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Le parlement britannique publie un rapport au vitriol sur Facebook, «un gangster numérique»

facebookLes députés estiment que Facebook outrepasse allègrement la loi. Ils recommandent l’instauration d’un code de déontologie contraignant qui serait supervisé par une régulateur indépendant.

Les réseaux sociaux, en particulier Facebook, doivent être davantage régulés afin de les empêcher d’agir comme des « gangsters numériques » et de publier des infox, ont conclu des parlementaires britanniques dans un rapport très critique publié lundi. « Les entreprises comme Facebook ne devraient pas être autorisées à se comporter comme des gangsters numériques dans le monde en ligne, en se considérant au-dessus des lois », souligne la Commission sur le numérique, la culture, les médias et le sport de la Chambre des communes (DCMS) dans ce document.

Durant plus d’un an, cette commission a enquêté sur le phénomène des « fake news » et son impact sur les récents scrutins au Royaume-Uni, dont le référendum sur le Brexit en juin 2016, s’attardant principalement sur les pratiques de Facebook. Le géant américain est empêtré dans plusieurs affaires, comme les accusations d’ingérence russe sur sa plateforme dans l’élection présidentielle américaine de 2016 mais aussi le scandale de l’exploitation par la firme Cambridge Analytica de données d’utilisateurs à leur insu à des fins politiques, de même qu’une faille de sécurité ayant conduit au piratage de millions de comptes.

Poursuites judiciaires et lourdes amendes
Pour lutter contre les « contenus préjudiciables » ou « illégaux » et protéger les données personnelles des utilisateurs, le rapport d’une centaine de pages recommande l’instauration d’un « code de déontologie contraignant », dont le respect serait assuré par un régulateur indépendant, habilité à déclencher des poursuites judiciaires et à infliger de lourdes amendes.

Le président de la commission, Damian Collins, a dit à l’AFP espérer que « d’ici la fin de l’année, il y ait une solide proposition de législation » établissant le fonctionnement de ce régulateur. « Ces entreprises ne sont pas juste des plateformes », « ne sont pas neutres » et ont une « responsabilité limitée pour le contenu posté » a souligné M. Collins.

Se disant « ouvert à une réglementation significative », Facebook a assuré ne pas avoir attendu la publication du rapport pour agir. « Nous avons déjà opéré des changements substantiels pour que toute annonce politique sur Facebook soit autorisée, mentionne son financement et soit ensuite classée dans des archives consultables durant sept ans », a détaillé Karim Palant, responsable de la politique publique de Facebook au Royaume-Uni, dans un communiqué transmis à l’AFP.

Facebook ne fait pas assez d’efforts
Il a affirmé que l’entreprise avait « triplé la taille de l’équipe œuvrant à détecter et protéger les utilisateurs de mauvais contenus (en la portant) à 30.000 personnes et investi massivement dans l’apprentissage automatique, l’intelligence artificielle et la technologie de vision par ordinateur pour aider à empêcher ce type d’abus ».

Mais les membres de la Commission britannique estiment que « Facebook ne fait pas assez pour lutter contre la désinformation et d’autres formes de contenu nuisibles, ni pour protéger la confidentialité des données et agit de manière agressive contre d’autres entreprises qui pourraient représenter une menace commerciale pour Facebook », a dit M. Collins à l’AFP.

Le rapport appelle également le gouvernement britannique à mener une « enquête indépendante » sur l’« influence étrangère », russe notamment, et la désinformation lors du référendum sur le Brexit, mais aussi les élections législatives anticipées de 2017 et le référendum sur l’indépendance de l’Écosse en 2014.

Mark Zuckerberg s’est montré méprisant
Le ministre de la Culture, Jeremy Wright, s’entretiendra cette semaine aux États-Unis avec des représentants des géants Google, Facebook, Twitter et Apple, a indiqué un porte-parole du gouvernement. L’exécutif devrait aussi publier un « livre blanc » dans le courant de cette année, énonçant des propositions pour sécuriser davantage les réseaux sociaux. Le patron du géant américain, Mark Zuckerberg, est également mis sur la sellette par les députés pour s’être dérobé à leurs convocations et avoir envoyé à sa place un de ses adjoints. « En choisissant de ne pas comparaître devant le Comité et en choisissant de ne répondre personnellement à aucune de nos invitations, Mark Zuckerberg a manifesté son mépris », souligne le rapport. Damian Collins l’a accusé d’avoir « manqué de leadership ».

Avant le Royaume-Uni, Facebook était déjà dans le viseur de la France et de l’Allemagne. Début février, le gendarme allemand de la concurrence a restreint l’exploitation par le groupe des données de ses utilisateurs en lui interdisant de piocher d’autorité dans les informations collectées par des sites tiers ou des filiales, comme Instagram et WhatsApp. En novembre, le Parlement français avait adopté deux propositions de loi pour lutter contre « la manipulation de l’information » en période électorale.

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Tout le mal que Donald Trump et Theresa May font à la démocratie

Donald Trump et Theresa MayLa célèbre déclaration de Winston Churchill selon laquelle «la démocratie est la pire forme de gouvernement, à l’exception de toutes celles qui ont déjà été essayées» est souvent citée comme une évidence dans de nombreux milieux.

Pourtant, cette idée se voit aujourd’hui contestée un peu partout dans le monde. Désormais, le modèle économique autoritaire chinois est devenu une source d’inspiration majeure (ou comme l’a décrit le président Xi Jinping, une «nouvelle option») pour les autocrates en herbe qui ne croient plus aujourd’hui que le respect des droits et des libertés fondamentales soit une condition sine qua non à la prospérité, et encore moins à la longévité de leur pouvoir.

L’incroyable tempête qui a fait rage ces derniers temps à Washington (en raison du plus long shutdown gouvernemental de toute l’histoire américaine) et à Londres (à cause de l’impasse du Brexit) met à nu les fissures et les fragilités de deux des démocraties les plus stables et les plus encensées au monde. L’enjeu est de taille pour les États-Unis et encore plus pour l’avenir du Royaume-Uni et de l’Union européenne tout entière.

Naturellement, les experts et les électorats se polarisent sur le moment et la manière dont ces situations peu stables, presque incontrôlables, vont finalement se calmer. Mais le fait que ces deux événements chaotiques se produisent simultanément peut pousser à remettre en question l’affirmation (vue dans certains milieux comme de moins en moins vraisemblable) selon laquelle la démocratie est le système politique le plus fiable et le plus efficace de tous.

Si les populations américaine et britannique ont fini par s’habituer, ou presque, au chaos qui secoue leur capitale, le reste du monde assiste au désastre, abasourdi par les dysfonctionnements. Les autocrates séduisent depuis longtemps les électeurs et électrices en affirmant qu’ils vont «ramener l’ordre» après avoir mis fin au chaos, ce qui explique la légende persistante selon laquelle les trains étaient toujours à l’heure sous le règne de Benito Mussolini.

Du pain béni pour les critiques
Les crises simultanées de Washington et de Londres offrent des arguments rhétoriques aux gouvernements qui martèlent le discours sur la dégénérescence occidentale et le déclin de la démocratie. Les dirigeants chinois n’ont pas caché leur jubilation, persuadés que le monde verra d’un œil défavorable ce régime en comparaison avec leur style très structuré de gouvernance. Xinhua, l’agence de presse gérée par l’État chinois, l’a clairement énoncé dans un éditorial au sujet du shutdown, moins long, de l’année dernière : «Le système démocratique occidental est acclamé par tous les pays développés comme étant un régime politique presque parfait et le système qui convient le mieux pour diriger un pays. Toutefois, ce qui se produit actuellement aux États-Unis risque de faire réfléchir un certain nombre de gens à travers le monde quant à la viabilité et la légitimité d’un système politique aussi chaotique».

Cette année, les médias chinois se réjouissent des conséquences potentiellement catastrophiques sur l’économie américaine d’un shutdown qui s’est éternisé, et qui se traduit par une dégradation des cotes de crédits américaines et une hausse des coûts d’emprunt. Le titre de cet article, «Posséder des obligations du gouvernement américain revient à avoir une bombe à retardement entre les mains», est très représentatif de cette tendance.

La Russie tient un discours similaire. Un article d’opinion publié par RT, média financé par le Kremlin, a décrit la débâcle du Brexit comme l’effondrement inévitable d’un «État né dans le mercantilisme et soutenu par des siècles de domination et de colonialisme», concluant que «le Royaume-Uni tel que nous le connaissons a dépassé sa date limite de péremption».

Dans les autres démocraties, les observateurs se contentent d’assister au désastre, embarrassés. En Inde, un éditorial du Hindustan Times a affirmé : «Cela nous en dit beaucoup sur l’utilité d’organiser des référendums proposant des choix binaires pour traiter des problèmes d’une grande complexité. Le monde entier devrait tirer une leçon de ce que traverse le Royaume-Uni». À Hong Kong, où les défenseurs de la démocratie luttent pour repousser une Chine de plus en plus intrusive, Richard Harris, chroniqueur au South China Morning Post, a critiqué les «attaques personnelles agressives» contre les législateurs pris dans la bataille du Brexit, soutenant que «Churchill devait se retourner dans sa tombe».

Dans les pages du Daily Maverick, quotidien d’Afrique du Sud, l’expert en sécurité David Africa a observé qu’un «conflit entre la politique rationnelle, la politique fondée sur des “vérités alternatives”, et la nostalgie impériale ancrée dans le nationalisme blanc» était à l’œuvre à la fois en Grande-Bretagne et aux États-Unis, compromettant les perspectives d’alliance «à un moment où un partenariat euro-africain dans les domaines du commerce et de la sécurité» pour créer un contrepoids à l’intervention économique chinoise «serait non seulement une véritable nécessité, mais se révèlerait parfaitement possible».

Les impasses de la démocratie
Si les impasses que l’on rencontre de part et d’autre de l’Atlantique ne sont pas identiques, elles révèlent toutes deux les dessous de la démocratie contemporaine. Le shutdown américain est le résultat de profonds clivages politiques et sociaux qui ont permis l’arrivée au pouvoir d’un président narcissique, dont les positions politiques sont motivées non par la raison, mais par les attentes d’une base politique endurcie et par les conseillers qui ont sa faveur. Alimenté par l’envie de se tenir informé vingt-quatre heures sur vingt-quatre et par les utilisateurs des réseaux sociaux qui ont une soif insatiable pour les polémiques qu’ils peuvent liker et partager, le débat privilégie la stratégie de la corde raide à la résolution individuelle des problèmes.

Si les shutdowns précédents, qui se sont produits périodiquement, ont toujours fini par être résolus, celui-ci se distingue des autres : non seulement il a été le plus long de l’histoire américaine, mais il s’est inscrit dans un contexte de désordre de l’administration Trump, qui fait fi des conventions, des problèmes juridiques croissants du président et des questions de plus en plus nombreuses sur la véritable nature de sa loyauté (autre que celle qu’il a envers lui-même). Conférence du 7 février 2019 donnée à l’École des hautes études en sciences sociales sur la crise de la démocratie

En Grande-Bretagne, les enjeux sont encore plus élevés. La décision fatidique de l’ancien Premier ministre David Cameron de risquer un référendum public pour déterminer l’avenir du pays a coïncidé avec une crise sans précédent révélant les frustrations quant au sort des classes moyenne et ouvrière dans un contexte d’immigration croissante, d’automatisation, d’inégalités des salaires et de stagnation salariale. Les organisateurs du référendum sur le Brexit ont fait profil bas dès que la mesure a été adoptée, laissant à la Première ministre Theresa May la mission impossible de convaincre à la fois l’Union européenne et le Parlement britannique de soutenir un accord qui, aussi astucieux soit-il, causerait un préjudice irréparable aux deux parties.

Guerre insidieuse
Aux États-Unis comme en Grande-Bretagne, la démocratie est ébranlée non seulement par son poids naturel, mais aussi par les efforts calculés de l’extérieur pour exploiter ses vulnérabilités et saper sa confiance. Les interférences russes dans l’élection américaine et dans le référendum sur le Brexit, ainsi que dans les élections d’autres pays, sont désormais prouvées. Tant que des technologies beaucoup plus sophistiquées ne seront pas mises au point, protéger les élections à venir contre ce genre de guerre insidieuse de l’information perpétrée par le Kremlin et ses mandataires nécessiterait des efforts actifs et intrusifs pour réglementer les réseaux sociaux et l’information en ligne, qui risquerait de remodeler les débats publics. À l’heure actuelle, ce genre de méthodes constitue une menace permanente pour la démocratie. Et elle ne peut être écartée sans un contrôle beaucoup plus rigoureux de ce qui circule sur Internet, une voie qui comporte des risques évidents et élevés.

Parmi les préoccupations actuelles, aucun des deux pays n’a trouvé comment se protéger, à l’avenir, contre d’autres intrusions du même type, et encore moins comment équilibrer les intérêts concurrents dans un monde où le numérique est en rapide évolution.

Tout cela soulève des questions fondamentales sur la viabilité et l’attrait de la démocratie. Francis Fukuyama a reconnu il y a longtemps que sa théorie de 1992 selon laquelle nous avions atteint la «fin de l’histoire», aboutissant au triomphe mondial de la démocratie libérale, était, au mieux, prématurée. Pourtant, la croyance selon laquelle, toutes choses étant égales par ailleurs, la démocratie est à la fois un système plus juste et plus fonctionnel que n’importe quel autre, reste très répandue. Ce qui signifie que si les pays et les peuples étaient en position de reprendre leur destin en main, la démocratie serait la voie la plus évidente.

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A Munich, le fossé se creuse entre États-Unis et Europe

Angela Merkel mike penceLa conférence internationale qui s’est achevée dimanche a mis en lumière les désaccords transatlantiques sur plusieurs dossiers cruciaux, sur fond de dislocation de l’ordre international.

Si certains avaient encore des illusions sur l’état de la relation transatlantique à l’ère Trump, la 55e conférence de Munich sur la sécurité, réunie du vendredi 15 au dimanche 17 février, devrait leur avoir ouvert les yeux pour de bon : tant les interventions publiques des dirigeants que les rencontres à huis clos entre délégations ont révélé au grand jour la dégradation spectaculaire des rapports entre l’Europe et les États-Unis sur plusieurs dossiers cruciaux, dans une atmosphère de plus en plus acrimonieuse et sur fond de dislocation de l’ordre international.

La fracture est allée en s’aggravant depuis que, en mai 2018, le président Trump a annoncé le retrait de Washington de l’accord multilatéral sur le nucléaire iranien (JCPOA), malgré les efforts déployés par le président français Emmanuel Macron, la chancelière allemande Angela Merkel et la première ministre britannique Theresa May pour l’en dissuader. Sans surprise, c’est à nouveau sur l’Iran que s’est cristallisée l’opposition entre les Européens et l’administration Trump ces derniers jours.

Discours moralisateur
A Varsovie, où les États-Unis avaient convoqué une réunion internationale, les 13 et 14 février, pour tenter de monter un front contre Téhéran, le vice-président américain Mike Pence a appelé les Européens à se retirer eux aussi du JCPOA, alors même que plusieurs pays de l’Union européenne (UE), dont la France et l’Allemagne, avaient ostensiblement refusé d’envoyer leur ministre des affaires étrangères à cette réunion.

M. Pence a ensuite fait le voyage à Munich, où devant un parterre de hauts-responsables européens, il a réitéré cette exigence, accompagnée de la demande à l’adresse des trois grands pays membres de l’UE (Allemagne, France, Royaume-Uni), de « cesser d’affaiblir les sanctions américaines contre l’Iran » allusion au mécanisme Instex récemment mis en place pour tenter de contourner l’extra-territorialité de ces sanctions en matière de commerce.

Le discours moralisateur débité par M. Pence à Munich, samedi 16 février, mêlant admonestations et reproches, sans même s’encombrer des habituelles fioritures transatlantiques sur la solidité des engagements des États-Unis à l’égard de leurs alliés ou au sein de l’OTAN, a reçu un accueil glacial.

Le vice-président a longuement évoqué la crise vénézuélienne, se félicitant cette fois-ci que « quelque 30 pays alliés en Europe » aient « suivi » les États-Unis pour reconnaître l’opposant Juan Guaido comme « seul président légitime » et priant l’UE d’en faire autant. Il a également mis en garde les Européens contre la société chinoise Huawei et les achats de gaz russe. « Sous Donald Trump, a-t-il conclu, les États-Unis sont de nouveau le leader du monde libre. »

Une partie du « monde libre », cependant, s’accommode visiblement assez mal des méthodes de ce leadership. Le ton n’est pas tout à fait nouveau pour les Européens, déjà secoués, en décembre 2018, par un discours très dur du secrétaire d’État Mike Pompeo à Bruxelles.

Mais au-delà du ton, les contentieux s’accumulent. Sur la Syrie, par exemple, les partenaires européens engagés militairement aux côtés des États-Unis sont furieux de la manière dont est organisé  ou plutôt n’est pas organisé,  le retrait de leurs troupes brusquement annoncé par M. Trump en décembre. Les alliés, selon un haut-responsable français, se trouvent « mis devant le fait accompli » par des dirigeants américains qui leur disent « on part, vous restez » et cherchent à leur faire porter la responsabilité d’une décision prise à la hâte. « J’ai abordé sans fard les questions que cela soulevait », a tweeté, vendredi, la ministre française de la défense, Florence Parly, à l’issue d’une réunion visiblement sans résultat de la coalition contre l’organisation État islamique (EI) avec les Américains.

Une critique en règle
Face à cet assaut, et en l’absence d’Emmanuel Macron qui, en raison de la situation tendue en France, avait renoncé à venir à Munich, c’est Angela Merkel qui s’est chargée de la riposte, dans un discours d’une fermeté sans précédent à l’égard des États-Unis. Que ce rôle soit revenu à la chancelière allemande, autrement dit à la dirigeante du pays qui, pendant plus d’un demi-siècle, fut le plus fidèle allié de Washington sur le continent européen, en dit long sur l’état délétère de la relation transatlantique.

Samedi matin, c’est à une critique en règle des positions de M. Trump que s’est livrée Mme Merkel. Sur le commerce, par exemple, où elle n’a pas hésité à se dire « choquée » par les récentes accusations de l’administration américaine qualifiant les importations d’automobiles européennes de menaces pour la sécurité nationale. « Si ces voitures deviennent soudainement une menace pour la sécurité des États-Unis, alors je trouve cela effrayant », s’est-elle indignée.

Sur les dossiers sécuritaires, Mme Merkel ne s’est pas davantage privée de faire la leçon au président américain, même si elle s’est gardée de prononcer une seule fois son nom. Si elle n’a pas manqué d’évoquer ses désaccords sur l’Iran et la Syrie, c’est surtout sur le retrait des États-Unis du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (dit « traité FNI »), signé en 1987 par Washington et Moscou, qu’elle s’est attardée. A ses yeux, cette décision est « une très mauvaise nouvelle » car ce traité concerne au premier chef la « sécurité » des Européens, a-t-elle rappelé, avant d’inviter la Chine à se joindre aux Américains et aux Russes pour participer à des négociations sur le réarmement.

La proposition de Mme Merkel a cependant aussitôt été rejetée par le responsable des affaires internationales du parti communiste chinois, Yang Jiechi, également présent à Munich : « La Chine, a-t-il dit, développe ses capacités strictement en fonction de ce dont elle a besoin pour se défendre et ne pose aucune menace à qui que ce soit. Nous sommes donc opposés à la multi-latéralisation du traité FNI. »

« Se défait comme un puzzle »
De son côté, Sergueï Lavrov, ministre des affaires étrangères russe, a voulu mettre à profit les « tensions » qu’il a constatées entre Américains et Européens pour appeler ces derniers à se rapprocher de la Russie et de la « communauté eurasiatique ». Malgré ses assurances sur la disponibilité de Moscou à discuter du renouvellement du traité New Start sur la limitation des armes nucléaires stratégiques, qui arrive à échéance en 2021, les experts se font peu d’illusions sur les chances de voir celui-ci aboutir.

Alors qu’elle s’apprête à quitter prochainement le pouvoir, au plus tard en 2021, Mme Merkel croit-elle encore possible, « dans ce monde qui se défait comme un puzzle », de « trouver des solutions partagées » ?  Si elle nourrit des doutes, elle ne les a, en tout cas, pas montrés, citant pour conclure une phrase prononcée, vendredi, par le sénateur républicain de Caroline du Sud Lindsey Graham : « Le multilatéralisme, c’est compliqué, mais c’est toujours plus simple que d’agir seul », avait-il déclaré. « J’ai été heureuse de l’entendre », s’est-elle félicitée avant de quitter la tribune sous une standing-ovation digne de celles qu’on réserve aux artistes que l’on croyait éternels et dont on s’aperçoit qu’ils font peut-être leur dernière tournée.

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Le prince Charles effectuera la première visite royale officielle à Cuba en mars

prince charles et camillaLe prince Charles et son épouse Camilla se rendront à Cuba du 24 au 27 mars dans le cadre de leur tournée dans les Caraïbes.

Le prince Charles se rendra en mars à Cuba, pour la toute première visite officielle d’un membre de la famille royale sur l’île, illustrant « les relations bilatérales grandissantes » entre les deux pays, ont annoncé vendredi ses services.

L’héritier du trône et son épouse Camilla, la duchesse de Cornouailles, feront étape à Cuba pendant quatre jours, du 24 au 27 mars, au cours de leur tournée dans les Caraïbes.

Aucune entrevue n’est prévue avec l’ancien président et actuel premier secrétaire du parti communiste cubain Raul Castro, frère de Fidel Castro, le dirigeant emblématique de l’île arrivé au pouvoir après une révolution en 1959 et mort en 2016.

Reçus par le président
Charles et Camilla seront les invités d’honneur d’un dîner officiel offert par le président Miguel Diaz-Canel, qui a succédé à Raul Castro en avril 2018. Ils pourraient également rencontrer les musiciens du Buena Vista Social Club lors de la visite d’un studio à la Havane, qui doit encore être finalisée.

Cette escale sur l’île communiste, programmée « à la demande du gouvernement britannique », doit permettre de « mettre en valeur les relations bilatérales grandissantes » entre les deux pays, ainsi que leurs « liens culturels », selon Clarence House, la résidence officielle du prince Charles.

« Un dialogue ouvert et franc »
Cette visite « fait partie de notre rapprochement de longue date avec Cuba », a souligné un porte-parole du ministère britannique des Affaires étrangères. Il a fait état d’un « dialogue ouvert et franc sur les problèmes qui nous divisent comme les droits de l’homme », mais aussi d’un engagement commun « en faveur du progrès dans les domaines qui nous intéressent ».

Le ministère cubain des Affaires étrangères s’est lui « félicité » de l’annonce de cette visite officielle et a souhaité la « bienvenue » au couple royal. La tournée dans les Caraïbes du Prince Charles et de la duchesse Camilla commencera le 17 mars et s’achèvera le 29, jour prévu pour la sortie du Royaume-Uni de l’UE.

En remplacement de la reine Elizabeth
Outre Cuba, le couple visitera Sainte-Lucie, la Barbade, Saint-Vincent-et-les Grenadines, Saint-Kitts-et-Nevis, et Grenade, cinq pays qui reconnaissent la reine Elizabeth II comme cheffe de l’État. Charles et Camilla termineront leur voyage aux Iles Caïmans, un territoire britannique.

Elizabeth, âgée de 92 ans, n’a plus entrepris de visite à l’étranger depuis 2015. Elle est remplacée dans ce rôle par son fils Charles, ainsi que par ses petits-enfants William et Harry.

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Theresa May demande «du temps» pour revoir son accord avec l’Union européenne

thérésa mayTheresa May a indiqué qu’elle échangerait de nouveau avec certains dirigeants des 27 autres pays de l’UE ce mardi et tout au long de la semaine

Theresa May tente toujours de sauver le Brexit. La Première ministre britannique a souligné ce mardi devant les députés qu’elle avait « besoin de temps » pour discuter avec l’Union européenne de modifications à l’accord de Brexit conclu avec Bruxelles qui puissent satisfaire son parlement, prolongeant ainsi l’incertitude sur les modalités du divorce.

Le Brexit, prévu le 29 mars, se rapproche dangereusement. Depuis le rejet massif de l’accord de retrait par les députés en janvier, la dirigeante britannique tente de rouvrir les négociations avec Bruxelles pour élaborer une nouvelle version du texte, mais se heurte jusqu’ici au refus de ses homologues européens.

Les discussions bloquées autour du « backstop »
« Après nous être mis d’accord avec l’UE sur des discussions supplémentaires, nous avons à présent besoin de temps pour achever ce processus », a-t-elle affirmé devant la Chambre des Communes. « Dès que nous aurons réalisé les progrès nécessaires, nous proposerons un nouveau vote » sur l’accord de retrait à l’agenda, a-t-elle assuré, sans donner de date.

Theresa May a ajouté qu’elle échangerait de nouveau avec certains dirigeants des 27 autres pays de l’UE mardi et tout au long de la semaine. Les discussions entre Theresa May et les dirigeants européens butent jusqu’ici sur la question du filet de sécurité irlandais (« backstop » en anglais), prévu pour éviter le retour d’une frontière physique entre l’Irlande du Nord britannique et la République d’Irlande. Ce dispositif prévoit, en dernier recours, de maintenir le Royaume-Uni dans une union douanière avec l’UE, ainsi qu’un alignement réglementaire sur l’UE plus poussé pour l’Irlande du Nord.

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Les frites britanniques ont vu leur taille se réduire

frites.gifSelon le rapport de The Climate Coalition, les frites britanniques ont perdu quelques centimètres en raison de la sécheresse qui a altéré la qualité des pommes de terre l’an passé.

La taille des frites britanniques victimes du réchauffement climatique ?   C’est en tout cas ce qui ressort d’un rapport publié par The Climate Coalition, qui regroupe 130 organisations dont WWF, National Trust, Women’s Institute ou encore Christian Aid. Repéré par le Guardian, le document affirme que les fortes chaleurs ont perturbé la récolte des légumes en 2018, et notamment celle des pommes de terre.

En effet, le Royaume-Uni a enregistré l’an passé sa quatrième plus faible récolte de pommes de terre au cours des 60 dernières années avec des rendements qui ont chuté de 20 à 25%. Il faut dire que certaines zones du pays n’ont pas eu de pluie pendant 58 jours l’été dernier.

Et la qualité des légumes a pâti de ce stress hydrique. « Nous avons eu des problèmes de qualité avec beaucoup de pommes de terre difformes et plus petites », explique Richard Thompson, producteur dans le Staffordhire. Or, « des pommes de terre plus petites signifient des frites plus petites », déplore Cedric Porter, analyste et rédacteur en chef de la World Potato Markets Review. Et le Royaume-Uni n’est pas le seul pays européen concerné, la Belgique s’est également alertée de la faible taille de ses tubercules.

3 cm en moyenne
Alors que 80% des pommes de terre cultivées au Royaume-Uni sont consommées sur place, les consommateurs britanniques sont directement touchés. Les frites auraient perdu trois centimètres en moyenne. D’autres légumes comme les oignons ou les carottes ont également subi la sécheresse de l’été.

Ces aliments sont « de plus en plus menacés par les conditions météorologiques extrêmes et par l’augmentation du nombre de maladies résultant du changement climatique », a prévenu Michael Gove, le secrétaire d’État britannique à l’Environnement.

Sans réponse forte des dirigeants, le changement climatique pourrait, selon le rapport, rendre les pommes de terres cultivées sur les trois quarts des terres du Royaume-Uni impropres à la consommation d’ici 2050.

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La sortie de Donald Tusk enflamme le Royaume-Uni

donald tuskDonald Tusk a évoqué la « place spéciale en enfer » réservée à « ceux qui ont fait la promotion du Brexit sans même l’ébauche d’un plan pour le réaliser en toute sécurité ».

La sortie du président du Conseil européen, Donald Tusk, sur la « place spéciale en enfer » réservée pour certains Brexiters suscitait mercredi 6 février des réactions enflammées au Royaume-Uni, certains criant à l’outrage, d’autres remerciant le responsable européen de « dire la vérité ».

Donald Tusk a évoqué la « place spéciale en enfer » réservée à « ceux qui ont fait la promotion du Brexit sans même l’ébauche d’un plan pour le réaliser en toute sécurité », alors que le flou règne sur la forme qu’il va prendre le 29 mars., Il n’en fallait pas davantage pour déclencher une violente riposte de l’autre côté de la Manche.

« C’est plutôt le paradis pour moi »
« Donald Tusk montre une fois de plus son mépris pour les 17,4 millions de personnes qui ont voté pour échapper à la corruption de l’UE (lors du référendum de juin 2016) », a déclaré Sammy Wilson, un porte-parole du DUP, le parti ultra-conservateur nord-irlandais, qualifiant le président du Conseil d' »euro-maniaque démoniaque ».

Sur le même ton, le champion du Brexit Nigel Farage a estimé que la sortie de l’UE permettrait de libérer le Royaume-Uni de ces « tyrans arrogants et non élus ». « C’est plutôt le paradis pour moi », a ajouté l’ancien patron de l’Ukip, le parti europhobe et anti-immigration, sur Twitter.

Les déclarations de Donald Tusk figuraient sans surprise parmi les sujets les plus discutés sur le réseau social au Royaume-Uni. « L’oligarchie (UE) a tendance à rejeter tout ce qui ne correspond pas à son idéal. M. Tusk est symptomatique d’une telle élite déconnectée », a lancé Don Duncan, un utilisateur, un autre, Doug Chalk, répliquant au président du Conseil que l’enfer serait surtout « plein de crétins arrogants comme (lui) ».

« Une sorte de fleur délicate »
L’affaire est même remontée jusqu’au Parlement de Westminster où le député conservateur Peter Bone, un eurosceptique, a interpellé le président de la Chambre des Communes John Bercow.

« Je ne me souviens pas qu’un président ait insulté les membres de cette Assemblée, les membres du gouvernement et le peuple britannique de cette façon », s’est indigné le parlementaire, avant d’écouter la réponse un brin moqueuse de John Bercow.  « J’ignorais jusqu’à présent que (Peter Bone) était quelqu’un de si sensible, une sorte de fleur délicate », a taclé ce dernier.

Les opposants au Brexit n’ont pas manqué non plus de rebondir sur le sujet, et ont repris à leur compte l’accusation d’impréparation formulée par Donald Tusk. « Il n’y que la vérité qui blesse, n’est-ce pas? », a souligné la députée écossaise Joanna Cherry (SNP, europhile) à propos des réactions courroucées des Brexiters.

« Une place spéciale en enfer pour les Brexiters sans plan. Merci Donald Tusk d’avoir eu le courage de dire la vérité, contrairement à nos politiciens », pouvait-on également lire sur Twitter sur le fil de l’utilisateur Sian Damon.