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En Sicile, un village offre des maisons en espérant se repeupler

En Sicile, un village offre des maisons en espérant se repeuplerLa municipalité italienne de Cammarata, confrontée à une désertification massive, espère ainsi voir ses rues redevenir peu à peu animées.

Lutter contre la désertification, notamment dans les petits villages ruraux, peut s’avérer compliqué. Comment redonner envie à des citoyens de s’installer loin des grands axes et de l’attractivité des villes pour repeupler des contrées esseulées depuis des décennies ?  Comme en France, l’Italie cherche des solutions.

La municipalité sicilienne de Cammarata pense avoir trouvé un dénouement à sa crise de l’abandon : offrir certaines de ses maisons désertées à de futurs habitants. C’est la chaîne américaine CNN qui a révélé cet audacieux projet, dans un reportage repéré par Le Figaro.

Douze maisons à saisir en échange d’un projet de vie
Ce village, érigé à plus de 1500 m d’altitude dans les montagnes et éloigné par 60 km d’une route sinueuse de Palerme, la capitale de l’île italienne, avait dans un premier temps espéré offrir ces bâtisses en pierre pour la modique somme d’un euro. Mais les candidats ne s’étaient pas bousculés au portillon.

Le maire, Vincenzo Giambrone, espère que la gratuité pourra faire changer d’avis les plus hésitants. Et donner un coup de projecteur à son initiative. C’est ainsi qu’il met pour le moment 12 maisons sur le marché et espère en rajouter une centaine d’autres, si l’initiative porte ses fruits.

« Je ne supporte pas voir ce magnifique vieux centre historique se vider »
D’autres villages italiens, tels que Zungoli, près de Naples, et Sambuca, en Sicile, ont effectué des démarches similaires, souligne la chaîne.

« Je ne supporte pas de voir ce magnifique vieux centre historique se vider et se transformer en ruine », s’attriste l’édile de Cammarata auprès de CNN. Inquiet des risques d’effondrement, il fustige la fuite de propriétaires « inconscients », qui « ne se rendent pas compte des dommages qu’ils causent en abandonnant leurs habitations et en refusant de restaurer leurs vieilles maisons. »

Les nouveaux arrivants privilégiés
Certaines conditions entourent ce don. Il faudra tout d’abord investir quand même un peu : lors de la transaction, les intéressés doivent s’engager à rénover la maison tout entière dans les trois ans. Cet engagement sera assuré par le versement de 5000 euros, en guise de dépôt de garantie, que les investisseurs pourront récupérer une fois les travaux terminés.

Une prime de 1000 euros en cas de naissance
La mairie possède par ailleurs un droit de regard sur le projet de réfection et le validera, ou non. Mais tous type de projet, commerces, hôtel, habitation, lieu de spectacle, salle d’exposition … est encouragé. Les nouveaux arrivants et les jeunes couples seront favorisés parmi les porteurs de projet. Si un enfant naît dans la bâtisse, la famille pourra même se voir offrir une prime de 1000 euros.

Jose Augusto Manetta Ramos, un homme d’affaires italo-brésilien établi au Royaume-Uni se dit déjà intéressé par une maison, dans laquelle il se verrait passer le week-end, assure la CNN.

« Du gagnant-gagnant entre la mairie et les nouveaux habitants »
« Qu’est-ce que l’on a à perdre, puisque ces maisons sont abandonnées et tombent en ruine ?  C’est du gagnant-gagnant entre la mairie et les nouveaux habitants », commente auprès du Figaro Éric Allouche, directeur exécutif du réseau d’agences immobilières Era France. Mais il met en avant « la question de l’aménagement du territoire » : « C’est déjà méritant d’essayer d’attirer du monde en étant créatif, mais il faut que cela crée un tissu local pour pérenniser cette nouvelle dynamique territoriale ».

Les villages ruraux ne sont pas les seuls à souffrir de la désertification. En France, à Roubaix (Nord), c’est l’insalubrité des logements qui a suscité de nombreux départs.

Des maisons à 1 euro à Roubaix
En 2018, la municipalité, qui s’est inspirée de projets similaires entrepris à Liverpool, a proposé d’offrir certains de ces bâtiments pour un euro symbolique à ceux qui s’engageraient à les réhabiliter. L’opération n’avait eu qu’un succès relatif. Seuls 9 % de ceux qui avaient retiré un dossier à la mairie se sont portés candidats.

Ce dispositif pourrait néanmoins essaimer : la ville dit avoir été contactée par plusieurs municipalités intéressées.

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Le baby boom de l’an 2000 fait grimper le nombre d’inscrits sur les listes électorales

electeurL’Insee indique que 97% des adultes de moins de 30 ans sont inscrits sur une liste électorale française.

Dans une étude publiée ce mardi 7 mai, l’Insee (l’Institut national de la statistique et des études économiques) révèle que le nombre d’inscrits sur les listes électorales française est en augmentation.

En avril, 47,1 millions de personnes, soit 93% des Français en âge de voter, étaient inscrites sur les listes électorales, dont 1,3 million résidant hors de France et inscrites sur une liste consulaire. Du côté des adultes de moins de 30 ans, le pourcentage d’inscrits grimpe à 97%.

756.000 nouveaux électeurs en 2019
Cette augmentation des inscriptions est liée au baby boom de l’an 2000, explique l’Insee. Les bébé nés cette année là ont en effet atteint leur majorité en 2018 et peuvent désormais voter.

L’Insee précise ainsi que 756.000 jeunes nés entre le 1er avril 2000 et le 31 mars 2001 sont venus gonfler les rangs des électeurs français en ayant été inscrits d’office au début de l’année 2019 sur les listes électorales des communes dans lesquelles ils ont été recensés.

L’Institut note par ailleurs que 412.000 personnes ont récupéré leur capacité électorale à la suite de la promulgation, le 24 mars 2019, de la loi de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice ayant supprimé les tutelles privatives du droit de vote.

Pas sûr, cependant, que cette augmentation du nombre d’inscrits garantisse une forte participation aux prochaines élections européennes, qui se tiendront le 26 mais prochain. Pour l’instant, ce taux est estimé à environ 55%.

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Pauvreté : où se situent les Français par rapport à leurs voisins ?

pauvretéSelon l’Insee, la pauvreté monétaire touchait 13,6% de la population française en 2016. C’est le sixième taux le plus faible de l’Union européenne.

Il convient néanmoins d’analyser dans le même temps le taux de privation matérielle et sociale pour avoir une vision plus juste des inégalités de niveau de vie dans le continent.

Représentant 22% du PIB mondial, l’Union européenne s’affirme aujourd’hui comme la deuxième puissance économique du monde, derrière les États-Unis (24%). Cette performance ne saurait toutefois occulter les inégalités de niveau de vie persistantes entre les États-membres, avec d’un côté, les pays du Sud et de l’Est et de l’autre, les pays du Nord et de l’Ouest. Alors que certains n’hésitent pas à parler d’une Europe « en crise », ce tableau moins séduisant comptera sans doute parmi les principaux enjeux des élections européennes fin mai.

Pauvreté monétaire
En France, la pauvreté monétaire, qui mesure la proportion de personnes dont le niveau de vie est inférieur à 60% du revenu médian (20.624 euros en France), touchait en 2016 13,6% de la population, contre 17,3% au niveau de l’Union européenne (87 millions de personnes), selon l’Insee. L’Hexagone affiche ainsi le sixième taux de pauvreté monétaire le plus faible du bloc, en partie grâce à ses retraités qui sont relativement moins pauvres que chez nos voisins.

Dans l’UE, le taux de pauvreté monétaire oscille entre 10% de la population en République Tchèque et 25% en Roumanie. Mais les seuils de pauvreté pris en compte peuvent être très différents d’un pays à l’autre compte tenu des niveaux de vie médians particulièrement dispersés entre les États-membres. En effet, 60% du revenu médian en France n’est pas la même chose que 60% du revenu médian à Malte.

Le revenu médian français est par exemple quatre fois supérieur à celui de la Roumanie (4728 euros) et 25% inférieur à celui du Luxembourg (27.973 euros). Autrement dit, une personne considérée comme pauvre au Luxembourg pourrait potentiellement être très riche en Roumanie. C’est en ce sens que le taux de pauvreté monétaire manque de pertinence.

Privation matérielle et sociale
Pour comparer les niveaux de vie entre les pays de l’Union européenne, l’approche par le taux de pauvreté monétaire, qui n’est qu’une approche relative, se révèle donc limitée. Pour affiner son analyse, l’Insee s’appuie sur un outil complémentaire : le taux de privation matérielle et sociale.

Grâce à un questionnaire unifié fourni aux 28 États-membres, cet indicateur mesure la proportion de personnes se déclarant « incapables de couvrir les dépenses liées à au moins cinq éléments de la vie courante considérés comme souhaitables, voire nécessaires, pour avoir un niveau de vie acceptable ».

15,7% de la population de l’UE, soit 78 millions de personnes, indique ainsi éprouver des difficultés dans au moins cinq postes de dépenses (logement, habillement, de loisirs, etc.) sur 13 et est donc considérée en situation de privation matérielle et sociale. Là encore, des écarts importants subsistent. La pauvreté matérielle et sociale touche notamment 3% de la population en Suède, contre 50% en Roumanie. Elle est de 9% en Allemagne et de 13% au Royaume-Uni.

Contrairement au taux de pauvreté monétaire, cet outil se base davantage sur un ressenti mais a le mérite d’être plus juste pour analyser la pauvreté en Europe en écartant de son champ d’application les écarts de niveaux de vie entre pays.

infographie pauvrete 1Le taux de privation matérielle est en outre généralement plus fortement corrélé au niveau de vie médian. De fait, six des sept pays dont le niveau de vie médian est inférieur à 10.000 SPA (standard pouvoir d’achat) ont un taux de privation supérieur à 24% quand tous les pays (à l’exception de l’Irlande) dont le niveau de vie médian est supérieur à 17.000 SPA, soit 12 pays sur 28, ont un taux de privation inférieur à 15%.

Quid de la France ?
En France, 12,7% de la population se dit en situation de privation matérielle et sociale. L’Hexagone se situe seulement au niveau de la médiane européenne. Au sein de l’Europe du Nord et de l’Ouest, il affiche le quatrième taux de privation le plus élevé.

Parmi les plus grandes difficultés financières éprouvées par les Français, 32,8% des individus (31,9% en Europe du Nord et de l’Ouest) en situation de privation matérielle et sociale disent ne pas pouvoir faire face à des dépenses inattendues, 24% (23,4% en Europe du Nord et de l’Ouest) ne pas pouvoir s’offrir une semaine de vacances hors de son domicile et 23,7% (20,4% en Europe du Nord et de l’Ouest) ne pas pouvoir remplacer des meubles hors d’usage.

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Paradoxalement, si les retraités français enregistrent le taux de pauvreté monétaire le plus faible de l’Union européenne, ils affichent le taux de privation matérielle et sociale le plus élevé des pays d’Europe du Nord et de l’Ouest (9%).

Évolution de la pauvreté
Au total, un Français sur cinq est concerné par une des deux formes de pauvreté, contre moins de 15% de la population en Finlande et près de la moitié en Bulgarie et en Roumanie. 5,5% des Français cumulent par ailleurs pauvreté monétaire et pauvreté matérielle et sociale.

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Étonnamment, les deux taux de pauvreté n’évoluent pas toujours dans le même sens. En France, le taux de privation matérielle a baissé de manière continue entre 2009 et 2016 alors que le taux de pauvreté monétaire a augmenté en 2009, avant de se stabiliser. Les raisons de cette évolution contrastée « sont mal connues », souligne l’Insee, ajoutant que « cela pourrait s’expliquer entre autres, par la part subjective de l’autoévaluation des conditions de vie et le fait que les ménages auraient tendance à adapter leurs appréciations en temps de difficulté ».

Au niveau européen, cette même divergence a été observée à partir de 2013. Celle-ci pourrait s’expliquer « par le redressement du niveau de vie médian dans plusieurs pays améliorant les conditions de vie mais relevant mécaniquement le seuil de pauvreté monétaire », précise l’Institut de la statistique.

Les chômeurs et les familles monoparentales sont les plus touchés
Sans surprise, les chômeurs sont environ quatre fois plus touchés par les deux types de pauvreté que les actifs occupés. Sur ce point, la France fait partie des mauvais élèves avec un taux de chômage au sens du BIT de 9,4% en 2017, soit le sixième taux le plus élevé de l’Union européenne.

Plus largement, c’est la main-d’œuvre sous-utilisée regroupant à la fois les individus sans emploi mais souhaitant travailler et les individus en emploi à temps partiel souhaitant accroître leur temps de travail qui est concernée par la pauvreté. Cette sous-utilisation de la main d’œuvre, plus fréquente chez les femmes et les non-diplômés, représente 15% de la population de l’Union européenne et 17,7% en France. Enfin, les familles monoparentales sont trois fois plus touchées que les couples sans enfants par la pauvreté dans l’Union européenne.

Insatisfaction
À noter que la part des personnes insatisfaites dans leur vie est la plus forte dans les pays où les taux de pauvreté monétaire et de privation matérielle et sociale sont les plus élevés. Mais la corrélation est encore plus prononcée avec ce dernier indicateur. Cela signifie que les européens déterminent davantage leur satisfaction par leurs conditions d’existence que par leur propre niveau de vie.

En France, près de 19% de la population déclarent avoir une faible satisfaction de leur vie, contre 21% dans l’Union européenne. Les Pays-Bas affichent le taux le plus faible (6%), à l’inverse de la Bulgarie (60%).

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L’histoire américaine ne doit plus passer sous silence la barbarie des femmes

They Were Her Property White Women as Slave Owners in the American SouthL’historienne Stephanie E. Jones-Rogers ouvre son excellent dernier livre, They Were Her Property : White Women as Slave Owners in the American South («Ils étaient sa propriété : les femmes blanches esclavagistes dans le Sud américain») par l’histoire de Martha Gibbs, propriétaire d’une scierie dans le Mississippi, qui possédait également «un nombre important d’esclaves».

L’un d’eux, Litt Young, décrivait sa propriétaire comme une femme qui exerçait un contrôle total sur ses affaires financières, y compris dans la gestion de ses esclaves. Young se souvenait aussi, par exemple, de la manière dont le deuxième mari de Gibbs avait tenté en vain de la convaincre d’arrêter d’ordonner à son contremaître d’administrer «des coups de fouet brutaux».

Après la défaite des Confédérés, Gibbs «partit se réfugier»: elle emmena avec elle au Texas une partie de ses esclaves, sous la menace d’une arme à feu, et les força à travailler pour elle jusqu’en 1866 «un an après, ces personnes légalement libres mais encore esclaves de facto “lui donnaient sa première récolte”. Puis, écrit Stephanie E. Jones-Rogers, Martha Gibbs les laissa partir.»

Bien plus que des témoins innocents
Écrits dans les années 1970 et 1980 par des spécialistes de l’histoire des femmes, les premiers livres traitant des femmes esclavagistes s’intéressaient généralement aux riches femmes du Sud qui avaient pris ce rôle à la mort de leur mari ou de leur père. Les femmes de ces ouvrages étaient dépeintes comme ayant un dilemme par rapport à leur rôle d’esclavagiste.

Certaines historiennes ou historiens supposaient d’ailleurs que les maîtresses de ces plantations étaient elles-mêmes contraintes et opprimées par la société patriarcale sudiste. D’après ces versions de l’histoire, les femmes qui possédaient des esclaves ne s’impliquaient pas personnellement dans la gestion quotidienne des esclaves, et elles s’occupaient encore moins d’en acheter ou de les vendre.

Au sein d’un mariage, le fait de posséder ses propres esclaves pouvait permettre à une femme de garder une certaine indépendance. Ce sont précisément ces suppositions au sujet du côté passif et plein de remords des femmes esclavagistes que Stephanie E. Jones-Rogers remet en cause dans son livre et avec elles, l’idée que les femmes blanches n’étaient que les témoins innocents de l’esclavagisme des hommes blancs. Son but,   expliqué par téléphone, était de montrer comment les femmes blanches avaient profité économiquement de la possession d’esclaves.

L’esclavage permit à certaines femmes de trouver un mari. Au sein d’un mariage, le fait de posséder ses propres esclaves pouvait permettre à une femme comme Martha Gibbs de garder une certaine indépendance. Et si le mari venait à mourir, ou à être mauvais en affaires, la femme pouvait trouver un moyen de conserver les «propriétés humaines», ce qui lui offrait la possibilité d’assurer sa sécurité matérielle.

Propriétaires au même titre que les hommes
Stephanie E. Jones-Rogers a commencé à changer de point de vue en se détournant des lettres et carnets intimes des femmes de l’élite, qui constituaient l’essentiel de la base documentaire d’autrefois, pour leur préférer les témoignages des personnes qui avaient été asservies.

En analysant les récits des anciens esclaves rassemblés durant la Grande Dépression par la Works Progress Administration (WPA), le récit de Litt Young en faisait partie, l’historienne a trouvé de multiples témoins qui donnaient les noms des femmes qui les avaient possédés et qui n’étaient pas simplement des «maîtresses», mais de véritables propriétaires, avec tout ce que cela impliquait.

Elle a aussi découvert des récits montrant que ces femmes «insistaient sur leurs revendications à la propriété lors de conversations avec les esclaves ou en leur présence» et qu’elles «contestaient le droit accordé aux hommes de contrôler leurs propriétés, qu’il s’agisse d’esclaves ou autres».

En examinant d’autres types de documents, Stephanie E. Jones-Rogers s’est aperçue que l’on trouvait des cas de femmes propriétaires d’esclaves dans toutes les archives de l’esclavage aux États-Unis: dans les annonces passées dans les journaux lorsque des esclaves s’enfuyaient, où elles s’identifiaient comme les propriétaires des fugitifs, parmi les bénéficiaires d’indemnisations, lorsque leurs esclaves, accusés d’avoir fomenté une insurrection, avaient été exécutés ou revendus, ou dans la liste des personnes dédommagées par les villes qui réquisitionnaient des esclaves pour effectuer des travaux publics.

Les femmes mariées, qui selon la doctrine juridique de la couverture n’avaient habituellement plus le droit de posséder des biens une fois qu’elles avaient un époux, intentaient des actions en justice afin de conserver leurs droits économiques sur les esclaves qu’elles détenaient avant leur mariage. Et les juges accédaient souvent à leurs requêtes.

Cruauté envers les mères et leurs enfants
Les témoignages de la WPA montrent que du point de vue des esclaves, les femmes esclavagistes n’étaient pas très différentes de leurs homologues masculins. Beaucoup d’entre elles étaient tout aussi cruelles que les hommes, et elles n’hésitaient pas à prendre la décision de «revendre» leurs esclaves ou les membres de leur famille.

Plusieurs récits montrent clairement que les femmes du Sud qui possédaient des esclaves n’étaient pas, comme on le pense parfois, de douces «mères» faisant au mieux dans une situation difficile. Elles n’hésitaient pas à fouetter leurs esclaves avec des orties ou à donner de la viande pourrie aux enfants esclaves.

Stephanie E. Jones-Rogers consacre également tout un chapitre à l’horrible pratique qui consistait à séparer les femmes esclaves de leur nouveau-né, afin qu’elles puissent servir de nourrices et allaiter les enfants de leur maîtresse. «Si l’on observe attentivement la manière dont les femmes traitaient leurs esclaves, il ressort qu’elles différaient très peu des hommes esclavagistes et qu’elles traitaient très rarement leurs esclaves comme leurs enfants», écrit Stephanie E. Jones-Rogers.

«En repensant au chapitre sur les nourrices allaitantes, j’ai fait le rapprochement avec la politique de séparation des femmes sans papiers et de leurs enfants mise en place par Donald Trump, explique Stephanie E. Jones-Rogers. J’ai lu une interview d’un couple de Blancs du Texas, dans une région proche de la frontière. Les journalistes ont interrogé la femme et lui ont demandé comment elle se sentirait s’il s’agissait de ses enfants. Et elle a répondu, en gros, que “ça ne pourrait pas être ses enfants”.» «Elles pensaient que les relations avec leurs enfants n’avaient absolument aucun point commun avec celles de leurs esclaves.»

La propriétaire d’esclaves qui a obligé la mère de T.W. Cotton, interviewé par la WPA, à allaiter son propre enfant, forçant le petit Cotton à se nourrir «de lait animal ou de bouillie en biberon, pratique dangereuse que de nombreux médecins déconseillaient fortement à cette époque», comme l’écrit Jones-Rogers, ne considérait probablement pas cette séparation comme étant difficile émotionnellement et physiquement, tant pour la mère que pour l’enfant.

«Lorsque les esclavagistes séparaient les mères esclaves de leurs enfants, elles ne s’imaginaient pas dans une situation identique, soutient Jones-Rogers. Elles se considéraient comme très différentes des femmes à leur service et pensaient que les relations avec leurs enfants n’avaient absolument aucun point commun avec celles de leurs esclaves.»

En finir avec l’historiographie de la surprise
Le fait que des femmes blanches soient capables d’infliger des violences et de manipuler avec cruauté la vie d’autres personnes, ce que Stephanie E. Jones-Rogers a qualifié dans notre conversation de «malfaisance et ignominie», ne cesse de stupéfier certaines personnes qui, soyons honnêtes, sont sans doute principalement blanches.

Ce qui explique pourquoi on peut encore lire des articles étonnés sur l’«étrange phénomène» des femmes blanches au sein de l’extrême droite américaine ou qui participent aux manifestations «Unite the Right». Nous devons également rappeler encore et encore que les femmes blanches assistaient avec plaisir aux lynchages, s’enrôlaient par milliers pour former une organisation auxiliaire du Ku Klux Klan et protestaient férocement contre l’intégration de la population noire dans les établissements scolaires, tant dans le Sud que dans le Nord.

L’histoire de la relation entre les femmes esclavagistes et l’esclavage, explique Jones-Rogers, devrait «mettre un terme à cette surprise». «Si vous pensez à la valeur, à l’importance d’être blanc dans leur vie, le fait que ce soit une source de pouvoir, que cela leur donne un poids politique, une influence, alors ces petits détails qui ponctuent l’histoire ont un sens, affirme-t-elle. Les femmes n’ont rien à envier aux hommes quand il s’agit de violence.»

Peut-être est-ce un travers particulièrement américain de vouloir croire que les femmes blanches ne sont pas coupables des cruautés de l’histoire américaine. Stephanie E. Jones-Rogers raconte que lorsqu’elle présentait son travail à des universitaires européens, ils ne montraient aucune surprise en découvrant son contenu : «Il existait une sorte de consensus entre eux sur le fait que les femmes étaient tout à fait capables de commettre de tels actes. Mais lorsque j’en ai parlé à des historiens et des universitaires américains, tous ont exprimé leur stupéfaction.»

furie hitlerPendant qu’elle rédigeait son livre, Stephanie E. Jones-Rogers a lu Les furies de Hitler, l’ouvrage de Wendy Lower sur la participation des femmes nazies dans le génocide sur le front de l’Est durant la Seconde Guerre mondiale.

«Wendy Lower soutient, entre autres, que la raison pour laquelle nous sommes choqués est que nous nous raccrochons à l’espoir qu’au moins la moitié de l’humanité n’est pas complètement mauvaise, résume Jones-Rogers. Nous devons avoir un peu d’humanité pour ressentir cette empathie naturelle, inhérente. Lorsque l’on découvre que les femmes peuvent être aussi vicieuses et atroces, ça fait perdre tout espoir, parce qui nous reste-t-il d’autre ?»

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Plus de 1 200 violations de données personnelles enregistrées par la CNIL

rgpdL’entrée en vigueur du RGPD a permis de constater les progrès à réaliser par les sites français en matière de protection des données personnelles.

Car la CNIL a révélé que, depuis le mois de mai, elle avait reçu plus de 1 200 signalements de violations de ces informations.

Le RGPD, introduit au mois de mai dernier, a imposé plusieurs contraintes à toute organisation possédant des informations sur les utilisateurs. Parmi celles-ci, l’obligation de signaler à la CNIL (en France) toute violation des données personnelles, dans un délai de 72 heures, sous peine de se voir infliger une lourde amende.

Plus d’un Français sur deux touché
Vu le risque encouru, plusieurs entreprises et institutions se sont résolues à jouer le jeu. Et les résultats ne se sont pas fait attendre : en moins de huit mois, la CNIL a reçu entre 1 200 et 1 300 signalements de violations des données personnelles.

L’organisme de contrôle n’a pas donné davantage de détails sur ce chiffre, mais d’après le site 01net, plus de 40 millions de Français ont pu être concernés, soit une large majorité de la population du pays. Et encore, il est probable que le chiffre réel soit bien supérieur, dans la mesure où tous les acteurs du web n’ont pas forcément conscience de ces incidents ou de l’obligation de les notifier à la CNIL.

Aider les organisations à lutter contre les actes malveillants
Selon toute vraisemblance, il s’agit, dans la majorité de cas, de conséquences d’actes de piratage. Les données personnelles de nombreux utilisateurs se retrouvent en effet souvent sur le dark web, avec parfois une quantité de détails effrayante.

Pour l’heure, la CNIL n’entend pas sanctionner les organisations à l’origine de ces signalements. Elle préfère s’inscrire dans une démarche d’accompagnement, pour vérifier les mesures prises, à la fois à court et long terme.

Vu les chiffres publiés par l’organisme, un tel coup de main ne sera certainement pas inutile pour les entreprises et institutions concernées.

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Les recettes de la Suède pour soigner mieux et pas plus cher

suéde soin medicauxUrgences saturées, pénurie de médecins : ces contraintes ont poussé l’Etat providence à innover pour mieux soigner, avec des moyens identiques.

Renvoyer les patients chez eux au plus vite. Maria Taranger, qui dirige les urgences gériatriques de l’immense hôpital de Sahlgrenska, à Göteborg, deuxième ville de Suède, en a fait son cheval de bataille. Cette blonde pétulante a lancé une vaste réorganisation visant à réduire la durée des hospitalisations, coûteuses et, surtout, dangereuses.

A l’hôpital, les patients âgés risquent des infections et perdent en mobilité et en autonomie. « Médicalement, je me sens plus rassurée lorsqu’un patient quitte l’hôpital », admet-elle. Maria Taranger préfère les bichonner à domicile grâce aux économies réalisées : « Un séjour de huit jours à l’hôpital permet de financer 106 visites par une infirmière, trente-huit jours dans une maison de repos et 56 visites chez un généraliste », relève-t-elle.

Son service des urgences a même créé, en 2016, des « équipes mobiles » formées d’un infirmier et d’un médecin, qui se rendent au domicile des patients jugés fragiles dans les jours suivant l’hospitalisation. Son coéquipier, Max, infirmier, embraie : « On se rend compte de l’état du patient dans sa vie réelle. Sur leur lit, tous les patients se ressemblent. Chez eux, certains se révèlent plus actifs qu’on imaginait ou, à l’inverse, plus fragiles ». Ces équipes mixtes ont aussi plus de temps qu’un généraliste à consacrer à ces malades délicats : « Nous voyons cinq patients par jour, un généraliste en voit 20. »

Comme en France, L’État providence suédois offre à sa population une couverture santé généreuse. Les deux pays font d’ailleurs partie des plus dépensiers, avec un bon accès aux soins. Mais, comme dans l’Hexagone, le système suédois est sous pression. « Nous avons une population qui vieillit, des urgences saturées, un taux d’occupation des lits de 105 %, des ressources financières limitées et une pénurie de médecins », résume Maria Taranger.

Ces contraintes ont un côté salutaire : elles ont poussé les Suédois à multiplier les innovations afin de mieux soigner avec des ressources financières identiques et face à des besoins qui explosent. En appliquant la méthode nordique du consensus : « Les huit partis politiques ont soutenu notre stratégie, votée au Parlement régional », explique Tobias Nilsson, directeur de la stratégie santé de la région de Göteborg.

Rentable télémédecine
Avec ses régions du Nord faiblement peuplées et ensevelies sous la neige pendant les longs mois d’hiver, la Suède s’est lancée notamment dans la télémédecine. A Göteborg, le dermatologue John Paoli a ainsi développé une application permettant aux généralistes d’obtenir, par une simple photo faite sur smartphone, le diagnostic du dermatologue hospitalier sur la dangerosité d’un vilain grain de beauté.

Son invention, qui a reçu le prix de l’innovation suédoise en 2013, a déjà été adoptée par 20 centres de santé régionaux. Testée sur deux groupes de quelque 800 patients, elle a permis une prise en charge bien plus rapide des cas de mélanomes (neuf jours au lieu de trente-cinq), évitant 20 % de visites inutiles à l’hôpital. Un gain de 10 millions d’euros pour la collectivité.

Contrat patient-hôpital
Autre recette dont pourrait s’inspirer la médecine française : le Person Centered Care, le soin centré sur la personne. « J’étais très sceptique quand les chercheurs de l’Université de Göteborg m’ont proposé d’adopter cette méthode », admet le docteur Jerzy Kaszyncki, le chef du département gastro-entérologie.

En 2011, il accepte le projet. « Le principe général est de voir dans un patient non pas un malade mais une personne, qui devient acteur de santé », dit-il. Après deux jours de remue-méninges, un groupe de six médecins et neuf infirmières a élaboré une nouvelle façon d’accueillir les malades. « Dans les 24 heures suivant son arrivée, chaque patient passe un entretien. Nous lui demandons pourquoi il se trouve là et quelles sont ses attentes. »

Un document, court et intelligible, formalise le « contrat » passé entre l’hôpital et le malade, et indique le jour de sa sortie. « Les patients sont invités à participer à la planification de leur traitement, quand les symptômes baissent un peu », précise le professeur Mats Gustafsson, du département psychiatrie.

L’amélioration, qualitative et financière, est évidente : taux de satisfaction en nette hausse et durée d’hospitalisation réduite de 25 % en six ans. Avec d’importantes économies à la clé. Un sujet dont les médecins suédois parlent sans complexe : « Ne pas être attentif aux coûts revient à priver la collectivité de ressources pour une autre branche de la médecine, souligne Maria Taranger. Pour nous, il est tout à fait éthique de parler d’argent. »

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Nouveau classement annuel du taux de démocratie dans le monde

taux de démocratieLe magazine britannique, qui a dévoilé son nouveau classement annuel du taux de démocratie dans le monde, place toujours la France à la 29e position et la classe dans le groupe des démocraties « imparfaites ».

Bonne nouvelle pour le monde : le taux de démocratie se stabilise en 2018, alors qu’il ne faisait que régresser ces dernières années. Toutefois, l’Europe voit son niveau de démocratie reculer peu à peu, malgré le leadership avéré des pays scandinaves. Ce constat est dressé par la 11e édition du classement des démocraties, réalisé annuellement par le magazine britannique The Economist.

Pour ce faire, The Economist Intelligence Unit attribue à chaque pays une note, dite indice de démocratie, allant jusqu’à 10. Elle est calculée à partir de cinq catégories comprenant les processus électoraux et le pluralisme, les libertés civiles, le fonctionnement du gouvernement, la participation politique et la culture politique des pays. À partir de ces indices, les pays sont classés en 4 systèmes : les «vraies» démocraties, les démocraties «imparfaites», les régimes hybrides puis les régimes autoritaires. Cette année, seulement 20 territoires sur 167 sont considérés comme des démocraties totales, qui ne concentrent que 4,5% de la population mondiale. Sans surprise, les pays nordiques domptent le classement. À sa tête figurent la Norvège, l’Islande, la Suède, la Nouvelle-Zélande et le Danemark.

Le rapport du magazine semble affirmer que la démocratie en Europe de l’Ouest diminue et parle même de «malaise démocratique». Avec une baisse de quelques centièmes, l’Europe occidentale obtient une note de 8,35 alors qu’en 2017, elle s’élevait à 8,38. Cette légère régression peut paraître insignifiante. Cependant, les pays d’Europe, à l’exception des pays nordiques, ne s’en sortent pas si bien. Trois États ont chuté : l’Italie, l’Autriche (de la 15e à la 16e place), et la Turquie (de la 100 à la 110e), que The Economist intègre à l’Europe dans son classement. L’Italie, gouvernée par une coalition populiste, passe de la 21e place à la 33e place. Selon les experts du rapport, toutes les mesures prises par la Ligue, parti d’extrême droite de Matteo Salvini, et sa «rhétorique anti-étrangers» contribuent «au risque de détérioration des libertés civiles». L’Autriche perd en grade pour des raisons similaires: son parti extrémiste et anti-immigrés, le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ), en serait l’origine selon le rapport. La Turquie d’Erdogan demeure associée aux régimes hybrides et ne cesse de décroître depuis 6 ans. Alors que la France séjourne à la 29e position, elle demeure toujours dans le groupe des démocraties «imparfaites», avec une note assez basse pour la catégorie «culture politique». Un groupe dont il est difficile de se détacher pour plusieurs pays européens à l’image du Portugal, de la Belgique, de la Grèce ou encore de Chypre.

La Corée du Nord, lanterne rouge du classement
Les États-Unis, mieux positionnés que la France avec la 25e place, sont eux aussi bloqués au statut de démocratie «imparfaite». Malgré son retard sur le continent nord-américain, l’Asie enregistre la meilleure progression depuis 2006. La Chine a par exemple gagné 9 places et se positionne maintenant au 130e rang. Du côté de l’Amérique latine, deux pays ont vu leur réputation d’état possiblement démocratique s’écrouler: le Nicaragua et le Venezuela. En perdant 17 places chacun, le Nicaragua atterrit à la 122e place et rejoint le Venezuela dans le groupe des régimes autoritaires. Le rapport explique cette descente par la crise politique «la plus déstabilisante» traversée par le pays de Daniel Ortega. Ce classement est bouclé par des régimes dictatoriaux dont le Tchad, la République Centrafricaine, la République Démocratique du Congo, la Syrie et la lanterne rouge du classement : le régime autoritaire de Corée du Nord qui finit 167e.

Ce classement annuel est également l’occasion d’étudier la participation politique des populations. Une hausse des votes a été ressentie mondialement. Très forte dans les continents africain et asiatique, elle a contribué à la fine amélioration des deux régions au niveau démocratique.