Publié dans Texte Famille

Comment vivre avec un adulte à la maison ?

tanguyÀ l’occasion de la sortie du film Tanguy, le retour, la Dr Marie-Claude Gavard fait le point avec nous sur le phénomène Tanguy.

Loin des clichés délivrés par le film, la cohabitation n’est pas nécessairement un désastre. Il suffit de quelques règles de vie, de respect et de pédagogie.

Dix-huit ans après, Tanguy revient, au-delà du film, le « phénomène Tanguy » est aujourd’hui un véritable sujet de société. En effet, après une diminution amorcée au milieu des années 1990, le taux de cohabitation des jeunes de 20 à 30 ans avec leurs parents augmente de nouveau depuis le début des années 2000. Ainsi, en 2013, près d’un jeune adulte de 18 à 29 ans sur deux (46 %) habite chez ses parents tout ou partie de l’année. Et, aujourd’hui, les jeunes ont tendance à quitter le domicile parental vers l’âge de 24-25 ans, soit 5 ans plus tard qu’il y a quarante ans.

Qui sont les nouveaux Tanguy ?
Une émancipation financière difficile, pour l’Insee, une des principales causes du « phénomène Tanguy » est la hausse de la population étudiante. En effet, « pour les plus jeunes, habiter avec ses parents concerne surtout les étudiants (58%) » comme le souligne une étude réalisée par l’institut en janvier 2018. Et pour cause, depuis les années 70, près d’un jeune de moins de 25 ans sur deux poursuit des études. Bien qu’ils soient moins d’un tiers à vivre au domicile de leurs parents, l’âge moyen de fin d’études ne cesse d’augmenter, expliquant en partie ce phénomène.

Seconde raison évoquée par l’étude, la hausse du chômage et des emplois précaires : « Parmi les actifs de 25-29 ans, ceux qui cohabitent avec leurs parents sont moins bien insérés dans l’emploi : ils occupent plus fréquemment des emplois à durée limitée et sont plus souvent au chômage ». Depuis les années 2000, le taux de chômage des jeunes n’a fait qu’augmenter, malgré une forte baisse en 2008. Or, cette insécurité professionnelle peut être un véritable frein à l’indépendance compte tenu du prix des loyers et des exigences des propriétaires, en particulier dans les grandes villes.

Certains jeunes sont également tout simplement immatures et peuvent avoir peur de se retrouver seuls. Et puis, rester chez ses parents permet de moins se confronter à une vie amoureuse. Mais, ce phénomène s’explique aussi par le développement du phénomène du zapping et donc la superficialité des relations amoureuses des jeunes. Cela allant de pair avec le report de l’âge de la mise en ménage des jeunes.

Mais, « parmi les 25-29 ans, une personne sur deux qui vit chez ses parents occupe un emploi, et dans neuf cas sur dix en tant que salarié » selon l’Insee. Cela prouve bien que l’on peut rester chez ses parents tout en gagnant sa vie. La Dr Marie-Claude Gavard, psychiatre à Paris, explique en partie cela par le nombre croissant de jeunes qui, ayant pour projet de monter leur propre société, repoussent le moment du départ pour économiser le plus d’argent possible.

Une société en pleine évolution
Du point de vue familial, la Dr Marie-Claude Gavard décrypte également ce phénomène par une bonne communication parents-enfants entre la génération Baby Boom et la génération Y.  S’il existait une certaine incompréhension entre les jeunes de mai 68 et leurs parents, il semblerait qu’aujourd’hui parents et enfants se comprennent mieux. « Beaucoup des parents de jeunes de la génération Y s’intéressent aux questions de développement personnel et à la psychologie.

Ils sont donc plus attentifs à l’épanouissement de leurs enfants et dans l’ouverture et le dialogue, ce qui créé des relations propices à une collocation de longue durée. Les enfants ont moins envie de partir dès leurs dix-huit ans et les parents sont plus à même d’accepter, voire de trouver qu’avoir un Tanguy à la maison est finalement quelque chose d’agréable » détaille la psychiatre, rappelant toutefois que cette situation n’est pas encore une généralité.

Les parents peuvent également avoir peur de souffrir « du syndrome du nid vide », explique l’experte. Les parents peuvent déprimer à l’idée de ne plus avoir leurs enfants à charge et se voir vieillir d’un coup. « Dans beaucoup de cas, à cela s’ajoute la peur de se retrouver seul avec son mari ou sa femme. Ce tête à tête peut être tellement inquiétant que les parents préfèrent garder leur enfant, et en particulier le petit dernier, à la maison le plus longtemps possible » explique-t-elle.

Rupture, perte d’emploi, nouveau projet, comment réagir quand son enfant revient à la maison ?
Lorsque le dernier enfant est parti de la maison, les parents peuvent enfin souffler. Après plus de vingt-cinq ans à n’avoir existé qu’en tant que parents et à avoir la pensée constamment occupée par leurs enfants, le couple se retrouve seul. « Les parents découvrent alors un autre pendant de leur vie. Ils doivent réapprendre à exister en tant que couple et ce sans grand projet de maison, d’enfant ou de carrière.

Il y a une bulle qui se referme sur le couple. Et ils peuvent enfin s’autoriser à vivre différemment et à repenser à eux, à leur propre bonheur. C’est un grand moment de renaissance pour les parents, un moment de vie incroyable où l’on revit enfin sans contrainte » précise la Dr Marie-Claude Gavard. Alors, quand un Tanguy débarque à la maison après une rupture amoureuse ou la perte d’un emploi, les parents peuvent avoir du mal à accepter l’idée de cette cohabitation qu’ils n’avaient pas désirée. Leur liberté retrouvée est de nouveau bafouée.

De leur côté, les enfants peuvent être perturbés de ne pas être accueillis avec bonheur. « Après un ou plusieurs échecs amoureux, le repli sur soi et le manque de confiance en soi s’amplifient et l’envie de rester dans le cocon familial rassurant affectivement apparaît comme nécessaire » explique la psychiatre. Il est donc primordial que l’enfant explique à ses parents pourquoi il veut revenir chez eux  et non pas se trouver une collocation par exemple  et de se fixer une date de départ pour ne pas que les parents se sentent prisonniers de cette situation.

La Dr Marie-Claude Gavard conseille aussi d’établir des règles de vie entre adultes. Pour elle, « tout est question de respect du désir et des aspirations de chacun. Les parents ne sont pas au service des enfants : ils peuvent dépanner, mais ils ne doivent pas se priver de vivre leur vie de cinquantenaires « . Les parents ne doivent pas redevenir les bonnes à tout faire de leur enfant.

Celui-ci doit contribuer à l’intendance de la maison : faire les courses, le ménage, la cuisine et participer financièrement s’il le peut. Un Tanguy qui revient sait tout faire, il n’est donc pas question que ce soit un poids. Les parents, quant à eux, ne doivent pas ramener le Tanguy à sa situation d’enfant et doivent respecter sa liberté. Il n’est, par exemple, pas nécessaire de le harceler pour savoir ce qu’il fait de ses journées ou lui imposer un couvre-feu.

Comment faire pour que nos enfants ne deviennent pas des Tanguy ?
Si vous vous demandez comment faire pour que vos enfants ne s’éternisent pas trop chez vous, n’entretenez pas une relation de parents « au service des enfants ». Les parents, dans leur éducation, ont tout intérêt à autonomiser leurs enfants. Il est nécessaire de leur apprendre à cuisiner, à ranger leur chambre, à repasser … dès qu’ils sont en mesure de le faire. Alors, l’intendance ne leur posera aucun problème et ils auront moins peur de s’émanciper.

Et, même si un jeune est très craintif et manque de confiance en lui, le bon rôle des parents est de le pousser un peu dehors pour qu’il puisse voler de ses propres ailes. Mais, il est très important de le faire en douceur et de ne pas passer par des stratégies violentes et non-verbales comme les parents de Tanguy le font dans le film : discutez et dites à votre enfant qu’il est temps de partir, de prendre ses responsabilités quitte à l’aider à payer son loyer au départ. Mais surtout, n’oubliez pas de dire à vos enfants que vous n’êtes pas que des parents.

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Publié dans Texte Santé

Une zone du cerveau serait responsable de la procrastination

procrastinationLa procrastination est un phénomène qui prend une bonne place dans nos sociétés au point qu’une Journée internationale lui est consacrée, tous les 25 mars.

Mais pourquoi remettons-nous autant les choses au lendemain ?  Selon une étude scientifique, la source de la procrastination se trouverait dans le cerveau.

Qu’est-ce qui nous pousse à remettre sans cesse au lendemain les tâches que l’on n’a pas envie d’accomplir ?  Ce phénomène qui touche largement nos sociétés porte un nom :  la procrastination. Cette journée du 25 mars lui est dédiée.

Selon une étude scientifique, la procrastination aurait un lien avec une zone bien particulière du cerveau : l’amygdale. C’est elle qui gère notamment notre rapport aux émotions et à la peur. A priori, peu de lien, donc, avec « la flemme » d’accomplir une tâche.

Pourtant, la tendance à tout remettre au lendemain aurait bel et bien une explication scientifique. Pour en arriver à cette conclusion, les six chercheurs à l’origine de cette étude ont observé 264 personnes, en leur faisant remplir un questionnaire de personnalité. Puis, ils ont analysé grâce à un IRM le cerveau des participants.

Grosse flemme, grande amygdale
Leurs résultats sont clairs : selon eux, les personnes qui ont plus de mal à se motiver ont également une amygdale plus importante.

« Cela pourrait signifier que les individus avec une amygdale d’un plus grand volume ont appris de leurs précédentes erreurs, et évaluent leurs futures actions et leurs possibles conséquences plus en profondeur », précisent les scientifiques.

Ils précisent toutefois que leur étude ne permet pas d’établir un « lien causal direct », mais plutôt de noter une surprenante corrélation. Des études plus poussées devront être menées pour confirmer ou infirmer ce lien étonnant.

Publié dans Texte Actualité divers

Le «Momo Challenge» n’aurait en fait jamais existé

momo challengeCe jeu dangereux, accusé d’être responsable de la mort de plusieurs adolescents dans le monde, ne serait qu’une légende urbaine

« Salut, je suis Momo »… Depuis l’été dernier, les parents du monde entier s’inquiètent du « Momo Challenge », un défi effrayant sur WhatsApp qui pousserait leurs enfants à se suicider. C’est en Argentine que la première victime de ce jeu dangereux aurait été recensée l’été dernier.

Depuis, de nombreux autres cas ont été signalés au Mexique, aux États-Unis, en Belgique, en Allemagne.  Et en novembre dernier en France, où un père de famille a accusé le jeu d’être responsable du suicide de son fils de 14 ans.

Seulement voilà, aucune enquête n’a permis jusqu’à aujourd’hui d’établir que le « Momo Challenge » existait réellement. En Argentine, d’où est partie toute l’affaire, les investigations ont révélé que le suicide de la jeune fille n’avait rien à voir avec un quelconque challenge. Aucune association de protection de l’enfance n’a également recensé de cas avérés pouvant accréditer l’existence de ce défi. Pour beaucoup, ce serait tout simplement la psychose médiatique qui aurait popularisé le « Momo Challenge » dans le monde entier.

Une pure invention médiatique ?
Cette poupée effrayante, aux yeux exorbités, au visage émacié et aux cheveux filandreux, a récemment fait les gros titres des journaux en Grande-Bretagne. YouTube a été accusé outre-Manche de laisser passer des messages incitant au « Momo Challenge » dans des vidéos du dessin animé pour enfants Peppa Pig. La police d’Irlande du Nord a même diffusé en février un avertissement, incitant « les parents à faire preuve de vigilance ».

La National Society for the Prevention of Cruelty to Children (NSPCC), une association de protection de l’enfance, a assuré avoir reçu plus d’appels à ce sujet de la part des médias que des familles, expliquant ainsi n’avoir aucune preuve que le « Momo Challenge » existait vraiment. Le UK Safer Internet Center (Centre pour un Internet plus sûr) a même qualifié le phénomène de « fake news ».

Selon le Guardian, cette médiatisation a fait exploser le nombre de requêtes Google, créant ainsi une véritable psychose outre-Manche. « Le « Momo Challenge » n’existe pas. Plusieurs articles faisant état de cette « rumeur » ont poussé les institutions à communiquer sur ses dangers potentiels, donnant ainsi lieu à encore plus d’articles sur le sujet », explique le quotidien britannique.

« Pas de suicide, ni de blessé en France »
En France aussi, ce sont aussi les médias et la publication de plusieurs articles qui ont « popularisé » le « Momo Challenge ». « Entre le 15 et le 20 août 2018, période à laquelle ce jeu dangereux a été médiatisé en France, on a reçu une dizaine d’appels sur notre ligne d’écoute, principalement des parents d’ados fragiles, mais aussi des jeunes, qui se disaient effrayés par le personnage », indique à 20 Minutes Samuel Comblez, directeur des opérations de l’association e-Enfance.

« On a très vite coordonné nos actions avec nos différents partenaires, Facebook, Twitter, Snapchat et bien sûr la plateforme Pharos. Après une période d’observation, on en a tout simplement conclu que cette histoire était un non-phénomène, une simple légende urbaine », ajoute Samuel Comblez qui précise qu’« il n’y a pas eu de cas de suicide ni de blessé lié au «Momo Challenge» en France ». En Bretagne, un père de famille a pourtant porté plainte en novembre dernier contre YouTube, Whatsapp et l’État pour « mise en danger de la vie d’autrui ». Il a accusé le jeu d’être responsable du suicide de son fils de 14 ans. « Nous restons très prudents », avait alors indiqué à l’époque le procureur de la République de Rennes à 20 Minutes.

« Quand j’étais petit, c’était la Dame blanche, aujourd’hui c’est Momo »
Le personnage fictif de Momo a surtout été alimenté par de nombreuses vidéos YouTube très populaires, totalisant des millions de vues, sans qu’il ne soit jamais question de challenge ni de suicide. « Momo, c’est d’abord une histoire pour faire peur. Les ados adorent les histoires effrayantes. Ce n’est qu’une légende urbaine parmi d’autres. Quand j’étais petit, c’était la Dame blanche, qui dans son genre était toute aussi effrayante. Aujourd’hui c’est Momo », ajoute Samuel Comblez.

Le « Momo Challenge » semble aujourd’hui être « passé de mode » en France. La plateforme téléphonique de l’association e-Enfance indique n’avoir reçu aucun signalement depuis novembre dernier. « Les jeunes sont rodés. Après le «Blue Whale Challenge» [défi mortel également lancé sur les réseaux sociaux], ils font preuve de plus de prudence ». L’artiste japonais, qui a créé la poupée effrayante, a également indiqué début mars l’avoir détruite. « Elle était censée faire peur aux gens, oui, mais pas de faire du mal à quiconque », a-t-il expliqué. Une manière de tirer un trait définitif sur cette histoire.

Publié dans Texte Actualité divers

Le Vans challenge : le nouveau challenge qui fascine Twitter

van's chalengeVous l’avez sûrement vu sur votre feed Twitter ou Instagram : partout sur Internet, les gens s’amusent à jeter en l’air leur paire de Vans. Mais qu’est-ce donc que ce « Vans challenge » qui affole la Toile ?

Il en faut peu pour faire démarrer un phénomène sur les Internets. En vrai, il suffit parfois d’un tweet, qui aurait somme toute pu passer inaperçu. Pas sûr que cet internaute s’attendait à un tel raz-de-marée en postant une courte vidéo accompagnée du message suivant : « Saviez-vous que peu importe comment vous lancez vos Vans, elles atterriront à l’endroit. »

Sauf que voilà, plus d’un a semblé surpris de l’information, au point de liker en masse, de retweeter à foison et surtout  de tester par eux-mêmes. Il n’aura pas fallu bien longtemps pour voir apparaître sur les réseaux sociaux des milliers de vidéo de Vans balancées dans tous les sens.

Et il faut bien avouer qu’elles ont tout d’hypnotisant, car peu importe comment sont envoyées valdinguer les chaussures, elles finissent (presque toujours, le fail n’est pas impossible) par retomber à l’endroit. Et ainsi est né le « Vans challenge ».

Un mystère résolu
Pourtant, tout cela n’a rien de bien étonnant, si on en croit la science. D’après un professeur de physique interrogé par le magazine Complex, il s’agit simplement d’une affaire de répartition de poids. « Cela est simplement dû à la façon dont le caoutchouc est distribué par rapport au tissu ».

Une explication scientifique qui ne rend pas les vidéos moins drôles à regarder. Pour l’instant, la marque Vans n’a toujours pas communiqué sur le phénomène, qui offre par la même occasion un très joli coup de pub à la mythique marque de baskets.

Publié dans Texte Actualité divers

Un scientifique perce le mystère des étranges icebergs verts

Un scientifique perce le mystère des étranges icebergs vertsLa question le taraudait depuis plus de trente ans. Mais le glaciologue Stephen Warren pourrait enfin avoir élucidé le mystère. Une énigme glaçante, ou plutôt « glacée » :  celle de l’étrange couleur arborée par certains icebergs en Antarctique, le vert.

La première rencontre entre le glaciologue de l’Université de Washington et l’une de ces étranges masses de glace verdâtre a eu lieu en 1988. Alors parti en expédition aux abords de la Barrière d’Amery,  un amas de glace couvrant une grande partie de la baie de Prydz,  à l’Est du continent austral, le scientifique a pu observer pour le première fois de sa carrière l’énigmatique phénomène.

Une première rencontre marquante
« Quand nous avons escaladé cet iceberg, la chose la plus extraordinaire n’était en fait pas la couleur mais plutôt la clarté. La glace n’avait pas de bulles. Il était évident qu’il ne s’agissait pas de glace ordinaire provenant d’un glacier », se remémore le glaciologue. Un premier élément troublant qui a fait naître chez le chercheur son intérêt pour ces mystérieux « icebergs verts ».

En analysant cette glace exempte de bulles, Stephen Warren et ses collègues ont découvert qu’il s’agissait effectivement d’une glace inhabituelle : de la glace de mer. Une glace qui se forme non-pas à partir de l’accumulation de neige, mais à partir de l’eau de l’océan  et qui n’emprisonne donc pas de bulles d’air, comme c’est le cas dans le reste des glaciers.

Cette origine marine de la glace composant les icebergs verts a d’emblée fait pencher le chercheur et ses collègues vers une hypothèse : celle de la présence d’une impureté provenant de l’eau de mer, et responsable de la coloration de la glace. Un premier pas vers une explication, mais la nature précise de cette impureté restait à déterminer.

Première option imaginée alors par les scientifiques : celle de la présence dans la glace de particules microscopiques provenant de la décomposition de végétaux ou d’animaux marins. Composées de carbone organique, ces microparticules revêtent en effet une teinte jaunâtre. Teinte qui, en s’additionnant à la coloration bleuté naturelle de la glace, aurait ainsi pu conférer aux icebergs verts leur couleur si surnaturelle.

Une hypothèse qui tombe à l’eau
Mais en 1996, pour Stephen Warren et ses collègues, c’est la douche froide. Non pas qu’ils aient par mégarde chuté dans l’eau glaciale de l’Océan Antarctique ; mais plutôt après qu’ils ont découvert que la teneur en matière organique de la glace verte était absolument la même que celle des icebergs bleutés. L’hypothèse des microparticules organiques tombait littéralement à l’eau.

Ça n’est que des années plus tard, que l’équipe a pu franchir une étape cruciale dans la résolution du mystère et ce grâce aux travaux d’une océanographe de l’Université de Tasmanie. La scientifique a en effet découvert, dans des carottes de glace prélevées dans la fameuse Barrière d’Amery,  lieu de la première rencontre entre Stephen Warren et les icebergs verts,  une concentration en fer 500 fois plus importante à l’extrémité inférieure de la carotte qu’à son sommet. Une différence de taille, qui pourrait ainsi expliquer la teinte verdâtre de la glace marine composant les icebergs qui préoccupent tant le chercheur.

Restait toutefois à déterminer l’origine de ces oxydes de fer. Des particules susceptibles de conférer à la glace des teintes allant du jaune au brun, en passant par le rouge et l’orange. Et qui, en s’additionnant au bleu naturel de la glace, sembleraient ainsi tout à fait appropriées pour expliquer sa coloration verdâtre.

Des particules tout droit venues du continent
L’hypothèse désormais avancée par Stephen Warren est celle d’une origine terrestre. En progressant lentement sur le continent, la glace de l’Antarctique agit en effet comme un « rabot » sur le sol rocheux  produisant ainsi une fine poudre minérale,  la « farine de roche »  très riche notamment en oxydes de fer. Lorsque cette poussière atteint l’océan, au fil de l’avancée de la glace, elle se mélange à l’eau et peut donc ensuite être piégée dans la fameuse glace de mer, formée à partir de l’eau de l’océan. Un processus qui pourrait alors permettre d’éclairer enfin le mystère des icebergs verts.

Au-delà de leur aspect troublant, ces masses gelées pourraient jouer un rôle crucial dans l’équilibre de l’écosystème antarctique. « Ces icebergs pourraient distribuer ce fer très loin dans l’océan, et fondre ensuite  le rendant disponible pour le phytoplancton qui peut l’utiliser comme nutriment », révèle Stephen Warren. De quoi servir de nourriture à une flore elle-même à la base de toute la chaîne alimentaire marine.

« On a toujours cru que les icebergs verts n’étaient qu’une curiosité exotique , mais nous pensons désormais qu’ils pourraient en fait se révéler importants », conclut le glaciologue. Trente ans que la question le taraudait  et voici que la réponse sur les origines des icebergs verts va sans doute bien au-delà de ses espérances.

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Salon de l’agriculture : quatre choses à savoir sur la « Ferme France »

Salon de l'agriculture.jpgHier samedi, toutes les filières agricoles sont représentées à Paris, pour le Salon international de l’agriculture. L’occasion de présenter les chiffres clés de ce secteur vital à l’économie française.

La « Ferme France » est à l’honneur pour une semaine lors du Salon international de l’agriculture. Si de nombreux curieux vont arpenter les allées du salon, attirés par les animaux et la dégustation de nombreuses spécialités régionales, peu de gens savent que la France est le leader européen du secteur. Un petit mémo pour connaître les infos clés de ce secteur.

73 milliards d’euros
En 2018, l’agriculture française a conserver son statut de leader européen: avec une production, tous secteurs confondus, estimée à 73 milliards d’euros, elle devance nettement l’Allemagne (56 milliards) et l’Italie (51 milliards) sur le podium européen. Elle a surtout stabilisé sa part de marché sur l’échiquier communautaire, de 16,8% en 2017 à 16,9% en 2018, alors qu’elle reculait dangereusement depuis quelques années, avec notamment une année 2016 catastrophique, encore dans tous les esprits.

30 millions d’hectares
En termes de surfaces agricoles, la France est également au premier rang avec près de 30 millions d’hectares. Les exportations de produits agricoles et produits agroalimentaires ont représenté 6,6 milliards d’euros d’excédent commercial, contre 5,8 milliards en 2017, inversant la courbe par rapport aux années précédentes plombées par de mauvaises récoltes de céréales.

6,7% du PIB
La contribution de la branche agricole au Produit intérieur brut français devrait être en hausse en 2018 pour la deuxième année consécutive après la crise de 2016, à 6,7% du PIB. La valeur de la production agricole, hors subventions sur les produits, continue d’augmenter (+4,7% après +3,2% l’année précédente). Cependant, après quatre années de baisse, les charges des agriculteurs repartent à la hausse (+1,7%) en raison de la remontée des prix de l’énergie, en particulier des carburants, souligne l’Insee.

448.500
Le nombre d’agriculteurs reste en baisse continue, de 1,5% à 2% par an. Ils étaient ainsi 448.500 en 2018, contre 514.000 dix ans auparavant, selon les chiffres de la mutualité sociale agricole (MSA) qui invoque l’extension de la taille moyenne des exploitations et le développement de l’urbanisation et des forêts.

Et le phénomène semble loin de devoir s’arrêter, entre les incertitudes économiques, avec des exploitations fragiles, des revenus chétifs, une trésorerie maigrelette, et un sentiment de dénigrement systématique: certains observateurs évoquent une montée des retraites anticipées chez les seniors et une chute des vocations chez les jeunes. Un phénomène inquiétant, alors que plus de 50% des agriculteurs ont aujourd’hui plus de 50 ans, et vont prochainement prendre leur retraite.

Publié dans Texte Actualité divers

Femmes de science : connaissez-vous « l’effet Matilda » ?

rossiter-book-cover.jpg« L’effet Matilda », c’est le nom donné au phénomène de déni ou de minimisation de la contribution des femmes scientifiques à la recherche. Bien souvent, leurs travaux sont attribués à des collègues masculins, quand elles ne sont pas tout bonnement oubliées. Au cours de l’histoire, les femmes de science se sont fait spolier de nombreuses découvertes. En voici quelques exemples.

« L’effet Matilda », c’est un phénomène qui porte un nom de femme, qui concerne les femmes, et qui a été théorisée par une femme. Dans les années 80, l’historienne des sciences Margaret W. Rossiter se penche sur « l’effet Matthieu », qui veut que certains personnages sont reconnus au détriment de leurs collaborateurs, souvent à l’origine de cette renommée.

Notant que ce phénomène s’applique surtout aux femmes, Rossiter nomme « l’effet Matilda » d’après Matilda Joslyn Gage, militante féministe américaine qui, dès le XIXe siècle, avait noté l’attribution des pensées intellectuelles des femmes par des hommes. Au fil des ans, les exemples pour l’illustrer se sont succédé.

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Rosalind Franklin (1920-1958)– Rosalind Franklin (1920-1958) Physico-chimiste britannique, elle fut l’auteure du cliché 51, la première photographie de l’ADN. Elle réussit à l’obtenir en utilisant la diffraction de rayons X. A l’insu de Franklin, le cliché fut montré par son collègue de laboratoire à James Watson et Francis Crick, qui obtinrent tous deux le prix Nobel de médecine 1962 pour cette découverte. Pourtant dans ses notes datant de 1951, Rosalind Franklin écrivait ces lignes prouvant sa paternité : « Les résultats obtenus suggèrent une structure en hélice contenant 2, 3 ou 4 chaînes coaxiales d’acides nucléiques, possédant des groupes phosphate en périphérie ». En 1958, Rosalind Franklin mourut prématurément d’un cancer, provoqué par ses recherches. Le prix Nobel n’étant jamais attribué à titre posthume, elle n’a jamais été associée à l’une des découvertes les plus fondamentales du XXe siècle.

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Frieda Robscheit-Robbins (1888-1973)– Frieda Robscheit-Robbins (1888-1973) Pathologiste américaine, elle a travaillé étroitement pendant 30 ans avec George Hoyt Whipple, et fut co-auteure et co-signataire de presque toutes ses publications. Elle n’a pourtant pas partagé avec lui le prix Nobel de médecine 1934, reçu par Whipple, Georges Minot et William Murphy pour leurs découvertes concernant l’utilisation thérapeutique du foie dans certains cas d’anémie.

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Jocelyn Bell-Burnell (1943-)– Jocelyn Bell-Burnell (1943-) Astrophysicienne britannique, elle est connue pour sa découverte du premier pulsar en 1967. C’est pourtant son directeur de thèse, Anthony Hewish, qui se vit décerner le prix Nobel de physique 1974. Ce fut par ailleurs la toute première distinction attribuée dans le domaine de l’astronomie.

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Marthe Gautier (1925-)– Marthe Gautier (1925-) Médecin française, elle travaille en 1958 auprès du Professeur Turpin à l’hôpital Trousseau, à Paris. Elle y étudie les syndromes polymalformatifs, notamment le syndrome de Down, et se penche sur la suggestion du Professeur Turpin sur le nombre de chromosomes chez les enfants atteints. Elle crée de toutes pièces un laboratoire artisanal et met en culture des cellules de patients atteints du syndrome de Down. Elle découvre chez ces enfants un chromosome surnuméraire : 47 au lieu de 46, c’est la trisomie 21. Mais ce sera Jérôme Lejeune, alors stagiaire du CNRS et assistant du Professeur Turpin, qui s’attribuera la paternité de cette découverte. En 1958, il présenta les clichés pris au laboratoire de Gautier lors d’un séminaire de génétique au Canada, en tant que premier auteur. Il recevra pour cela le prix Kennedy en 1962.

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Nettie Stevens (1821-1912)– Nettie Stevens (1821-1912) Généticienne américaine, elle fut à l’origine de la découverte en 1905 que le sexe de chaque individu est déterminé par des caractères chromosomiques XY. Une contribution phénoménale à la science génétique naissante. Mais ce sont ses mentors, Thomas Hunt Morgan et Edmund Beecher Wilson, que l’Histoire retiendra.

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Marietta Blau (1824-1970)– Marietta Blau (1824-1970) Physicienne autrichienne, elle a révolutionné les méthodes photographiques de détection de particules chargées avec une de ses étudiantes, Hertha Wabacher. Le prix Nobel sera pourtant attribué en 1950 à Cecil Powell.

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Marian Diamond (1926-)– Marian Diamond (1926-) Scientifique américaine à l’origine de la découverte de la plasticité neuronale. En publiant son papier en 1964, elle s’est aperçue que les noms de ses deux co-auteurs David Krech et Mark Rosenzweig avaient été placés devant son nom, qui plus est entre parenthèses. Alors qu’elle était première auteure de l’étude.

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Lise Meitner (1878-1968)– Lise Meitner (1878-1968) Physicienne autrichienne. Elle fut injustement ignorée au prix Nobel 1944, pour ses découvertes décisives sur la fission nucléaire. C’est son collègue Otto Hahn qui en fut récipiendaire.

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Chien-Shiung Wu (1912-1997)– Chien-Shiung Wu (1912-1997) Physicienne sino-américaine, elle est connue pour avoir participé dans les années 40 au projet Manhattan. Elle en ressorti avec une notoriété importante dans le domaine de la physique pratique, c’est pourquoi dans les années 50, elle fut approchée par Tsung-Dao Lee et Chen Ning Yang pour les aider à prouver la non-conservation de la parité dans les interactions faibles. Leurs travaux avancent alors de manière radicale. Pourtant, seuls Lee et Yang reçoivent pour ces travaux le prix Nobel de physique 1957.

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Hedy Lamarr (1914-2000)– Hedy Lamarr (1914-2000) Actrice et productrice de cinéma américaine, vous lui devez en partie votre réseau Wi-Fi. En effet, Hedy Lamarr a marqué l’histoire des télécommunications en inventant la « technique Lamarr », un système de codage des transmissions par étalement de spectre. Une technique toujours utilisée actuellement pour les liaisons chiffrées militaires, la téléphonie mobile ou le Wi-Fi. Elle ne fut décorée pour cette invention que rétroactivement, recevant en 1997 le prix de l’Electronic Frontier Foundation.

barre-mauveAu total, seules 48 femmes ont reçu le prix Nobel depuis la création en 1901 de l’honorifique distinction. Cela correspond à 3% des lauréats. Dans les sciences, comme dans les distinctions en général, les femmes ont encore une place à se faire.