi lors d’une interview sur BFMTV et RMC. Dans son livre Devoir de vérité, il revient sur les accusations qui pèsent sur lui et cite à 84 reprises la véritable identité de Christelle. Face à la justice, il a reconnu des relations sexuelles avec cette femme, relations parfaitement consenties selon lui.

« Que Tariq Ramadan veuille raconter son histoire à sa façon, c’est sa défense, s’il veut le faire publiquement avant de le faire devant le juge, c’est une autre question (…), mais qu’il tente d’intimider en révélant publiquement l’identité des plaignantes alors que c’est interdit par la loi, ça c’est absolument scandaleux », poursuit Me Basile Ader.

Une audience en référé est prévu mardi à 9 heures au tribunal de grande instance de Paris. Les avocats de la plaignante vont plaider l’article 39 du droit de la presse qui prévoit que « le fait de diffuser (…) des renseignements concernant l’identité d’une victime d’une agression ou d’une atteinte sexuelles ou l’image de cette victime lorsqu’elle est identifiable ». Une infraction qui peut être punie de 15.000 euros d’amende. Ils demandent que cette véritable identité soit retirée et remplacée par le nom de Christelle.

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L’intelligence artificielle va-t-elle dépasser l’intelligence humaine ?

L'intelligence artificielleL’intelligence artificielle (IA) accomplit des progrès fulgurants

Elle change en profondeur le monde de la justice, avec l’émergence d’une «justice prédictive». Les robots chirurgicaux font des prodiges, qui pourraient conduire à des ruptures majeures dans les techniques médicales. L’IA serait-elle sur le point de surpasser l’intelligence humaine ou biologique (IB) ?

La-guerre-des-intelligencesC’est la thèse que défendait, dès 2017, le Dr Laurent Alexandre dans son ouvrage La guerre des intelligences, à qui son succès vient de valoir une nouvelle édition en livre de poche. Sa lecture nous offre l’opportunité de réfléchir, à travers la question de l’intelligence, à la spécificité et à l’avenir de l’humanité. Celle-ci est-elle à un tournant décisif qui pourrait la voir disparaître ?

Un face-à-face mortifère ?
Pour Laurent Alexandre, la «révolution NBIC» (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives) se traduit par l’émergence d’une IA qui, ouvrant «des perspectives extraordinaires», se trouve d’ores et déjà en position de surpasser l’IB, voire de la réduire en esclavage. La machine pourrait triompher de l’être humain.

Mais pourquoi imaginer et craindre un conflit, qui plus est meurtrier ?   IA et IB sont-elles concurrentes, et ont-elles des intérêts contraires ?  L’IA ne pourrait avoir la velléité d’entrer en guerre contre l’IB que si deux conditions sont remplies : qu’elle se révèle plus performante que l’IB et qu’elle ait conscience de sa supériorité. Autrement dit : qu’elle soit dotée d’un pouvoir de décision, qui serait la marque d’une réelle autonomie, et d’une véritable conscience.

La première condition paraît remplie. «Le tsunami de l’IA» va déjà «trop vite et trop haut», estime Laurent Alexandre. «Le neurone perd chaque jour plus de points devant le transistor.» Dans la course à la productivité et à l’efficacité, «la rapidité et l’infaillibilité d’exécution des machines intelligentes» sont de nature à rendre «absolument non compétitif le travail humain». Le combat est ici inégal. L’IA «galope», tandis que l’IB piétine, dans l’attente d’une hypothétique mutation génétique. Une diligence ne peut lutter contre le TGV.

Une «singularité» bien hypothétique
Mais qu’en est-il de la seconde condition ?  Alexandre écrit que «l’IA pourrait devenir supérieure à l’humanité», pour qui elle prend «des allures de crépuscule». Ce qui fait la supériorité actuelle (bien qu’en grand péril ?) de l’humanité est l’existence d’une volonté consciente. Même s’ils ne sont pas toujours bons, l’être humain est capable de faire des choix, de se doter de buts, et de se poser la question de la valeur de ceux-ci.

L’IA peut-elle être dotée (pire : se doter ?) d’une telle capacité ?  Peut-elle devenir capable de réflexion, éthique et politique ?  C’est toute la question de la «singularité», «ce moment où l’intelligence des machines dépassera celle des hommes». Un tel moment est-il inéluctable ?  Est-il autre chose qu’une simple vue de l’esprit ?  Peut-on vraiment faire l’hypothèse d’une «IA forte», qui «aurait la capacité de cacher ses propres buts», et donc, déjà, d’en avoir ?

Si l’intelligence biologique est limitée et faillible, du moins s’accompagne-t-elle de cette conscience de soi et de cette capacité de réflexion critique, que l’on ne pourrait attribuer à l’IA que par un tour de magie, semblable à celui qui fait du pantin Pinocchio un véritable être humain.

La croyance en un possible «basculement dans un monde où les robots seraient aussi intelligents que l’homme» témoigne d’une conception réductrice de l’intelligence, limitée à la «puissance de calcul» et manifeste une crédulité enfantine devant une fable digne de Carlo Collodi. Comment croire sérieusement que l’IB puisse être le Geppetto donnant naissance à une IA dotée de «volonté libre» et de «conscience artificielle» ?

Le vrai défi
Il n’empêche que le développement «galopant» de l’IA pose question. Sans aller jusqu’à penser que, trop faibles devant les machines, nous allons devenir leurs esclaves, voire être exterminé·es par elles, nous devons reconnaître que la perspective d’une automatisation croissante de tâches humaines de plus en plus complexes, et d’une prise en charge, envahissante, d’activités cognitives de haut niveau par des algorithmes, nous conduit au-devant d’une triple crise : sociale, éthique et existentielle.

Si même les médecins sont menacé·es de disparition, que reste-t-il pour le travail humain ?  Si l’intégrité de notre cerveau est en danger, comment protéger notre liberté de penser ? Si l’IA nous défie dans ce que nous sommes en tant qu’êtres humains, comment préserver notre humanité ?

Mais tel est alors sans doute, précisément, le véritable enjeu. L’IA nous met au défi de faire nos preuves en humanité.  Où est l’essentiel, qu’il nous faudrait préserver de toutes nos forces ?  À travers la question de l’intelligence, c’est bien celle de la spécificité humaine qui est posée. «Que voulons-nous en tant qu’êtres humains ? Avons-nous une spécificité à faire valoir ? »

Finalement, où est l’ennemi ?
Laurent Alexandre suggère de «sanctuariser quelques lignes rouges qui fondent notre humanité». Il voit pour celle-ci trois piliers : le corps physique, l’esprit individuel et le hasard. Ce qui lui permet de conclure, de façon optimiste : «Non, l’intelligence biologique ne mourra pas avec l’IA.»

Pour cela, nous ajouterions volontiers une condition: qu’elle sache quel est son véritable ennemi, et où il se cache. Car la crainte des méfaits d’une «IA forte» est le fruit d’une externalisation de nos terreurs. Nous craignons un ennemi extérieur, alors que, comme Paul Valéry nous en avait prévenus, le véritable ennemi est en nous.

«Le vrai rongeur, le ver irréfutable N’est point pour vous qui dormez sous la table, Il vit de vie, il ne me quitte pas». Le plus grand ennemi de l’intelligence humaine, et donc, finalement, de l’humanité, est tapi en l’être humain. Il porte un nom : la bêtise. Ou, pour le dire encore plus clairement, sauf le respect que l’on doit au lectorat : la connerie …

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Dans un nouveau livre, Valérie Trierweiler écrit que François Hollande rêve de « revanche »

Merci pour ce momentCinq ans après la sortie de son best-seller Merci pour ce moment, la journaliste de Paris Match publie On se donne des nouvelles, qui rassemble quelques-uns de ses reportages, mais aussi des souvenirs personnels.

François Hollande « veut prendre sa revanche sur Emmanuel Macron et sur son quinquennat impopulaire », affirme son ex-compagne Valérie Trierweiler dans un livre à paraître le 25 septembre.

On se donne des nouvellesCinq ans après la sortie de son best-seller Merci pour ce moment (750.000 exemplaires tous formats confondus), la journaliste de Paris Match publie On se donne des nouvelles (Les Arênes) qui rassemble quelques-uns de ses reportages parus dans l’hebdomadaire, mais aussi des souvenirs personnels.

« Il n’aime pas être mal-aimé »
Dans un chapitre intitulé « Merci pour ces lendemains », Valérie Trierweiler revient sur ses relations avec l’ex-chef de l’État. « Hollande. Je dis Hollande quand je parle de lui. Sans mépris ni déni », écrit-elle.

« Il veut de nouveau se placer dans la course à la présidentielle, c’est certain. C’est sa nature, son obsession, sa raison de vivre », estime la journaliste. « Il sème ses petits cailloux, en lance d’autres sur celui qui lui a succédé et qu’il honnit », poursuit-elle.

« Il veut prendre sa revanche sur Emmanuel Macron et sur son quinquennat impopulaire. Il n’aime pas être mal-aimé », insiste la chroniqueuse. « Il regrette de ne pas s’être présenté en 2017. Quand cessera-t-il de toujours tout regretter, les grandes comme les petites décisions ? »

Derniers contacts
De façon plus personnelle, la journaliste avoue avoir revu son ex-compagnon « à plusieurs reprises, discrètement et sans casque » après leur séparation. « Nous avions encore des choses à nous dire, des fils à démêler après la brutalité de mon départ », explique-t-elle.

Elle indique notamment que François Hollande lui a rendu visite à son domicile après la publication de son best-seller et lui a dit « comprendre l’écriture de ce livre ». « Et puis le temps a fait son œuvre, le lien s’est distendu jusqu’à se briser irrémédiablement », dit-elle.

Tacle à Gérard Davet et Fabrice Lhomme
La journaliste se montre par ailleurs très sévère à l’égard de ses confrères du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme, auteurs de Un président ne devrait pas dire ça. Un ouvrage que beaucoup perçoivent comme le coup de grâce de la fin du quinquennat, qui a empêché le chef de l’État de se représenter en 2017.

« Lorsque nous vivions ensemble (avec François Hollande), j’avais assisté à un dîner organisé par ces deux journalistes. Je trouvais leur jeu grossier ». Elle dénonce le « double jeu » de ceux qui « ne rechignaient à aucune courbette ».

« Après la publication de ce livre, François Hollande, dans un accès de lucidité, a immédiatement compris qu’il ne s’en relèverait pas. Il était terrassé », écrit-elle.

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Une BD poétique sur l’apprentissage de la différence

Les Fleurs de grand frèreLa bande dessinée «Les Fleurs de grand frère» de Gaëlle Geniller conte avec poésie les états d’âme d’un enfant qui grandit et qui n’est pas comme les autres.

L’acceptation de soi, la différence, le délicat passage de l’enfance à l’adolescence, autant de thèmes sensibles que Gaëlle Genillier aborde avec justesse, délicatesse et bienveillance dans sa première bande dessinée « Les Fleurs de grand frère ».

Quand l’aîné de la fratrie, un jeune adolescent, se réveille un matin avec des fleurs sur la tête, il s’angoisse. « Ce n’est pas normal », se révolte-t-il en voulant les couper. Comment va-t-il pouvoir retourner au collège sans subir moqueries et blessures ?  « Les fleurs ne tuent pas, elles rendent belles les choses qu’elles touchent », « Vois ça comme un cadeau », lui répondent tendrement son père et sa mère. Car de toutes les façons, l’enfant n’a pas d’autre choix que de vivre avec.

bd Les Fleurs de grand frère

Délicate entrée dans l’adolescence, handicap ou encore différence physique, les fleurs ne sont qu’un prétexte pour exprimer les états d’âme d’un enfant qui grandit ou qui n’est pas comme les autres. Cette étape de la vie si intime, mais aussi tellement banale, nous la suivons sous le regard bienveillant du petit frère qui cherche à comprendre ce qui se passe.

Quelle poésie dans les textes et les dessins de l’autrice. Au fil des pages, on devine l’enfance de Gaëlle Genillier, qui a grandi au milieu de forêts et de nature. On perçoit tout de suite qu’elle a travaillé dans des studios d’animation. Portée par un style graphique épuré, efficace et très doux, des magnifiques dessins aux couleurs pastel, des textes simples mais forts, cette bande dessinée est une très belle découverte.

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Le dessinateur français Jérôme Alquié offre une seconde vie au Capitaine Albator

Capitaine Albator, Mémoires de l’Arcadia, Jérôme Alquié, Kana, 56 pagesL’auteur français Jérôme Alquié offre au célèbre corsaire de l’espace imaginé par Leiji Matsumoto une seconde vie en lui consacrant Mémoires de l’Arcadia, une série de BD franco-belges loin des codes du manga.

Jérôme Alquié a beau tuer, dans Mémoires de l’Arcadia, un personnage ressemblant à Leiji Matsumoto, le créateur d’Albator, le dessinateur français n’en demeure pas moins fidèle à l’univers créé dans les années 1970 par le maître japonais.

Réalisée en couleur et avec les codes de la BD franco-belge, cette histoire divisée en trois tomes est le premier album des aventures du Capitaine Albator a avoir été entièrement conçu par un Français, depuis la sortie, il y a presque quarante ans, d’une série de huit BD signées par Claude Moliterni et le Studio Five Stars.

« On a défendu le format franco-belge, parce que c’est un projet fait par un Français pour un public francophone. Ça ne veut pas dire qu’on oublie Matsumoto. On se fonde totalement sur son univers. On est le plus respectueux possible. J’essaie juste de glisser aussi quelques références à l’histoire d’Albator en France. Je voudrais que les gens qui ont connu l’arrivée du dessin animé en France puissent s’y retrouver, que ce soit une vraie madeleine de Proust », explique le dessinateur qui a fait appel à Richard Darbois, le doubleur d’Albator, pour la bande-annonce de la série.

Né en 1975, Jérôme Alquié a découvert « sur le tard » l’œuvre phare de Leiji Matsumoto. Trop jeune en 1980 lors de la première diffusion française d’Albator 78, il a plutôt été bercé par Ulysse 31, Capitaine Flam et Goldorak. C’est en 1994, « après le Club Dorothée et la déferlante des blockbusters Dragon Ball et Saint Seiya », qu’il a découvert dans l’émission Télévisator 2 de Cyril Drevet le film Albator 84 : L’Atlantis de ma jeunesse, découpé alors en cinq parties : « J’ai trouvé ça fabuleux en terme de narration, de dessin, d’ambiance – et quant à la musique, n’en parlons pas. Elle me tirait les larmes … J’aime bien les histoires mélancoliques, même si je ne le suis pas moi-même. En découvrant ce film, j’ai eu terriblement envie de découvrir ce qu’était Albator. »

Une œuvre intemporelle
Sous le choc, il se lance donc à la recherche de tout ce qu’il peut trouver « comme petite pièce du puzzle du Leijiverse [nom donné à l’ensemble des œuvres de Matsumoto, qui se déroulent dans le même univers fictif, NDLR] pour essayer de le remonter et d’en comprendre la totalité. » Rapidement, il découvre l’ampleur de la tâche : « C’est une œuvre tellement vaste, tellement riche… » Depuis, Jérôme Alquié a exploré en détail cet univers. Il a dévoré le manga original en japonais en 1995. Particulièrement marqué par l’ambiance d’Albator 78, il loue la distribution des rôles  très inhabituelle pour l’époque de la série : « La série n’oppose pas des gentils contre des méchants.

C’est plus complexe, les Terriens sont décrits comme des gens paresseux qui ont bousillé leur planète. Albator est là pour réveiller les consciences, mais il reste un pirate, un hors-la-loi. Il est presque censé être notre ennemi … Et puis il y a ce peuple extraterrestre [les Sylvidres, NDLR] qui est l’image de la nature qui vient se venger des Terriens pour reconquérir la planète. C’est pour cette raison que la série reste aussi importante et intemporelle. »

Subjugué par la découverte de l’œuvre de Matsumoto, Jérôme Alquié a réalisé au milieu des années 1990 une petite BD située dans l’univers d’Albator: « Je me disais que ce serait génial de pouvoir travailler sur le personnage », se souvient-il. Des années de travail plus tard, passées à apprendre à maîtriser le style épuré du maître Matsumoto, il a pu réaliser son rêve.

Pour convaincre le dessinateur, il lui a assuré que son but n’était « pas de tirer la couverture [à lui], mais de faire en sorte que son personnage continue de traverser les âges, peut-être en ayant un public différent du sien. » Il ajoute : « La première des choses a été de montrer qu’on n’allait pas faire n’importe quoi avec la licence sous prétexte qu’elle a du succès : On ne peut pas d’un coup faire d’Albator un cocaïnomane » Quand Matsumoto a vu les premières planches, ses doutes ont été dissipés et il a conseillé au Français de s’amuser. Le mangaka a aussi été surpris de se découvrir sous les traits d’un personnage qui meurt gelé : « Quand j’ai créé ce personnage-là, il a été très amusé », raconte Jérôme Alquié. « Il m’a seulement demandé de laisser planer le doute sur sa mort – parce qu’il aime de moins en moins faire mourir ses personnages. Je l’ai rassuré et évidemment, au début du tome 2, son personnage n’est pas mort : il va être dégelé par la voyageuse du Galaxy Express 999 [Meitel]. C’est l’auteur sauvé par sa création. Il en a été aussi touché. »

albatore

Matsumoto ne corrige pas le storyboard de Jérôme Alquié, mais s’autorise quelques remarques: « J’ai tendance à faire mes mentons un peu pointus de profil », indique-t-il. « Il m’a demandé qu’ils soient un peu plus arrondis. » Par l’intermédiaire de Kouiti Shimaboshi, qui réalise la série Capitaine Albator : Dimension Voyage, Jérôme Alquié a aussi appris que Leiji Matsumoto ‘appréciait dans les histoires des décors abondants et s’y est donné à cœur joie.

Contrairement à Kouiti Shimaboshi, qui livre une interprétation libre du personnage, Jérôme Alquié a voulu être le plus fidèle possible aux travaux de Shingo Araki et Kazuo Komatsubara, les animateurs des séries d’origine. Malgré ces modèles, Albator reste difficile à dessiner : « Je rate très souvent le personnage », concède Jérôme Alquié. « J’ai un niveau d’exigence assez élevé. Il faut réussir à reproduire son côté hyper charismatique. » Et sa capacité à être à la fois l’incarnation du courage et de la mélancolie.

Ce premier tome d’Albator, contrairement aux histoires de Matsumoto, se déroule principalement sur Terre et non dans l’espace. Autre différence : il est davantage tourné vers l’action et laisse de côté la mélancolie propre aux histoires du maître japonais. Jérôme Alquié en a conscience et se rattrapera dans le tome 2. Intitulé Les Ténèbres abyssales de l’âme, il plongera les personnages « à l’intérieur de leur propre esprit » et les confrontera à leur plus grande peur et à leur plus grand désespoir : « Là, on va retrouver la mélancolie et la tristesse de l’œuvre de Matsumoto », promet Jérôme Alquié. « Je me suis beaucoup amusé à faire le tome 2. » Sortie prévue en novembre 2019, en attendant le tome 3 en 2020.