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Une nouvelle licence IV, la recette du gouvernement pour faire renaître la France des bistrots

licence IVDe 200.000 en 1960, le nombre de cafés et bars a chuté à 35.000 dans les années 2010. Mais avec la création de nouvelles licences IV, le gouvernement entend redynamiser les centres-villes sinistrés.

Est-ce la renaissance de la France des bistrots ?   Le gouvernement le souhaite en tout cas. Présentée en septembre dernier par Édouard Philippe, le stratégie revitalisation des communes rurales contient un volet dédié aux bars et bistrots. Chapeauté par le groupe d’économie solidaire SOS, ce projet vise notamment à créer 1000 nouvelles licences IV dans les communes de moins de 3500 habitants dans les prochains mois.

« Le café du village, autrefois lieu de rencontre central pour les habitants, a souvent disparu », reconnaît Jean-Marc Borello, le président de Groupe SOS qui veut recréer ces lieux de vie dans des communes rurales en souffrance. « L’idée n’est pas originale, tout le monde en parle depuis longtemps mais ce qui l’est, c’est que nous avons décidé de tenter le coup. »

Un millier de nouvelles licences IV un peu particulières puisqu’elles appartiendront aux mairies dans lesquelles les cafés seront ouverts. Autrement dit, si les patrons des bars veulent fermer leur établissement, ils ne pourront pas céder leur licence à un exploitant extérieur à la commune. Cette pratique a participé à la paupérisation des centres-villes, les patrons de bistrot partant à la retraite préférant vendre leur licence à un exploitant extérieur à la ville pour y ouvrir bars et bistrots en périphérie. Ce ne sera plus le cas avec ces nouvelles licences IV qui permettront des créer de nouveaux bars appelés à devenir « des lieux de vie pour les acteurs associatifs locaux, lieux de programmation culturelle, relais de mobilité et points d’accompagnement et de convivialité pour les seniors », précise Jean-Marc Borello.

McDo et Starbucks ont tué les bistrots ?
Car si l’on parle souvent de la fermeture de certains services publics dans les petites villes, celles des bars a aussi fortement contribué à les appauvrir. Et le chiffre est impressionnant : la France comptait en 1960 pas moins de 200.000 bars et bistrots, elle n’en compte plus que 35.000, soit près de six fois moins alors que dans le même temps la population a elle progressé de 45%.

Comment expliquer une telle chute ?   D’abord il y a la consommation d’alcool qui est en chute constante depuis plusieurs décennies. Le Français âgé de 15 ans et plus consommait en moyenne 26 litres d’alcool par an dans les années 60. C’était plus du double en comparaison des 11,7 litres ingurgités en moyenne en 2017.

« Les alcools se vendent de moins en moins c’est certain », observe Marcel Benezet, en charge des cafés, bars et brasseries au sein du Groupement national des indépendants (GNI). « Par exemple qui boit encore du pastis aujourd’hui à part dans le sud de la France lors des fêtes votives ? »

Des Français moins buveurs d’alcool et qui ont adopté de nouveaux modes de consommation. Plus de bières et moins d’alcools forts, davantage à domicile que dans des établissements extérieurs. « Surtout avec l’arrivée massive des McDonald’s et Starbucks, cela a été l’hécatombe », reconnaît Marcel Benezet. « D’autant qu’aujourd’hui il y a de plus en plus de lieux festifs dans les grandes villes pour consommer comme sur les bords de Seine par exemple. Et dans les petites villes, il n’y a plus rien. On l’a vu pendant la crise des gilets jaunes, les ronds-points sont en quelque sorte devenus les bistrots de quartier. »

De nouvelles habitudes de consommation et une réglementation contraignante qui encadre les débits de boissons. Comme la fameuse Licence IV, dite « grande licence ». Créée en 1941 sous le régime de Vichy, cette dernière est obligatoire pour ceux qui souhaitent ouvrir un établissement qui vend des alcools forts comme le rhum, le whisky ou la tequila. Or pour en obtenir une, il faut d’abord passer un permis d’exploitation, soit une formation de quelques jours au cours de laquelle les aspirants bistrotiers sont sensibilisés aux danger de l’alcoolisme. Ensuite, il faut acquérir une licence IV déjà existante. Car à la différence des autres licences comme la III par exemple, il est impossible d’en créer de nouvelles.

20.000 euros pour une licence IV à Paris
Pour l’acheter, ces licences se vendent généralement dans les réseaux dits CHR pour cafés, hôtels et restaurants mais aussi de plus en plus sur Internet sur des sites comme Le Bon Coin. Si les tarifs varient d’une région à l’autre (on trouve les plus coûteuses sur la Côte d’Azur ou à Paris), elles coûtent aux alentours de 15-20.000 euros.

« Avant cela pouvait monter plus haut, aux alentours de 30.000 euros », se rappelle Marcel Benezet. « Mais maintenant les licences sont régionales, c’est-à-dire que je peux acheter ma licence dans le Gard et l’exploiter à Montpellier, ce qui a fait baisser les prix. »

Et à défaut de pouvoir les vendre, certains propriétaires de licences IV préfèrent les louer. Pour 350 euros par mois en moyenne, vous pouvez ainsi apposer une licence IV dans votre bar. Si certains détenteurs préfèrent cette option, c’est qu’ils craignent de la voir disparaître. Une licence non-exploitée disparaît en effet au bout de cinq ans (contre deux ans avant 2015). C’est ce qui explique pourquoi leur nombre s’est fortement réduit ces dernières décennies.

La licence III est-elle plus intéressante ?
D’autant qu’aujourd’hui, ceux qui veulent ouvrir des débits de boisson préfèrent opter pour une licence III. Plus facile à obtenir, cette licence qui s’est élargie en 2016 permet de vendre tout type de boisson comme la bière ou le vin mais aussi des alcools forts à condition cependant qu’ils soient servis avec un repas complet. Un établissement avec licence III ne pourra par exemple pas vous servir un whisky seul comme un bar mais il pourra le faire si vous consommez une entrée et un plat. « C’est parce que cette licence est plus facile d’accès qu’on voit de plus en plus de bars à vin et à bière notamment dans les villes », explique Marcel Benezet.

La création de 1000 nouvelles licences IV va-t-il inverser la tendance de désaffection des Français pour leurs bistrots ?   « C’est déjà le cas », observe le spécialiste. « Le nombre de licence IV s’est stabilisée depuis quelques années et on assiste à un retour des Français vers leurs bars et leurs bistrots. » Un phénomène de retour à une authenticité perdue dans les grandes villes où les bistrots attirent une clientèle plus jeune. Le phénomène gagnera-t-il les zones rurales sinistrées ?  Il faudra certainement plus qu’un millier de nouvelles licences pour ça.

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Boris Johnson appelle à des élections générales le 12 décembre

Boris JohnsonLe Premier ministre avait menacé les parlementaires britanniques de demander des élections s’ils rejetaient son calendrier sur l’accord sur le Brexit, obtenu à Bruxelles le 17 octobre.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a appelé jeudi à la tenue d’élections générales le 12 décembre, un scrutin qui doit encore recevoir le soutien de l’opposition travailliste, dans un entretien à la BBC.

Si le Parlement « veut plus de temps pour étudier » l’accord de Brexit qu’il a conclu avec Bruxelles, « ils (les députés, ndlr) peuvent l’avoir mais ils doivent approuver des élections générales le 12 décembre », a-t-il déclaré à une semaine de la date prévue pour la sortie de l’UE, le 31 octobre prochain.

Une lettre écrite à Jeremy Corbyn
Pour que ces élections puissent avoir lieu, Boris Johnson doit obtenir l’accord des deux tiers des députés britanniques. Or, le parti travailliste et son leader, Jeremy Corbyn, se sont dits opposés à leur tenue tant qu’une sortie de l’Union européenne avec un accord n’est pas garantie.

Le Premier ministre a ainsi tweeté ce jeudi soir une lettre écrite à Jeremy Corbyn, dans laquelle il demande au leader de l’opposition de soutenir la tenue de ces élections générales le 12 décembre.

« Si vous vous engagez à voter en faveur d’une élection la semaine prochaine (…) alors nous rendrons possibles des discussions et un vote sur le Withdrawal Agreement Bill (l’accord sur le Brexit obtenu à Bruxelles le 17 octobre, NDLR) », écrit Boris Johnson, qui ajoute que cela donner une chance au « Brexit d’être acté avant les élections ».

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Les députés reportent leur décision sur l’accord de Brexit

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Les députés britanniques ont adopté un amendement controversé qui impose à Boris Johnson de réclamer à l’Europe un nouveau délai pour le Brexit. Le Premier ministre va repousser son vote à la semaine prochaine.

Nouveau rebondissement dans le dossier du Brexit. Alors qu’une majorité favorable à Boris Johnson semblait se dessiner à la chambre des députés britannique, ce samedi, le vote de l’accord négocié entre Londres et Bruxelles a subi un nouveau coup dur.

Ce n’est pas le choix du gouvernement mais bien celui des députés qui ont adopté, à une faible majorité (332 voix contre 306), un amendement du conservateur Oliver Letwin. Celui-ci contraint le Parlement à ne pas adopter l’accord, tant que les procédures législatives complexes qui doivent aboutir à une sortie ordonnée n’ont pas abouti.

Vers un report à la semaine prochaine
Concrètement, il s’agissait de combler une faille juridique de la loi Benn, celle qui oblige Boris Johnson à réclamer un nouveau délai à l’Europe si aucun accord n’est voté. Or, une adoption de l’accord, ce samedi, aurait rendu cette loi caduque et Oliver Letwin craignait que la procédure puisse finalement dérailler la semaine prochaine, lors des procédures législatives. Et aboutir finalement à un « no deal » au 31 octobre.

Une subtilité juridique et technique qui impose donc, en théorie, à Boris Johnson de demander un nouveau délai, faute de temps pour faire adopter l’accord d’ici le 31 janvier. Ce dernier, qui subit un revers sévère, a néanmoins rappelé qu’il refuserait de demander un nouveau délai, juste après le vote de l’amendement.

Sortie encore possible au 31 octobre ?
Selon les médias britanniques, l’exécutif va reporter le vote à mardi prochain. Il aurait pu le maintenir à samedi soir mais son adoption n’aurait été que relative et le contenu aurait pu être largement amendé lors des prochaines séances. En reportant le vote, le Premier ministre espère ainsi faire monter la pression autour des indécis, et notamment des députés travaillistes, élus dans des circonscriptions où le Brexit est populaire.

Cette décision n’enterre pas forcément la possibilité d’une sortie au 31 octobre mais la rend très compliquée car le temps risque de manquer pour y aboutir.

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Londres et Bruxelles s’appellent à des compromis sur le Brexit

FILES-BRITAIN-EU-POLITICS-BREXITBoris Johnson a invité les européens à « la table des négociations dans un esprit de compromis et de coopération ».

De son côté, Bruxelles demande au gouvernement britannique de revenir avec de nouvelles propositions.

Londres et Bruxelles se sont mutuellement exhortés au « compromis » avant le début de négociations sur le Brexit lundi, le gouvernement britannique laissant entendre qu’il pourrait assouplir sa position sur les points « problématiques » du plan de Boris Johnson.

Le projet du Premier ministre, présenté mercredi, vise à mettre fin au casse-tête de la frontière irlandaise, en évitant le retour de contrôles après le Brexit entre la république d’Irlande, membre de l’UE, et la province britannique d’Irlande du Nord, qui quittera l’UE comme le reste du Royaume-Uni. Mais les Européens ont accueilli ce projet avec scepticisme, estimant qu’il comportait des points « problématiques » et devait être retravaillé. Boris Johnson a de son côté estimé avoir fait sa part du chemin.

« un Brexit qui fonctionne pour les deux parties »
Dans une lettre publiée par le Sunday Express et le Sun on Sunday, deux journaux pro Brexit, le dirigeant conservateur affirme avoir fait des « compromis » et appelle l’UE à faire de même. « Je dis à nos amis européens : saisissez l’opportunité offerte par nos nouvelles propositions. Rejoignez nous à la table des négociations dans un esprit de compromis et de coopération. Et réalisons un Brexit qui fonctionne pour les deux parties » écrit Boris Johnson.

De son côté, Bruxelles renvoie la balle à Londres, l’appelant à de nouvelles propositions. Le négociateur en chef du Brexit pour l’UE Michel Barnier a déclaré au Monde qu’un accord était « très difficile » mais restait « possible ». Il a souligné que si le gouvernement britannique ne « revient pas avec de nouvelles propositions sur deux problèmes graves que nous leur avons signalés, je ne vois pas comment nous pourrions avancer ».

Ces problèmes sont le retour de contrôles douaniers entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande, et le droit de veto que Londres souhaite accorder au parlement nord-irlandais. Le ministre chargé du Brexit Steve Barclay s’est montré dimanche ouvert au compromis sur la question du consentement requis de l’Irlande du Nord : « nous pouvons regarder cela et discuter cela », a-t-il déclaré.

Trouver une solution d’ici une semaine
Quant au deuxième problème identifié par les Européens, la complexité des propositions britanniques pour éviter le rétablissement d’une frontière entre l’Irlande et l’Irlande du Nord, « nous pouvons bien sûr entrer dans les détails de leur fonctionnement opérationnel », a affirmé M. Barclay, mais il a appelé l’UE à montrer de son côté « flexibilité » et « créativité ».

La conclusion d’un accord de Brexit « dépend entièrement de la volonté de Mr Johnson car du côté européen, nous sommes toujours ouverts », a déclaré dimanche le Premier ministre letton Krisjanis Karins à la BBC.

A 25 jours de la date prévue du Brexit, Boris Johnson a répété qu’il n’y aura « plus de report » du Brexit, déjà retardé deux fois. Une loi récemment adoptée par le Parlement britannique le contraint pourtant à repousser la date de divorce faute d’accord lors du prochain sommet européen les 17 et 18 octobre, afin d’éviter un « no deal » aux conséquences économiques et sociales potentiellement désastreuses. Mais, déterminé à faire sortir son pays « coûte que coûte » de l’UE le 31 octobre, Boris Johnson pourrait ignorer cette loi et s’accrocher à son poste, mettant alors la reine Elizabeth au défi de le limoger, affirme le Sunday Times, citant des sources au sein du gouvernement.

Autre carte qu’il pourrait jouer: le véto d’un pays de l’UE à la demande de délai. Un report doit en effet être approuvé à l’unanimité des États membres, et une seule défection suffirait à bloquer cette demande.

Le Telegraph a évoqué samedi la possibilité que la Hongrie de Viktor Orban vienne au secours de Boris Johnson. « Jusqu’à présent, il n’y a pas de demande de report, aussi il n’y pas matière à spéculations », a déclaré à l’AFP une source au ministère hongrois des Affaires étrangères.

S’il était finalement forcé de demander un nouveau délai, Boris Johnson pourrait se montrer le plus difficile possible, en « sabotant » les projets de l’Union européenne, par exemple en mettant son véto au budget de l’UE, selon le Sunday Telegraph, qui s’appuie sur des sources gouvernementales.

En attendant la reprise des négociations lundi, Boris Johnson s’entretient avec des dirigeants européens. L’un de ses interlocuteurs, le Premier ministre finlandais Antti Rinne, dont le pays assure la présidence tournante de l’Union européenne, a déclaré avoir dit à M. Johnson qu’il était « important de trouver une solution d’ici une semaine ». « Johnson a dit qu’il était d’accord avec ce calendrier », a-t-il ajouté.

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Brexit : la France veut accélérer les préparatifs à un retrait sans accord

Edouard PhilippeEn octobre, une plateforme d’enregistrement pour les ressortissants britanniques vivant en France doit être lancée.

Le Premier ministre, Édouard Philippe, a demandé lundi aux ministères « le renforcement des actions afin d’inciter les opérateurs économiques et les particuliers à intensifier leur préparation » à un Brexit sans accord, a annoncé Matignon à l’issue d’une réunion de préparation. Dimanche, le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian a exclu tout nouveau report du Brexit, prévu pour le 31 octobre, alors que la situation politique britannique demeure incertaine.

« Une sortie sans accord entraînerait nécessairement un certain niveau de perturbation dans les relations actuelles avec le Royaume-Uni », a fait valoir Matignon dans un communiqué. « Le Premier ministre a demandé aux ministères le renforcement des actions de communication et d’information à destination des citoyens et des entreprises, afin d’inciter les opérateurs économiques et les particuliers à intensifier leur préparation à un retrait sans accord », a indiqué Matignon.

Concernant les contrôles aux frontières, « le dispositif est donc désormais en place » et que « des tests en conditions réelles » seront organisés dans les prochaines semaines, ajoute Matignon, rappelant que des effectifs supplémentaires ont été affectés pour réaliser aux frontières les contrôles douaniers (600 douaniers), sanitaires et phytosanitaires (200 experts vétérinaires).

Ressortissants britanniques
Édouard Philippe a rappelé que le site brexit.gouv.fr,  (cliquez ici) opérationnel depuis le 1er décembre 2018, permettait de « répondre aux interrogations des citoyens français installés au Royaume-Uni, des ressortissants britanniques installés en France et des entreprises qui commercent avec le Royaume-Uni ».

« Le Premier ministre souhaite que les ministères se mettent en situation de répondre rapidement à toutes les questions posées par les entreprises et les particuliers », a ajouté Matignon, en précisant que « le ministère de l’Intérieur lancera dans le courant du mois d’octobre une plateforme d’enregistrement en ligne des demandes de titres pour les ressortissants britanniques vivant en France ».

Édouard Philippe a, en outre, demandé aux ministres concernés et aux services de l’État « d’assurer une concertation permanente et étroite avec les élus locaux et les acteurs économiques sur le terrain », et nommé le préfet des Hauts-de-France, Michel Lalande, coordonnateur national pour la préparation locale à la sortie du Royaume-Uni.

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Ce qui attend le Royaume-Uni après un premier vote contre un « no deal » avec l’UE

brexitMercredi, les députés britanniques ont un report supplémentaire du Brexit de 3 mois après le 31 octobre, date butoir actuelle, en cas d’absence d’accord avec l’UE d’ici là.

Ils ont dans le même temps rejeté la proposition du Premier ministre de convoquer des élections anticipées. La chambre des Lords apparaît désormais comme un rendez-vous crucial.

A tout seigneur, tout honneur. C’est à présent au tour des Lords britanniques d’entrer dans la danse infernale que sont devenues les tractations politiques autour du Brexit. Mercredi soir, la chambre des Communes a infligé à Boris Johnson deux défaites, plus prévisibles que le désaveu de la veille lors duquel le gouvernement avait perdu le contrôle de l’ordre du jour.

Les anti-« no deal » doivent encore convaincre l’Europe
Les députés ont rejeté le projet du Premier ministre de convoquer des élections générales anticipées pour se tirer enfin de l’ornière. L’ensemble de l’opposition, grossie des « rebelles tories », les conservateurs qui ont fait défection, a également voté par 327 voix contre 299 une motion repoussant du 31 octobre au 31 janvier la date butoir du Brexit sauf si un accord était trouvé avec l’UE d’ici aux derniers jours d’octobre.

Quoi qu’il arrive, il faudra déjà convaincre les 27 autres Etats-membres d’accepter un tel report. A en juger par la réaction française, il n’est pas dit que l’idée d’un nouveau délai suscite leur enthousiasme. Sur Radio Classique ce jeudi, Amélie de Montchalin, secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, a posé que ça ne « changerait rien au problème », ajoutant: « Il faut que les Britanniques sachent nous dire ce qu’ils veulent ».

Les Lords ont promis d’examiner le texte dans les temps
Sur la scène intérieure non plus, le texte anti-No Deal n’est pas encore gravé dans le marbre. Pour ce faire, il a besoin d’être adopté également par l’autre chambre de Westminster, la basse, celle des Lords, où les détracteurs de la ligne portée par Boris Johnson ont là aussi remporté un premier succès.

Certains d’entre eux craignaient que les aristocrates jouent la montre et délayent leurs discussions sans approuver définitivement le texte avant la suspension des travaux parlementaires, qui doit débuter la semaine prochaine et prendre fin au 14 octobre. Mais les Lords ont d’ores et déjà signifié qu’ils rendront leur décision dans les temps, à l’issue d’un débat qui les a mobilisés jusqu’à 1h30 ce jeudi matin, relaté ici par le Guardian.

Lord Thomas Henry Ashton baron de Hyden, le whip en chef conservateur (la personne en charge de la discipline de parti au sein du Parlement) a déclaré que l’examen du texte serait mené ce jeudi et achevé d’ici vendredi 17 heures. Il reviendra alors à la chambre des Communes pour une ultime lecture. Celle-ci devrait avoir lieu lundi et la motion définitive présentée dans la foulée à la « Sanction royale », qui la transformera stricto sensu en loi.

En attendant, Johnson cible son rival Corbyn
Si cette perspective fait peu de doute, dans la mesure où l’opposition domine à la chambre des Lords, Boris Johnson se retrouve encore le bec dans l’eau d’un autre marigot parlementaire. Son désir de renvoyer les députés devant les électeurs pour qu’ils tentent d’être reconduits dans leur mandat ou laissent au contraire leur siège à d’autres personnalités plus en phase avec la volonté générale a été retoqué par les Communes. Il lui fallait réunir deux tiers des représentants, un seuil qui s’est révélé inaccessible à ses forces du moment.

Sans le soutien des travaillistes à cette version britannique de la dissolution, la tentative était vouée à rester lettre morte. D’où l’agacement et la frustration qui ont percé dans la parole publique de Boris Johnson dès mercredi à la chambre des Communes. Durant cette séance mouvementée, il a notamment qualifié Jeremy Corbyn, chef de file des travaillistes, de « poule au chlore ». Depuis lors d’ailleurs, le Premier ministre ne cesse de s’en prendre à la lâcheté supposée de son opposant.

Le Parti conservateur a ainsi présenté l’alternative suivante sur Twitter: « La motion de capitulation de Jeremy Corbyn, c’est plus de discussion, plus de retard, plus d’indécision. Boris Johnson va obtenir le Brexit le 31 octobre pour remettre le pays sur les rails d’un avenir plus radieux ».

Le Premier ministre doit s’exprimer dans l’après-midi
Le porte-parole du 10 Downing Street a également signalé que Boris Johnson s’adresserait à la population dans l’après-midi, dans le Yorkshire, résumant même le contenu du discours:

« Il défendra l’idée que la motion de capitulation de Jeremy Corbyn forcera le Premier ministre à aller à Bruxelles et à accepter toutes leurs exigences. Et ça privera de sa substance le vote le plus démocratique de notre histoire, le référendum de 2016. Le Premier ministre ne fera pas ça. Il est évident que la seule action possible est de se tourner à nouveau vers le peuple pour lui donner l’occasion de dire ce qu’il veut: que Boris aille à Bruxelles et en revienne avec un accord ou que nous nous quittions l’Union européenne le 31 octobre, ou bien que Jeremy Corbyn vienne à Bruxelles avec sa motion de capitulation mendier un délai supplémentaire, un supplément de crise et accepter tous les termes que Bruxelles imposerait à notre nation. Que Jeremy Corbyn continue d’éviter l’élection serait une lâche insulte à la démocratie ».

Le temps presse pour organiser de nouvelles élections
L’exécutif fait pression sur Jeremy Corbyn mais celui-ci n’est pas rétif par principe à l’organisation de nouvelles élections. Bien au contraire, il devrait, selon The Independent, soutenir lundi une seconde tentative de mettre sur pied un scrutin. Il est, en effet, sur le point d’obtenir ce qu’il cherchait, l’adoption du texte avant la suspension.

Ne manque plus que la « Sanction royale », censée empêcher un Brexit sans accord le 31 octobre, pour pousser plus ouvertement à la tenue d’élections. Le temps presse. Boris Johnson a signalé qu’il comptait peupler les isoloirs le 15 octobre. Or, passé lundi, le délai sera trop bref pour maintenir cette date.

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La reine aspirée dans le tourbillon du Brexit

reine Elisabeth IILa reine Elisabeth II se retrouve aspirée dans le tourbillon du Brexit, après avoir dû approuver la suspension du Parlement, un acte éminemment politique pour son rôle.

La monarque de 93 ans a approuvé la décision du Premier ministre Boris Johnson de suspendre le Parlement de la deuxième semaine de septembre jusqu’au 14 octobre, soit peu avant la date de sortie de l’Union européenne de son royaume, le 31 octobre.

Cette décision a déclenché une tempête politique, puisqu’elle laisse très peu de temps aux nombreux députés opposés à un Brexit dur pour l’arrêter, si Boris Johnson ne conclut pas un accord de retrait avec Bruxelles. Le Premier ministre assure que le pays quittera l’UE avec ou sans accord.

«La plus vieille règle de la constitution»
Pour les experts en droit constitutionnel, la souveraine n’avait d’autre choix que d’approuver la demande. Le Royaume-Uni est une monarchie constitutionnelle, donc la reine peut être consultée, mettre en garde ou encourager, mais elle ne peut agir qu’en suivant le conseil de ses ministres.

«C’est la plus vieille règle de la constitution», souligne Robert Craig, de l’université de Durham, auprès de l’AFP. Autrement dit: la reine règne, mais le Premier ministre gouverne.

«Eaux dangereuses»
Elisabeth II risque toutefois de se trouver sous peu dans des eaux dangereuses, relève Mike Gordon, professeur de droit constitutionnel à l’université de Liverpool. «Elle est dans une situation compliquée parce qu’elle est entraînée dans le débat politique le plus clivant et le plus confrontationnel du pays», souligne-t-il.

Les opposants de Boris Johnson tentent de légiférer pour arrêter une sortie de l’UE sans accord. S’ils réussissent, «il se peut que le gouvernement lui demande de ne pas donner son approbation et là, nous serons en territoire constitutionnel délicat», explique Mike Gordon. «La convention qui veut qu’elle donne son approbation au Parlement entrera en conflit avec celle qui veut qu’elle suive l’avis de ses ministres», ajoute-t-il.

Sans nul doute celle qui connaît le mieux ses devoirs
La constitution britannique n’est pas écrite et se base sur des précédents et conventions. La dernière souveraine ayant refusé d’approuver une loi était la reine Anne, en 1708. Sur le trône depuis 1952, Elisabeth II détient le record de longévité des monarques et elle est sans nul doute celle qui connaît le mieux ses devoirs.

Mais son rôle de chef d’État, contrairement aux pays où ils jouent un rôle actif dans la formation du gouvernement, se borne à entériner le choix des responsables politiques. Sa neutralité est si parfaite que nul ne sait ce qu’elle pense des grandes questions politiques qui agitent le pays.

Ses chapeaux pro-europe ?
Seul exception récente: le référendum sur l’indépendance de l’Écosse, en 2014. En déclarant : «J’espère que les gens réfléchiront très soigneusement à l’avenir», elle a exprimé une inquiétude immédiatement interprétée par les oracles comme de l’hostilité à l’indépendance.

Sur le Brexit, autre enjeu historique, elle reste bouche cousue. Les observateurs en sont réduits à commenter la couleur de son chapeau pour y voir une prise de position quand elle arbore les couleurs du drapeau européen.

Et le tabloïd europhobe The Sun s’est fait rappeler à l’ordre par le régulateur des médias pour avoir affirmé peu avant le référendum de juin 2016 qu’Elisabeth II soutenait le Brexit.